L’Algérie revient de loin, de très loin. Une phrase à laquelle il faut enlever toutes les connotations démagogiques pour permettre à l’essentiel de resurgir. La date du 8 mai est bel et bien cette occasion. Dans deux jours, l’Algérie commémore le 76e anniversaire des massacres dont ont été victimes plusieurs milliers d’Algériens et dont est entièrement responsable la France coloniale.
L’occasion de rappeler que si l’histoire a été mal enseignée et si, depuis l’Indépendance, elle a été mal «représentée», ce sont loin d’être des raisons pour négliger l’importance de cette date. La Révolution algérienne déclenchée neuf ans plus tard a été le résultat, notamment de ce qui s’était passé en 1945. Même si pour certains, le 8 mai est devenue une date plus officielle que populaire, cela ne pourra jamais lui enlever sa symbolique. C’est un énième massacre subi par le peuple algérien et une énième preuve que rien de bon ne pouvait provenir de la colonisation. Ceux qui, durant des décennies, ont osé affirmer que des «bienfaits» en avaient résulté ne pourront prétendre qu’à une place dans la poubelle de l’histoire.
Ce 8 mai est également l’occasion de rappeler des vérités «internes», celles que certains cachent sous le tapis et que d’autres ne veulent pas évoquer. Depuis l’Indépendance, trop de temps a été perdu pour des querelles de pouvoir et des quêtes de légitimité inexistante. L’écriture de l’Histoire de l’Algérie est une nécessité absolue pour essayer d’avancer sur des bases solides et ne plus être secoué par n’importe quel «vent». Pour la réaliser, il ne suffit pas de se concentrer sur ce que peuvent apporter les archives françaises, dont l’élaboration est évidemment loin d’être objective. Pourquoi espérer recevoir son passé des «mains étrangères» ! L’essentiel dans l’écriture de l’histoire est ici, en Algérie, à portée de main. L’historien Mohamed Harbi, qui aura dans un mois et dix jours 88 ans, vient d’en donner l’exemple. Samedi prochain, 8 mai 2021, il présentera, sur une plateforme numérique, ses mémoires en ligne, sous forme de 23 entretiens. Voilà un trésor mis à la disposition des Algériens et de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du pays. Une initiative qui n’a pas eu besoin d’un quelconque quitus d’une autorité et dont l’impact ne pourra qu’être salutaire pour l’Algérie d’aujourd’hui et de demain. Témoignages vivants d’un acteur clé de ce qui s’est passé durant la Révolution et après 62. Ceux qui sont «allergiques» à la lecture pouvaient expliquer leur méconnaissance des ouvrages de Mohamed Harbi, mais n’ont dorénavant plus d’excuses. Ils ont maintenant le son et l’image. Le reste ne sera question que de conscience et de citoyenneté.