La Commission européenne a proposé une sixième série de sanctions contre la Russie, parmi lesquelles l’embargo sur les importations de pétrole russe. C’est ce qui ressort d’un discours prononcé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de sa participation, hier mercredi, à une réunion du Parlement européen, à Strasbourg.

Synthèse par Lyes Sakhi
Ursula Von der Leyen a expliqué que des officiers russes de haut rang entre autres personnalités, qui ont commis des crimes de guerre dans la ville ukrainienne de Boutcha, et qui sont responsables du siège de Marioupol, seront inclus dans la liste des sanctions dans la nouvelle série. Elle a également ajouté que la Commission était sur le point de bannir SberBank, qui est la plus grande banque de Russie, avec deux autres grandes banques du système financier Swift.
«Nous adressons ainsi un autre signal fort à tous ceux qui mènent la guerre du Kremlin : nous savons qui vous êtes et vous devrez rendre compte de vos actes», a lancé Mme von der Leyen lors de la présentation des grandes lignes de ce sixième train de sanctions aux députés européens. La proposition a été transmise dans la nuit de mardi à mercredi aux Etats membres, appelés à les valider. Elle doit être approuvée à l’unanimité. Des noms peuvent être retirés et des propositions atténuées, a-t-on expliqué de source diplomatique. L’objectif affiché est une entrée en vigueur pour la célébration de la 72e journée de l’Europe le 9 mai. Cette date est également célébrée en Russie comme le «jour de la Victoire» sur l’Allemagne nazie. La Commission préconise «une interdiction de tout le pétrole russe, brut et raffiné, transporté par mer et par oléoduc», a expliqué Mme von der Leyen. Les sanctions frappent également le secteur financier avec l’exclusion de la plus importante banque russe, la Sberbank, qui représente 37% du marché, et de deux autres établissements du secteur interbancaire international Swift. «Ce ne sera pas facile», a reconnu la présidente de l’exécutif européen. Mais «Poutine doit payer le prix fort pour sa brutale agression», a-t-elle affirmé sous les applaudissements. L’UE a déjà décidé de cesser ses achats de charbon et a trouvé d’autres fournisseurs aux Etats-Unis pour un tiers de ses achats de gaz russe. L’arrêt des importations de pétrole sera «progressif et ordonné, de manière à mettre en place d’autres voies d’approvisionnement et réduire au minimum l’impact (de cette décision) sur les marchés mondiaux», a-t-elle affirmé. «L’UE devrait renoncer aux livraisons de brut dans les six mois et de produits raffinés d’ici la fin de l’année», a précisé Mme von der Leyen. Plusieurs pays sont «fortement dépendants», a-t-elle reconnu. Une dérogation est proposée pour permettre à la Hongrie et à la Slovaquie de poursuivre leurs achats à la Russie jusqu’à fin 2023, car ces deux pays sont enclavés et totalement dépendants des livraisons par l’oléoduc Droujba, faute de connexions avec le reste de l’UE, ont précisé à l’AFP deux responsables européens. Hier, mercredi, la Hongrie a regretté l’absence de «garantie» pour sa sécurité énergétique. «Chaque nouveau paquet de sanctions contre la Russie est plus difficile à adopter car il impose des choix politiques à chaque Etat membre. L’unanimité est nécessaire et rien n’est garanti pour son adoption», a souligné un des responsables européens. Les Européens se sont engagés, en mars dernier lors d’un sommet, à se défaire «progressivement» et «dès que possible» de leur dépendance au gaz, au pétrole et au charbon russes. En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l’UE. Elle fournit annuellement 150 milliards de m3 de gaz. «Diversifier les sources, les approvisionnements et les bouquets énergétiques prend du temps et nécessite des infrastructures», souligne pour l’AFP, Eric Maurice, directeur de la Fondation Schuman à Bruxelles. Mais les achats européens financent l’effort de guerre de la Russie, a rappelé, mardi, le président du conseil italien Mario Draghi devant le Parlement européen. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les importations européennes de gaz, pétrole et charbon ont rapporté 44 milliards d’euros au Kremlin, indique une étude du Crea, un centre de réflexion basé en Finlande. Les quatre principaux acheteurs sont l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la France. Ursula Von der Leyen a également déclaré que la nouvelle série de sanctions stipule l’interdiction de diffusion à l’encontre de 3 chaînes d’Etat russes, et qu’elles ne seront, en aucun cas, autorisées à opérer dans l’Union européenne, via les plateformes et applications par câble, satellite, Internet ou Smartphone. La cheffe de Commission européenne a également fait savoir que l’accès de la présidence russe, le Kremlin, aux comptables et consultants en Europe sera interdit et que le fait de fournir de tels services aux entreprises russes sera aussi prohibé. n