Le colonel Mamady Doumbouya, qui a pris le pouvoir par la force en Guinée, a assuré qu’il n’y avait pas de crise dans son pays, capable de «régler (ses) problèmes» lui-même sans que l’organisation régionale ouest-africaine n’applique les mêmes mesures qu’au Mali. Dans un entretien diffusé par la télévision nationale dimanche soir, le nouvel homme fort de la Guinée s’est gardé de se prononcer sur la durée de la période précédant un retour des civils au pouvoir et s’est défendu de mener une «purge» dans les services de l’Etat. Il a aussi déclaré que l’ancien président Alpha Condé, que lui et ses hommes ont renversé le 5 septembre, était bien traité, mais que son avenir serait réglé entre Guinéens, sans exclure qu’il ait à rendre des comptes à la justice. La Communauté des Etats ouest-africains (Cédéao), confrontée à un troisième putsch dans la région en un an après le double coup d’Etat au Mali, a suspendu mi-septembre la Guinée de ses instances et infligé des sanctions individuelles aux membres de la junte. Elle a nommé le 7 novembre un envoyé spécial, Mohamed Ibn Chambas et continue de réclamer la tenue d’élections dans un délai de six mois, ainsi que la libération de l’ex-président Condé, détenu en un lieu gardé secret. Dans son premier entretien prolongé avec un média, le colonel Doumbouya, qui s’est fait investir président de transition, exprime son opposition à la nomination d’un envoyé spécial, ainsi qu’à un délai imparti par la Cédéao. «Je pense qu’on est assez intelligent pour régler nos problèmes ensemble entre nous. Ce n’est pas un pays qui est en crise, c’est un pays qui est en phase de prendre son destin en main (…) S’il y avait une crise ici, on pourrait envoyer un envoyé spécial», a-t-il déclaré. «Nous voulons tout simplement régler nos problèmes (en) interne», a-t-il insisté. Depuis le putsch d’août 2020, la Cédéao a aussi sanctionné le Mali puis ses dirigeants. Elle les a poussés à accepter une période de transition limitée à 18 mois avant un retour des civils au pouvoir. Elle a également nommé un médiateur. Mais la junte malienne a signifié dernièrement qu’elle ne respecterait pas l’échéance prévue d’élections en février 2022. La Cédéao a durci le ton contre la junte malienne lors d’un sommet le 7 novembre. Elle a en revanche noté les avancées observées selon elle en Guinée, comme la formation d’un gouvernement. Le colonel Doumbouya a demandé «d’éviter la comparaison» entre Mali et Guinée: «Il n’y a pas de crise en Guinée (…) vouloir toujours donner les mêmes remèdes à deux maladies ou trois maladies différentes, je pense que ce n’est pas adapté».
Quant au sort de l’ancien président, «nous lui réservons un traitement digne. Son intégrité physique et morale sont protégées (…) Nous tenons beaucoup à la dignité, la dignité de l’Afrique, à la dignité aussi de nos pères fondateurs». n