Le Parlement de transition en Guinée a tenu samedi 5 février sa première réunion à Conakry. Cinq mois après le coup d’Etat qui a renversé le président Alpha Condé, le 5 septembre 2021, cet organe législatif transitionnel dénommé le Conseil national de la Transition (CNT) doit décider de la date du retour des civils au pouvoir. Sa réunion a marqué l’entrée en fonction de ses 81 membres, tous présents lors de la session inaugurale. Elle s’est tenue après la décision, jeudi 3 février à Accra, de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), de maintenir ses sanctions contre la Guinée.

Synthèse Kahina Sidhoum
L’organisation régionale insiste sur le respect du délai de six mois qu’elle a imposé aux putschistes en septembre pour la tenue des élections en Guinée et presse les autorités de Conakry de soumettre rapidement un calendrier approprié. Elle a suspendu la Guinée de ses organes de décision et infligé des sanctions individuelles aux membres de la junte. La séance du Parlement guinéen de transition, qui a duré quelques heures au Palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale à Conakry, a été ouverte par le président du CNT Dansa Kourouma, en présence du Premier ministre de transition Mohamed Béavogui, nommé chef de gouvernement le 6 octobre par le colonel Mamady Doumbouya, chef des militaires au pouvoir. Son discours a été perçu comme un geste d’ouverture en direction de la Cédéao : « Le changement radical des mécanismes qui amènent les élites au pouvoir et qui leur permettent de s’y maintenir presque indéfiniment (est un problème qui) doit être définitivement résolu », a déclaré M. Kourouma, appelant à « écrire une Constitution qui ne sera pas facilement modifiable », en allusion au président Condé (2010-2020).
M. Condé avait fait adopter par référendum en mars 2020 une nouvelle Constitution, puis invoqué ce changement pour briguer et remporter un troisième mandat, malgré des mois de contestation réprimée dans le sang. Sa réélection en octobre 2020, vigoureusement contestée par l’opposition, avait été précédée et suivie par des dizaines d’arrestations.
Le CNT va veiller « à trouver les meilleures articulations qui vaillent pour la nouvelle Constitution, afin que celle-ci repose désormais sur son inviolabilité par des esprits en proie à la tentation de la mal gouvernance et de ses dérives qui ont causé tant de tort à notre pays », a ajouté M. Kourouma, ex-président du conseil réunissant les organisations de la société civile de Guinée. Ce pays ouest-africain a été gouverné depuis son indépendance en 1958 par des régimes pour la plupart dictatoriaux. « Notre chemin sera parsemé d’embûches de toutes sortes que nous sommes appelés à surmonter à partir d’aujourd’hui, jusqu’à l’installation de la future Assemblée nationale, à l’issue d’élections crédibles et transparentes qui seront organisées pour mettre fin à la transition », a poursuivi M. Kourouma. Il s’exprimait en présence du président du CNT du Mali, le colonel Malick Diaw, dont le pays est également sous sanctions de la Cédéao après deux putschs en août 2020 puis mai 2021, et du président de l’Assemblée nationale de la Sierra Leone Abass Chernor Bundu.
« Avec les transitions politiques en cours au Mali et en Guinée, nos deux pays sont à la croisée des chemins. L’objectif ultime de toute transition est d’aller à une normalisation politique », a dit le colonel Diaw.
L’ambassadeur des Etats-Unis à Conakry Troy Fitrell a « félicité » la Guinée pour l’installation du CNT, dans un tweet. « Le travail commence aujourd’hui pour rendre la démocratie au peuple guinéen. Le défi est de le faire en 2022 » par des élections, a-t-il encouragé.
Selon le décret du 2 février, qui a convoqué ses membres pour cette première session, le CNT guinéen joue « le rôle de l’Assemblée nationale pendant (la) période de transition » et devra « élaborer une nouvelle Constitution et proposer la date de la fin de la transition ».
Les membres du CNT ont été choisis par le colonel Doumbouya parmi des listes de noms soumises par des coalitions de partis politiques et d’organisations de la société civile.
Le colonel Doumbouya s’est fait investir président de transition le 1er octobre 2021. Il s’est engagé à rendre le pouvoir à des civils après des élections, sans mentionner jusqu’ici d’échéance. n