La France, par la voix de son président Emmanuel Macron, a reconnu que l’avocat et dirigeant politique du nationalisme algérien, Ali Boumendjel, a été torturé puis assassiné par l’armée coloniale pendant la Guerre de libération nationale,
a annoncé mardi un communiqué de l’Elysée.

«Aujourd’hui (mardi ndlr), le président de la République a reçu au palais de l’Elysée quatre des petits-enfants d’Ali Boumendjel pour leur dire, au nom de la France, ce que Malika veuve Boumendjel aurait voulu entendre : Ali Boumendjel ne s’est pas suicidé. Il a été torturé puis assassiné», indique la présidence française.
Ali Boumendjel fut arrêté par l’armée coloniale lors de la Bataille d’Alger. Il a été placé au secret, torturé, puis assassiné le 23 mars 1957, a reconnu l’Elysée, soulignant que «Paul Aussaresses avoua lui-même avoir ordonné à l’un de ses subordonnés de le tuer et de maquiller le crime en suicide».
Originaire des Ath Yenni, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, Ali Boumendjel a laissé derrière lui son épouse, Malika, et quatre enfants âgés alors de sept ans à vingt mois, Nadir, Sami, Farid et Dalila.
Né le 23 mai 1919, à Relizane, Ali Boumendjel, brillant écolier, s’est frayé sans mal une place jusqu’aux bancs de la faculté de droit d’Alger. C’est fort d’une culture ouverte, généreuse et humaniste, qu’Ali Boumendjel s’est engagé en politique, contre l’injustice du système colonial et pour l’indépendance de l’Algérie. «Ce geste de reconnaissance n’est pas un acte isolé», souligne la même source, et le Président français a exprimé aux petits-enfants d’Ali Boumendjel sa volonté de «poursuivre le travail engagé depuis plusieurs années pour recueillir les témoignages et encourager le travail des historiens par l’ouverture des archives (…)». «Ce travail sera prolongé et approfondi au cours des prochains mois, afin que nous puissions avancer vers l’apaisement et la réconciliation». Et d’ajouter qu’«aucun crime, aucune atrocité commise par quiconque pendant la Guerre d’Algérie ne peut être excusé ni occulté, et qu’ils doivent être regardés avec courage et lucidité, dans l’absolu respect de toutes celles et ceux dont ils ont déchiré la vie et brisé le destin».
La reconnaissance de ce crime odieux commis par l’armée française figure parmi les recommandations de l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre de libération nationale qu’il avait remis à Macron le 20 janvier dernier. Lequel document a donné lieu à une vive polémique et à d’intenses critiques à l’encontre de l’historien. De nombreuses organisations liées directement au dossier de la guerre d’Algérie, des historiens et chercheurs, des intellectuels mais aussi de simples citoyens lui ont reproché d’avoir «occulté les crimes de la France en Algérie» et de ne pas avoir préconisé des «excuses» de la France.
Dans la soirée de lundi, à la veille du communiqué rendu public par l’Elysée, le Président de la République Abdelmadjid Tebboune abordait, une nouvelle fois, la question des relations entre l’Algérie et la France. Lors de son entrevue avec deux représentants de la presse, retransmise sur l’ensemble de chaînes de télévision, Tebboune a fait jouer le recul et la sagesse pour recadrer le débat emprunt ces dernières semaines d’une atmosphère d’hostilités explicitement manifestée par certains partis politiques et par des intervenants sur les réseaux sociaux. Pour lui, les deux pays entretiennent de «bonnes relations», même s’il existe des lobbies en France qui œuvrent à casser ces relations, a-t-il affirmé.
A propos du dossier de la mémoire, le chef de l’Etat a estimé que «les bonnes relations de l’Algérie ne sauraient être au détriment de l’Histoire ou de la mémoire. Nous ne renoncerons jamais à notre mémoire qui ne peut faire l’objet de marchandage mais les choses doivent se régler intelligemment et sereinement», a-t-il souligné, ajoutant que l’Algérie «avance résolument dans le cadre des bonnes relations avec la France car cette voie est toujours bénéfique».