L’artiste peintre Hachemi Ameur, qui expose « Carnets de voyages II », jusqu’au 31 octobre prochain, à la galerie El Yasmine à Delly Brahim, aborde dans cet entretien l’organisation de ce deuxième rendez-vous du genre, son parcours et aussi sa passion pour le croquis comme forme d’expression artistique, un savoir qui n’est «malheureusement plus enseigné dans nos écoles d’arts»

Reporters : Vous présentez jusqu’au 31 octobre prochain une large série de croquis qui mettent en avant l’Algérie et sa culture. Pouvez-vous revenir sur l’organisation de cette exposition, d’autant qu’il s’agit de la deuxième du genre ?
Hachemi Ameur : La première exposition « Carnets de voyages » avait été organisée en 2016, ici à la galerie El Yasmine ; c’était en collaboration avec l’Onda, qui avait sponsorisé le catalogue. Nous avions pu faire en sorte que l’exposition soit itinérante, nous l’avions montrée à Tlemcen, puis à l’étranger, en Arabie Saoudite, dans la région de Taif. Mais en parallèle, j’ai continué la réalisation des croquis que je publie depuis des années sur les réseaux sociaux. Les responsables de la galerie les ont appréciés, et c’est comme cela que ce deuxième volet de l’exposition a été mis en place. Mais bien sûr, ces quarante-quatre œuvres, toutes inédites, ne représentent qu’une petite partie des croquis que je réalise au quotidien, je crois en avoir fait des centaines et dans toutes les régions d’Algérie.

Justement, le public vous connaît surtout en tant qu’artiste-peintre, le croquis n’est pourtant pas une nouvelle forme d’expression pour vous ?
J’ai toujours réalisé des croquis, depuis mes premiers pas dans le domaine de l’art (…) je me souviens qu’au lycée déjà je réalisais des croquis. Pour moi cette forme d’expression reste très proche de la photographie, c’est un dessin « rapide ». En fait, j’ai toujours avec moi un carnet, un feutre, un crayon ou même un simple stylo, et souvent je dessine en marchant, lors de mes voyages en Algérie ou à l’étranger. Je trouve que le croquis permet de saisir l’essentiel d’une scène. En général, je représente des moments de la vie quotidienne, ou des monuments, des mosquées et des mausolées. Le croquis est expressif, même avec un sujet « simple » en lui-même, on arrive, en jouant sur les traits, le mouvement ou encore sur les contrastes, à faire ressortir « l’essence » du moment. Pour paraphraser le proverbe chinois je dirais qu’un croquis vaut mieux qu’un long discours.

Le croquis est aussi la base du dessin, de la peinture… est-il encore enseigné dans les écoles d’arts ?
Certainement pas comme il l’était auparavant. Quand j’étais étudiant à l’Ecole des Beaux-Arts, on nous enseignait le croquis comme préalable à la peinture. Notre professeur nous donnait un modèle à reproduire, le but était de capter, de comprendre, de saisir l’essentiel. Ce n’est que par la suite que l’on passait aux esquisses puis au dessin… tout cela avant de commencer à toucher à la peinture. Aujourd’hui, les cursus ne sont malheureusement plus ce qu’ils étaient. Il y a une nouvelle approche, une nouvelle façon de voir les choses qui permettent de passer directement à « l’expression », à la « création ». Les normes du dessin, du croquis, les techniques, le travail académique… tout cela n’est plus au centre de l’apprentissage.

Vous êtes peut-être l’un des artistes algériens qui exposez le plus à l’étranger, le dernier rendez-vous en date était en Espagne à la Casa arabe. Pouvez-vous nous en parler ?
Et j’ai encore beaucoup de travail à montrer en Algérie et à l’étranger. En fait, j’ai pu représenter l’Algérie à 18 reprises, au Liban, au Yémen, en France, en Allemagne, en Iran… Quant à l’exposition itinérante en Espagne, et qui s’est clôturée à Madrid, à la Casa arabe, une sorte d’équivalant espagnole de l’Institut du monde arabe en France, il s’était agi d’une initiative visant à sensibiliser sur le sujet d’actualité qu’est le phénomène des « harraga ». L’exposition était organisée en collaboration entre la fondation de la compagnie maritime Baleària, la galerie El Yasmine et l’ambassade d’Algerie en Espagne ainsi que l’Onda.
Le sujet des harraga m’avait particulièrement touché. L’idée d’en parler remonte à mon tout premier voyage en bateau, c’était d’Espagne vers l’Algérie. Là, la pensée que des personnes pouvaient être contraintes d’affronter la mer sur des barques, avec l’illusion qu’elles trouveraient le « « bonheur » m’a profondément marqué (…) L’idée de l’exposition a ainsi fait son chemin et c’est grâce à la compagnie Baleària que j’ai pu montrer mes toiles en Espagne.

