Le calme était de retour mercredi à Bissau au lendemain du coup d’Etat avorté contre le président Umaro Sissoco Embalo, un coup de force ayant fait «des morts» dans cet Etat instable ouest-africain et qui s’inscrit dans une série de putschs dans la région.

Aucun nouvel incident n’avait été rapporté mercredi matin dans la capitale bissau-guinéenne, selon des journalistes de l’AFP. Des militaires patrouillaient dans la zone où l’attaque est survenue mardi, le Palais du gouvernement, siège des ministères sur la route de l’aéroport, alors que s’y tenait un conseil des ministres extraordinaire en présence du président Embalo et des membres de son gouvernement, selon ces correspondants. La vie avait timidement repris dans la ville et les commerces et banques rouverts, sans grande affluence. La circulation était plus fluide que d’habitude. Quelques taxis étaient visibles aux côtés des minibus presque vides de passagers. L’accès au Palais du gouvernement était interdit par des soldats. «Je suis revenu vers 10h00 ce matin mais les clients se font de plus en plus rares», déclare à l’AFP Souleymane Ndiaye, 23 ans, un Sénégalais vendeur de friperies, au marché de Bandim, le plus grand de Bissau, situé sur la route de l’aéroport. Vladimir Cô, 21 ans, employé d’une agence de transfert d’argent installée dans la zone de l’attaque, a dit mercredi à l’AFP avoir «aidé les femmes fonctionnaires du palais du gouvernement à escalader le mur» pour s’échapper lors des incidents. «J’ai vu un mort hier (mardi) étendu sur l’axe routier qui mène à l’aéroport, devant le palais du gouvernement», a-t-il raconté. Les affrontements de mardi «ramènent encore la Guinée-Bissau cinq ans en arrière et risquent de mener le pays à une autre guerre civile», déplore de son côté Noelho Barboza, un menuisier de 27 ans. «On n’aura plus la confiance des investisseurs», ajoute t-il.

«Tuer le président»
Le président Embalo, un ancien général au pouvoir depuis 2020, a échappé à cette tentative de coup d’Etat qui a fait, selon lui, «des morts». M. Embalo, 49 ans, a dit mardi soir devant la presse être indemne et serein, après être resté coincé avec les ministres dans le palais du gouvernement, théâtre d’échanges de tirs nourris pendant plusieurs heures l’après-midi. Le chef de l’Etat et les membres du gouvernement ont été surpris à l’intérieur du palais du gouvernement par des hommes en armes aux motivations encore mal connues, selon divers témoignages. Il s’agissait de «tuer le président de la République et tout le cabinet», a-t-il dit. M. Embalo n’a pas précisément désigné les auteurs de cette tentative de coup d’Etat. Celle-ci «doit venir de ceux qui sont contre les décisions que j’ai prises, notamment dans la lutte contre le trafic de drogue et la corruption», a-t-il dit, parlant d’«acte très bien préparé et organisé», mais aussi d’acte «isolé». La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont les dirigeants doivent se réunir jeudi à Accra pour discuter notamment du Burkina, a condamné «cette tentative de coup d’Etat». Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a exprimé sa «grande inquiétude». Les évènements de mardi évoquent immanquablement les putschs en série qui agitent l’Afrique de l’Ouest depuis 2020 : au Mali en août de cette année-là et de nouveau en mai 2021, en Guinée en septembre 2021 et tout récemment au Burkina Faso, le 24 janvier. La Guinée-Bissau, petite nation d’environ deux millions d’habitants frontalière du Sénégal et de la Guinée, est abonnée aux coups de force. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, elle a connu quatre putschs (le dernier en 2012), une kyrielle de tentatives de coup d’Etat et une valse des gouvernements. Depuis 2014, elle s’est engagée vers un retour à l’ordre constitutionnel, ce qui ne l’a pas préservée des turbulences. Le pays pâtit d’une corruption endémique. Il passe aussi pour être une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. (AFP)