La pression s’accentue sur les autorités françaises pour l’ouverture des archives
sur la Guerre d’Algérie.

Hier, l’Association des historiens contemporanéistes de France, l’Association des archivistes français et l’Association Josette et Maurice Audin et plusieurs historiens et juristes sont revenus à la charge dans une lettre adressée au Premier ministre français, lui réclamant cette ouverture par voie d’abrogation des dispositions de l’IGI 1300, qui posent «des limites inacceptables au libre examen de notre histoire récente», soulignent les signataires de la correspondance. Pour eux, «l’article 63 de l’IGI 1300 — dont l’application s’est considérablement durcie ces derniers mois à la demande du Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale — représente une entrave inadmissible dans l’accès aux archives de la période allant de 1940 à 1970». Il s’agit, poursuivent-ils, «d’une application désormais systématique d’une procédure administrative» dite de ««déclassification» avant toute communication de documents antérieurs à 1970 portant un tampon «secret» qu’ils dénoncent, non sans rappeler que «la loi prévoit, au contraire, que les archives publiques dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale deviennent «communicables de plein droit» à l’expiration d’un délai de cinquante ans, sans qu’aucune autre condition particulière ne puisse être exigée (article L. 213-2 du Code du patrimoine)».
Le choix porté sur le 21 juin pour adresser cette requête au Premier ministre français n’est pas fortuit, puisque cette date commémore la mort de Maurice Audin, assassiné par l’armée française. Le 13 septembre 2018, le président Français, Emmanuel Macron avait reconnu, au nom de la République française, que le jeune militant communiste Maurice Audin «a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires» en juin 1957, et que cette mort a été rendue possible par «le système arrestation-détention» qui avait été légalement institué pendant la guerre d’Algérie.
Venue plus de 60 ans après le crime commis contre Audin, cette reconnaissance avait, néanmoins, une forte symbolique dans les relations entre l’Algérie et la France, d’autant qu’elle pouvait être perçue comme un premier pas dans la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans les crimes commis contre les Algériens pendant la guerre de libération, mais aussi pendant les 132 années de colonisation. Une reconnaissance à laquelle appelle Emmanuelle Macron depuis sa campagne électorale pour le poste qu’il occupe aujourd’hui. En ce sens, la reconnaissance du cas Audin avait été suivie par l’ouverture d’un premier lot d’archives d’une trentaine de dossiers portant sur la même affaire, en septembre 2019.
En avril dernier, et en application d’un arrêté ministériel français, quelque 90 dossiers d’archives avaient été également ouverts. Ils portent sur les disparus durant la Guerre de libération nationale, particulièrement en Algérie, dans la période allant de 1954 à 1962. Ces archives sont devenues accessibles aux chercheurs, étudiants, services administratifs et simples citoyens.
Ce nombre d’archives ouvertes s’avère cependant infime par rapport aux crimes d’Etat perpétrés par la France en Algérie et qui, estiment les historiens, ont engendré la disparition de 3 000 à 4 000 Algériens durant les seules sept années et demi de la Guerre de Libération. D’où d’ailleurs la montée au créneau des associations, historiens et juristes, signataires de la lettre adressée au Premier ministre de leur pays. n