Par Hakim Ould Mohamed
L’industrie pétrolière doit augmenter ses investissements dans de nouvelles capacités de production afin que le marché pétrolier puisse éviter une forte volatilité à l’avenir, a déclaré le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Haitham Al Ghais. Ce dernier a souligné que l’industrie pétrolière mondiale a besoin d’un effort important en matière d’investissements afin de rattraper l’immense retard de ces dernières années, dans un entretien exclusif avec l’agence de presse des Emirats (WAM), en marge de la conférence sur l’énergie de l’ADIPEC, tenue à Abou Dhabi. Selon le secrétaire général de l’Opep, la baisse significative des investissements dans l’industrie pétrolière, qui avait commencé en 2015, au lendemain de la chute spectaculaire des prix du pétrole, puis, à nouveau en 2020, avec la première vague de la pandémie du COVID-19, exacerbe la volatilité du marché pétrolier. Avant 2016, explique-t-il, les investissements dans l’industrie pétrolière dépassaient 500 milliards de dollars par an, mais ceux-ci ont diminué depuis, entraînant une baisse de la capacité de production. Dans la foulée, Haitham Al Ghais a souligné que la capacité de production inutilisée à l’échelle mondiale est actuellement très faible et est entre les mains de deux des principaux producteurs de l’OPEP, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU). Le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole est venu apporter de l’eau au moulin de certains producteurs qui soutenaient l’idée selon laquelle la baisse des investissements mondiaux dans l’amont pétrolier est à l’origine de la crise actuelle que traverse le marché et de la forte volatilité des cours qui fait sortir les pays consommateurs de leurs gonds. Haitham Al Ghais ne fait que réitérer les récents commentaires de l’Arabie saoudite et d’autres grands producteurs qui ont déclaré que la crise énergétique actuelle se préparait depuis des années avec un sous-investissement dans le pétrole et le gaz.

500 milliards de dollars/an d’investissements nécessaires
Des années de sous-investissement dans la production de pétrole et de gaz sont la principale cause de la crise énergétique actuelle. Et lorsque l’économie mondiale rebondira après le ralentissement actuel, la petite capacité de production de pétrole disponible sera anéantie, a déclaré pour sa part, en septembre dernier, le directeur général de Saudi Aramco, Amine Nasser. Les investissements dans le pétrole et le gaz ont diminué de plus de la moitié entre 2014 et 2021, a déclaré le patron de la compagnie saoudienne de pétrole, ajoutant que «les augmentations cette année sont trop faibles, trop tardives, ne répondant qu’aux objectifs de court terme». «Ce sont les vraies causes de cet état d’insécurité énergétique : le sous-investissement dans le pétrole et le gaz, alors que les alternatives aux combustibles fossiles ne sont pas prêtes, tout comme les plans de sortie de crise», a déclaré le PDG de Saudi Aramco, en septembre dernier. Ce n’est pas la première fois que les producteurs de pétrole sonne le tocsin quant à la chute des investissements mondiaux dans le pétrole et le gaz et aux conséquences que cette baisse pourrait entrainer à l’avenir. L’Algérie n’a pas cessé, elle aussi, d’appeler à redoubler d’effort et à investir dans de nouvelles capacités de production afin de répondre aux défis mondiaux de sécurité énergétique. L’Algérie, par la voix de son ministre de l’Energie et des Mines, a depuis toujours mis en garde contre la chute drastique des investissements dans l’amont pétrolier et gazier mondial. La semaine dernière, lors de la conférence ADIPEC, qui a vu le lancement, par l’OPEP, de l’édition 2022 de son rapport World Oil Outlook, l’Organisation a souligné que «toutes les formes d’énergie seront nécessaires pour répondre aux besoins énergétiques futurs», et que le pétrole devrait conserver la plus grande part du mix énergétique mondial. Jusqu’en 2045, le pétrole devrait représenter 29% du mix énergétique mondial, selon l’OPEP. Les perspectives de l’Organisation, contenues dans son rapport World Oil Outlook, montrent également que le secteur pétrolier mondial aura besoin d’investissements cumulés de 12 100 milliards de dollars en amont, au milieu et en aval jusqu’en 2045, ce qui équivaut à une moyenne plus de 500 milliards de dollars par an.