Sur un autre plan, vous avez été directeur de l’Ecole des beaux-arts de Mostaganem et l’annonce de votre limogeage, en 2017, a surpris le milieu artistique. Pourriez-vous nous confier pour quelle raison et dans quelle condition avez-vous été limogé ?
J’ai été aux beaux-arts durant 23 ans, ma nomination en tant que directeur avait eu lieu au temps où beaucoup d’artistes fuyaient le pays, c’était juste après l’assassinat des Asselah. Nous avions tous peur, mais l’on m’avait demandé d’assurer la direction de l’école et j’ai accepté. Malgré le contexte difficile et toutes les difficultés, nous avons essayé de travailler du mieux possible. En 2007, j’ai pu faire une demande au ministère de la Culture, qui a abouti à la construction de la nouvelle école des beaux-arts de Mostaganem, qui est aujourd’hui la plus grande d’Algérie. Quant à la fin de mes fonctions, elle est intervenue après ma nomination en tant que directeur de la culture de la wilaya de l’Oued. Malheureusement, c’était un poste, que pour des raisons de santé, je ne pouvais pas assurer. J’avais donc demandé une autre affectation au ministère de la Culture, mais étant donné que deux ans plus tard les choses étaient toujours au point mort, j’ai fait une seconde lettre au Premier ministre. Et au contraire d’une promotion cela a fini par mon limogeage pur et simple… Et à la rentrée 2017, j’ai quitté mes fonctions.

Une dernière question. Quels sont vos prochains projets d’exposition ?
Je compte participer dès le 26 octobre prochain, au salon dédié à l’artiste Abdelhalim Hemche, qui sera organisé à Tlemcen en présence de dizaines d’artistes. Et par la suite, je programme une autre exposition à Alger, au Musée de la miniature. Le rendez-vous sera axé sur des croquis que j’ai réalisé en Chine. L’un des aspects le plus intéressant à mon sens de cette exposition est qu’elle met en avant deux séries d’œuvres, la première réalisée quand j’étais étudiant à l’Académie des arts de Pékin (entre 1985 et 1988), et la seconde, en 2012. A travers ces œuvres, on peut voir comment la Chine est passée d’un pays relativement pauvre à ce qu’il est aujourd’hui. Normalement, l’exposition est pour bientôt, le travail est en cours. Ce qui est sûr est qu’il y aura plusieurs dizaines d’œuvres, notamment des photos, le tout accompagné par un catalogue.n

  • Hachemi Ameur, né le 20 novembre 1959 à Hadjout, dans la wilaya de Tipasa en Algérie, est un artiste plasticien, miniaturiste et enlumineur algérien. Il a été professeur et directeur de l’École des Beaux-arts de Mostaganem de 1994 à 2017. Il est également président de l’association des Beaux-arts Mohammed Khadda, commissaire du Festival National des Écoles d’Art et des Jeunes Talent, organisateur de Most’Art Rencontre Internationale d’Art Contemporain et membre de l’UNAC (Union National des Arts Culturel). Il a étudié à l’École supérieure des Beaux-Arts d’Alger(1981-1985) puis à l’Académie Centrale des Arts Appliqués de Pékin (1985-1988) et à l’Université de Strasbourg pour un « Master Critique Essais »(2010-2011) et enfin Doctorant à l’Université Paris 8 (2012-2013).  Depuis 1981 à nos jours l’artiste n’a cessé d’exposer en Algérie et à l’étranger, le travail de Hachemi Ameur a remporté plusieurs prix dont le Premier Prix du Musée National des Beaux-arts d’Alger, 1993 ; Troisième Prix du Musée d’Oran, 1993 (Artistes Professionnels) ; Premier Prix de la Miniature, Festival des Arts plastiques, Souk Ahras, 1996 ; Premier prix du Festival des Arts plastiques, M’sila, 1997. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : Evian et la Haute-Savoie (France), Regards croisés, photographies et dessins (Algérie), Survivance (France), Introspection (France) et La Néo-Miniature de Wassiti à Hachemi (Algérie).