Le Parlement du Guatemala a suspendu lundi le budget de l’Etat pour 2021, dont l’adoption a provoqué de violentes manifestations au cours desquelles le siège du Parlement a été incendié, a annoncé son président. «Afin d’assurer la gouvernance du pays et la paix sociale, nous nous sommes mis d’accord pour suspendre la procédure du budget (…) de l’Etat», a déclaré Allan Rodriguez lors d’un message à la nation retransmis par la chaîne parlementaire. Selon M. Rodriguez, le décret qui avalise le budget ne sera pas envoyé au pouvoir exécutif et les parlementaires ont désormais jusqu’au 30 novembre pour approuver un nouveau budget comme le stipule la loi guatémaltèque. Sinon le budget actuel restera en vigueur. Depuis samedi, plusieurs milliers de Guatémaltèques sont descendus dans la rue pour protester contre l’adoption par les parlementaires d’un budget pour 2021 qui, selon eux, consacre trop peu de moyens à la lutte contre les inégalités et la pauvreté. Les protestataires réclament également le départ du président Alejandro Giammattei, un médecin de 64 ans, au pouvoir depuis janvier. En fin de manifestation samedi, le siège du Parlement a été incendié et près de 40 personnes interpellées. Une autre manifestation, réunissant plusieurs centaines de personnes, s’est déroulée dimanche de manière pacifique. Le chef de l’Etat a publié dimanche un communiqué appelant au dialogue, tout en assurant que les actions violentes de samedi étaient le fait de «groupes minoritaires qui cherchent à imposer un véritable coup d’Etat». «Ce n’est qu’à travers le dialogue et le rassemblement (…) que notre pays pourra surmonter les défis qu’il affronte aujourd’hui», a-t-il écrit. Le Parlement a adopté le 17 novembre un budget pour 2021 de près de 12,8 milliards de dollars, supérieur de 25% à celui de 2020. Cependant, la majorité des fonds sont destinés à des chantiers d’infrastructures confiés au secteur privé et le budget ne prévoit pas d’augmenter les crédits alloués à la santé et à l’éducation, ni à la lutte contre la pauvreté et la malnutrition infantile, qui touche près de la moitié des enfants de moins de cinq ans. Des Guatémaltèques mécontents dénoncent aussi l’opacité des ressources pour faire face à la pandémie du nouveau coronavirus ou la création d’un poste de super-ministre attribué à un jeune proche du président. L’Université de San Carlos, la seule publique du pays, a appelé à une grève nationale lundi. Le Comité de Développement Paysan (Codeca) a annoncé qu’il bloquerait lundi les routes importantes du Guatemala.