Vendredi, 6 mai, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé une déclaration unanime de soutien – sa première depuis l’arrivée des troupes russes en Ukraine, le 24 février dernier – au Secrétaire général de l’Organisation «dans la recherche d’une solution pacifique» au conflit. La déclaration portant la signature de la Norvège et du Mexique ne va pas jusqu’à soutenir une médiation d’Antonio Guterres, qui a proposé ses bons offices pour cela, comme le prévoyait une première version du texte négocié depuis jeudi, mais fait figure de première manifestation d’unité du Conseil de sécurité depuis le début de la guerre après plusieurs mois de marginalisation inquiétante des Nations unies.

Par Anis Remane
Le document au texte court indique que «le Conseil de sécurité exprime sa profonde préoccupation concernant le maintien de la paix et de la sécurité en Ukraine». Il rappelle que «tous les Etats membres se sont engagés, en vertu de la Charte des Nations unies, à l’obligation de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques». Il demande au chef de l’ONU, Antonio Guterres, de présenter un rapport après l’adoption de la déclaration.
Son approbation par les quinze Etats membres du Conseil de sécurité améliore un tant soit peu l’image de l’ONU après sa marginalisation inquiétante depuis le début du conflit en Ukraine. Elle signale la première manifestation d’unité du Conseil de sécurité depuis le début de la guerre, Moscou ayant mis son veto, fin février, à une résolution réclamant à la Russie de rapatrier son armée sur le sol russe. Elle ouvre une voie possible à ce que l’organisation, occupée jusqu’ici à des missions humanitaires et d’évacuation des populations civiles notamment, joue un rôle politique de médiation et de règlement du conflit.
«Aujourd’hui, pour la première fois, le Conseil de sécurité s’est prononcé d’une seule voix pour la paix en Ukraine», s’est félicité, dans un communiqué, le chef de l’ONU. «Le monde doit s’unir pour faire taire les armes et défendre les valeurs de la Charte des Nations unies» et «je continuerai à ne ménager aucun effort pour sauver des vies, réduire les souffrances et retrouver le chemin de la paix», a ajouté Antonio Guterres.

Nouvelle visite de Guterres dans la région
Sur le terrain, le chef de l’ONU, qui essaie de créer depuis la mi-avril un «groupe de contact humanitaire» qui réunit autour d’une même table de négociations l’Ukraine, la Russie et les Nations unies, retournera demain, lundi, et mardi, dans la région avec une visite en Moldavie qui accueille près d’un demi-million de réfugiés ukrainiens. Le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Affaires humanitaires, Martin Griffiths, se rendra lundi en Turquie «pour discuter de cette question avec les autorités turques», a-t-il été indiqué. Mais, en attendant que M. Guterres se fait davantage entendre, la promesse d’une trêve se fait attendre. Au théâtre des hostilités, c’est, entre l’Ukraine, ses soutiens occidentaux et la Russie, à qui sortira sans gros dégâts de la guerre et c’est à qui renforcera ses positions dans la partie stratégique qui se joue entre eux.
En effet, si l’Ukraine reçoit un soutien militaire conséquent de la part des Occidentaux, l’engagement des Etats-Unis aux côtés de Kiev s’affirme de plus en plus et sans ambigüité, peut-être davantage depuis la rencontre organisée avec l’Otan à Ramstein, en Allemagne, le 27 avril dernier.
Vendredi, 6 mai, le président Joe Biden a ainsi annoncé une nouvelle aide militaire de 150 millions de dollars, composée notamment de munitions d’artillerie et de radars. Cette aide, bien en-deçà des précédents envois d’armes américains, comprend notamment 25 000 obus de 155 mm, des radars de contrebatterie pour repérer les tirs d’artillerie russes et des appareils de brouillage des communications. «Le Congrès doit rapidement débloquer l’enveloppe requise pour renforcer l’Ukraine sur le champ de bataille et à la table des négociations», a indiqué le chef de la Maison-Blanche dans un communiqué au sujet de la colossale rallonge budgétaire de 33 milliards de dollars demandée au Congrès américain.

Soutien américain et affrontement stratégique
Outre le soutien militaire, les Etats-Unis transmettent à Kiev des éléments des renseignements «afin d’aider les Ukrainiens à défendre leur pays», a déclaré, jeudi 5 mai, John Kirby, le porte-parole du Pentagone en guise de démenti à l’information du New York Times selon laquelle le ministère américain de la Défense fournit des renseignements permettant aux forces ukrainiennes de viser des hauts gradés russes près du front. Mercredi 4 mai, le quotidien new-yorkais, citant des sources anonymes au sein des services américains, a, en effet, affirmé que les renseignements fournis par les Etats-Unis à l’armée ukrainienne avaient permis de cibler plusieurs généraux russes près du front. Citant plusieurs hauts responsables américains, le journal a déclaré que sur la douzaine de généraux russes tués par les forces ukrainiennes, «beaucoup» avaient été ciblés avec l’aide des services de renseignement américains.
Le Conseil de sécurité nationale américain (NSC) avait déjà qualifié d’ «irresponsable» l’affirmation selon laquelle les Etats-Unis aidaient l’Ukraine à tuer des généraux russes. «Les Etats-Unis fournissent des renseignements sur le champ de bataille pour aider les Ukrainiens à défendre leur pays», avait déclaré à l’AFP Adrienne Watson, porte-parole du NSC, dans un courriel. «Nous ne fournissons pas de renseignements dans l’intention de tuer des généraux russes», avait-elle souligné. Les efforts de renseignement de Washington pour aider l’Ukraine se sont notamment «concentrés sur la détermination de la localisation et d’autres détails sur les quartiers généraux mobiles de l’armée russe, qui se déplacent régulièrement», a écrit le New York Times.