Propos recueillis par Khaled Remouche
«Le point de départ est la donnée. Il faut commencer à collecter la donnée, la stocker et l’organiser. Il n’y a pas en Algérie, je pense, cette conscience. Pour avoir cette conscience, il faut considérer que la donnée est un actif immatériel comme les machines, les bâtiments. La donnée est devenue le nouvel or noir parce qu’on est capable avec l’analyse de données de créer plus de valeur qu’avec le produit lui-même. La valeur qu’il extrait des données est plus importante que le produit lui-même.
Michelin, par exemple, ne vend plus de pneus. Il vend des heures de roulage. Au lieu d’acheter un pneu pour votre voiture, ils mettent à votre disposition des pneus gratuitement ou à un prix inférieur. En contre partie, vous payez un abonnement mensuel. Ainsi, l’entreprise vous garantit une certaine qualité et une certaine durabilité. Si vous avez un souci, ils interviennent. Ils vous laissent rouler avec jusqu’à ce qu’ils le remplacent. Au lieu de remplacer les pneus à chaque contrôle technique, ils arrivent à faire prolonger la durée de vie des produits et gagner beaucoup plus d’argent avec vous. C’est des offres disponibles en Europe et aux Etats Unis. Ainsi la donnée autour du produit permet de présenter de nouvelles offres.
Concernant l’application de ces solutions dans notre pays, il faut que les entreprises algériennes fassent des démarches pour collecter et stocker la donnée, l’organiser. Pour ce qui est de son utilisation pour les entreprises algériennes, il y a le cas de la qualité des produits. On peut utiliser la donnée pour réduire cette non-conformité. La non-qualité est 1, 2% du chiffre d’affaires. La BI permet de réduire cette non-qualité avec l’analyse des données, la Big Data, l’intelligence artificielle pour développer des algorithmes qui permettent de vous éclairer sur les endroits et les causes qui génèrent cette non-qualité.
Il faut, en somme, une vision au niveau des dirigeants, au niveau des managers, que la data est importante et mettre en ce sens une infrastructure IT.
Le troisième point, c’est la ressource humaine. Attirer les talents, recruter les Data Scientists. En Algérie, la ressource humaine est en or. On a des cerveaux ici et là-bas. Quand ils partent là-bas, ils sont excellents partout.
Il y a un vrai sujet, comment les ingénieurs informaticiens qui partent en Europe font le bonheur des entreprises européennes, comment les garder ici ? Comment les motiver ? Leur donner des sujets qui les motivent. La Data est un vrai sujet. Il faut valoriser ces compétences. Il faut bien les payer.»