Beaucoup le connaissent comme journaliste-commentateur sportif. Il est la voix de beaucoup de matchs de la sélection nationale. Hafid Derradji est aussi influenceur et écrivain, et présente un nouvel ouvrage « Au stade de la politique », dans lequel il fusionne le sport et la conjoncture politique en Algérie. Contacté par nos soins, celui qui a travaillé pendant 19 ans à la Télévision algérienne avant de rejoindre le Groupe « Al-Jazeera Sport » (BeIn Sports aujourd’hui) en 2008, nous a accordé un entretien sans filtre.

Reporters : Il y a quelques mois, vous avez écrit un livre « Au stade de la politique ». Pourquoi combiner le sport et la politique ?
Hafid Derradji : Dans mon livre, il n’y a pas de combinaison entre la politique et le sport, malgré le lien étroit qui existe entre eux dans notre pays et dans le monde. Dans cet ouvrage, j’ai réservé une partie au sport. J’ai dédié 30% du contenu aux articles sportifs. Le reste est des articles d’opinion qui traitent la conjoncture actuelle du pays. J’ai essayé de porter la voix du peuple algérien. C’est-à-dire les préoccupations et les revendications. Il est important de souligner que notre peuple est sorti pour ses droits politiques et non pas sociaux. Et personne ne peut l’empêcher de protester.

D’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre et quel message voulez-vous véhiculer à travers ce dernier ?
Avant de quitter l’Algérie en 2008, je n’écrivais pas. J’étais fonctionnaire à l’Entreprise nationale de la Télévision (ENTV). Du coup, je n’avais pas le droit de parler. J’étais dans l’obligation de garder les secrets professionnels. De plus, il n’était pas possible d’écrire pour les réseaux sociaux. Ils n’étaient pas assez développés en Algérie. Par contre, j’ai commencé à écrire dans le journal arabophone Echourouk, du défunt Ali Fodil, dans la rubrique sportive. C’était à l’époque où l’Algérie faisait face à une campagne médiatique acharnée des médias égyptiens en marge du match Algérie-Egypte à Omdurman (Soudan) en 2009. J’avais décidé de porter ma plume comme les autres pour la défense de mon pays. En 2013, j’ai commencé à m’intéresser à la politique. L’écriture était comme une arme pour exprimer mes positions. Donc, j’ai commencé à écrire avant le quatrième mandat, lorsque Bouteflika était en bonne santé. J’étais contre un quatrième mandat du Président déchu.

Pour ceux qui n’ont pas encore lu votre livre, quels sont les points les plus importants que vous avez abordés ?
Mon livre est une sorte de panorama où j’ai collecté mes articles sportifs et d’opinion que j’ai écrits depuis 2013 jusqu’au début du « sacré/béni » Hirak.

Vous êtes un partisan du mouvement populaire en Algérie. Vous étiez l’une des personnes qui ont appelé et incité les gens à sortir marcher pacifiquement contre le cinquième mandat. D’où vient cet intérêt à la conjoncture politique pour une personne qui a réussi sa carrière dans le domaine sportif ?
Comme je vous ai déjà dit, je suis beaucoup plus intéressé par les affaires de mon pays plus que la chose politique même. Je fais cela par devoir, si vous voulez, sans appeler à embrasser telle ou telle tendance. Je rappelle que je n’appartiens ni à un parti politique ni à un syndicat ni à une association. J’étais et je suis toujours libre. J’exprime mes positions et opinions avec respect envers les personnes et les institutions.

Beaucoup d’Algériens ne sont pas convaincus par les opposants qui militent en dehors d’Algérie. Ils les accusent de travailler pour d’autres agendas. Que répondez-vous ?
C’est un argument que le régime et ses partisans utilisaient pour induire les gens en erreur. Certaines personnes l’utilisent encore malheureusement. Personnellement, je ne suis pas intimidé. Et je pense la même chose pour les autres militants résidant à l’étranger. J’invite les personnes qui disent cela à présenter leurs preuves à la Justice et déposer plainte contre nous s’il le faut. Pourquoi ils ne parlent pas des hauts responsables qui possèdent des biens à l’étranger ? Là, je demande, est-ce-que ces derniers sont plus nationalistes que les Algériens de l’étranger ?

Etes-vous optimiste quant à l’avenir des futures générations ?
Oui. Je le suis. Je suis optimiste quant à l’avenir du « Hirak » en premier lieu et l’avenir de mon pays en second lieu. Je suis sûr et certain que l’Algérie de l’ère Bouteflika est derrière nous. Le mouvement populaire du 22 février a brisé la barrière de la peur et a élevé la conscience des gens…

Vous allez revenir en Algérie et servir votre pays si les revendications du peuple se concrétisent un jour ?
Certes, je reviendrai un jour pour le servir et achever le reste de ma vie. Revenir au pays natal est le rêve de tout expatrié, peu importe le temps que cela prendra. J’ai toujours essayé de servir mon pays. En Algérie ou à l’étranger. Et je continuerai à le faire. Et quant aux aspirations de notre peuple, je peux dire que nous avons réalisé le plus important. Le reste viendra…

Un mot sur les compétences algériennes à l’étranger…
A mon sens, il n’y a pas de différence entre les compétences algériennes en Algérie et à l’étranger. Moi, comme d’autres, étions confrontés à des circonstances particulières qui nous ont poussés à immigrer. Pour moi, le fait d’immigrer est un droit pour chaque citoyen. Il ne doit pas être un complexe. Aujourd’hui, nous comptons plus de 8 millions d’Algériens un peu partout dans le monde. Je peux vous dire qu’il y a beaucoup d’Algériens qui veulent revenir en Algérie. Il faut donc leur préparer le climat pour pouvoir construire l’Algérie de demain.