Mais dans le sens où il restera gravé dans les annales. Car, c’est la première fois dans l’histoire moderne de l’Arabie saoudite que ce grand rassemblement religieux, parmi les plus importants au monde, n’aura pas lieu dans les conditions requises et avec l’afflux ordinaire et massif de plus de deux millions pèlerins vers la Mecque et Medine, les deux villes saintes de l’Islam. Pour le coup, ce sont plus de 40 000 Algériens candidats au hadj qui resteront à quai. Jusqu’à l’année prochaine ?

Pour ceux d’entre les Algériens qui souhaitent faire le grand pèlerinage, le Hadj, cette année, ils devront patienter jusqu’à l’année prochaine si les risques de contamination au nouveau coronavirus seront d’ici-là moindres, voire disparus. Les autorités saoudiennes, qui craignent une contamination à l’échelle des deux millions de pèlerins que leur pays reçoit habituellement chaque année, en ont décidé ainsi. Seul un millier de fidèles résidant sur place sera autorisé à accomplir ce rite, a annoncé hier mardi le ministre du Hadj.
«Le nombre de pèlerins sera d’environ un millier, un peu moins, un peu plus», a déclaré Mohamed Benten lors d’une conférence de presse. «Le nombre n’atteindra pas les 10 000 ou les 100 000», a-t-il insisté pour confirmer que le pèlerinage de cette année – un mini hadj – ne sera vraiment pas comme les autres. Y compris pour les Saoudiens et les musulmans des autres pays qui se trouvent sur place. Car il sera limité aux fidèles de moins de 65 ans et ne souffrant pas de maladies chroniques, a indiqué, pour sa part, le ministre saoudien de la Santé Tawfik al-Rabiah.
Dans une conférence de presse, ce responsable a déclaré que les candidats au pèlerinage seront testés pour s’assurer qu’ils ne sont pas infectés par le virus avant leur arrivée dans la ville sainte de La Mecque et devront subir une quarantaine domestique après la fin du rituel, a-t-il ajouté. Les règles d’hygiène et de distanciation physiques seront observées durant les rites.
Le suspense sur la nature qu’allait avoir le hadj, cette année, a persisté jusqu’à récemment, incitant plusieurs pays à faire pression discrètement pour que Ryad précise ses intentions sur son organisation, poussant d’autres à anticiper et déclarer qu’ils renonçaient à l’envoi de leurs contingents de pèlerins. L’idée qu’il soit programmé à minima était donc dans l’air, sa confirmation en fait un évènement inédit – jamais connu dans l’histoire moderne du royaume wahhabite qui préfère garder ses frontières fermées aux musulmans étrangers- mais inévitable à la fois. L’Arabie saoudite est le pays arabe du Golfe le plus touché par le nouveau coronavirus avec une recrudescence du nombre de contaminations. Les autorités ont officiellement recensé plus de 161 000 personnes infectées, dont 1 307 sont décédées. Leur décision de limiter le pèlerinage aux fidèles déjà présents dans le pays devrait permettre de limiter les risques sanitaires. «La priorité absolue est de toujours permettre aux pèlerins musulmans d’accomplir les rites du hadj et de la omra en toute sécurité», a déclaré à ce sujet le ministère saoudien du Hadj et de la Omra.

Accord d’Al Azhar et de l’OCI
«Le Royaume d’Arabie saoudite a pris toutes les mesures de précaution nécessaires en suspendant l’entrée des fidèles et en assurant la sécurité des motamirine déjà présents sur les lieux saints», ajoute ce ministère dans un communiqué repris par l’agence de presse saoudienne SPA. La Ligue islamique mondiale, le chef de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) ainsi qu’Al Azhar, institution de l’islam sunnite, basée au Caire, ont salué ce choix qualifié d’«option la plus sûre» par Umar Karim, professeur invité au Royal United Services Institute de Londres. Pour ce chercheur, selon l’AFP, cette option permet à l’Arabie saoudite «de sauver la face au sein du monde musulman» et de se montrer intransigeant sur la santé des pèlerins. Il réagissait au fait que la question de la gestion du hadj est souvent source de polémique, certains se plaignant de n’avoir pas été cette fois informés plus tôt, d’autres réclamant, comme Mohamad Azmi Abdul Hamid, membre du Conseil consultatif des organisations islamiques en Malaisie, le pays musulman le plus peuplé et qui envoie chaque année le plus grand nombre de pèlerins, que les villes saintes de Médine et de La Mecque «soient gérées par une instance internationale représentant les pays musulmans». Un souhait qui ne sera certainement jamais exaucé quand on sait les gros enjeux que représentent la gestion des lieux saints et la légitimité qu’en tire le royaume.

Rendez-vous raté pour 41 300 Algériens
41 300 algériens devaient accomplir le hadj cette année après que le quota initial -36 000 pèlerins- ait été négocié à la hausse par l’Algérie et l’Arabie saoudite, comme cela avait été annoncé en janvier dernier par le ministère algérien des Affaires religieuses et des Wakfs. La révision à la hausse du quota accordé à l’Algérie par les autorités saoudiennes répond «à une demande de la partie algérienne visant à réajuster le nombre des pèlerins en fonction de la population enregistrée au niveau des instances spécialisées des Nations Unies», expliquait le ministère à la même époque. Aujourd’hui que la donne a changé et que le hadj est, disons-le, annulé bien que la décision du royaume saoudien de le limiter à un millier de personne en sauve la forme et la symbolique, il est attendu que les candidats inscrits cette année verront leurs dossiers «reconduits» pour l’année prochaine. Une déception pour les fidèles et un coup dur pour les voyagistes spécialisés dans le tourisme dit religieux. Ces opérateurs déjà impactés par la suspension du petit pèlerinage, la Omra, devront serrer davantage la ceinture avant la reprise de l’activité.<