Le parc immobilier en Algérie n’est pas encore bien structuré, selon les acteurs de cette activité, en raison de l’informel qui «gangrène la profession». Une situation qui contribue, assurent-ils, à maintenir des prix sur le marché locatif hors de portée des budgets moyens.

Lotfi Ramdani, propriétaire du site d’annonces immobilières Elkeria.com, indique que la moyenne des loyers au niveau national est de 32 000 DA, une moyenne qui grimpe à 60 000 DA au niveau de la capitale. Des prix qui sont le résultat d’une stagnation selon les chiffres avancés par l’étude menée par le site Elkeria. « Il y a eu une stagnation des prix en 2017 au niveau des principales wilayas du pays contre une hausse de 6% entre 2015 et 2016 », rappelle M. Ramdani, qui associe cette atténuation de la flambée des prix de location immobilière à la livraison de plusieurs projets de logements sociaux principalement celle de la formule LPL (logement public locatif) qui a pu absorber un surplus de 30 000 demandes.
Interrogés, les professionnels de l’immobilier affirment constater un marché peu structuré «avec beaucoup d’agents informels et des petits acteurs». «Les agences immobilières connaissent bien leur métier, mais elles sont étouffées par l’informel, ce qui rend la tâche des agences plus difficile, car le marché reste assez onéreux», abonde Bastien Auvinet, County Manager du site Jumia House Algérie, regrettant que les propriétaires ne veuillent pas baisser les prix, ce qui induit un faible nombre de transactions immobilières.
Pour le consultant en immobilier Abdelhakim Aouidat, il faut toujours inciter les propriétaires et les clients à la recherche de location à passer par les professionnels agréés et ne pas, par appât du gain, se précipiter chez ces courtiers qui activent à travers des annonces sur des sites Internet ou même dans des cafés. « Le citoyen algérien a la fâcheuse habitude de vouloir débourser moins quitte à passer par l’informel, mais il ignore que l’intermédiaire augmente ses marges, ce qui revient beaucoup plus cher pour le client », estime-t-il.
Même s’il concède que la distribution de logements publics a été bénéfique, Abdelhakim Aouidat fait le constat d’un « retard important à rattraper » en termes d’offres de logements locatifs, appelant à poursuivre la politique étatique de construction de logements et ne pas omettre d’encourager le logement locatif. « Il n’est pas possible de faire de l’ensemble des citoyens des propriétaires », dit-il. Interrogé sur la problématique des logements vacants estimés par l’ONS en 2010 à 1 200 000 sur l’ensemble du territoire national, Abdelhakim Aouidat voit d’un bon œil l’idée de mettre en place des mécanismes d’incitation à la location. « Si on injecte ce nombre de logements sur le marché, ça doit contribuer à réguler le marché locatif. Mais au vu des contradictions que l’on constate du fait de l’informel dans l’activité immobilière, il est possible de ne pas constater cette baisse », estime-t-il, voyant en l’informel la principale cause de la flambée des prix et le premier obstacle pour réguler le marché locatif national.