La semaine dernière, le Secrétaire américain à l’énergie, s’est rendu en Europe de l’Est pour tenter de vendre le gaz naturel liquéfié (GNL) de son pays. À Varsovie, il a annoncé un contrat de 24 ans avec la société gazière d’État polonaise Pgnig

, qui doit recevoir 40,95 milliards de mètres cubes de gaz d’un fournisseur américain, Cheniere Energy. Le responsable américain a déclaré à cette occasion que l’accord était «un signal à l’adresse de l’Europe et c’est ainsi que votre avenir énergétique peut être développé». Ce contrat conclu par les Etats-Unis avec la Pologne pose des défis multiples, tant au marché gazier européen, de plus en plus croissant, qu’aux acteurs de ce marché, fournisseurs et consommateurs, tant il est vrai qu’il relance de plus belle une concurrence faite -jusqu’ici – de petits arrangements entre les fournisseurs traditionnels, à savoir la Russie, la Norvège, le Qatar, l’Algérie et le Nigeria. Les Américains tentent de mettre à profit la volonté des Etats européens de réduire leur dépendance du gaz russe. Ils y voient un problème de sécurité énergétique, mais pas seulement. Les Etats-Unis, qui disposent du plus grand terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, destiné exclusivement à renforcer les exportations du pays en gaz, entendent de tirer profit d’un marché européen en forte croissance. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande de gaz en Europe a atteint 613 milliards de mètres cubes l’an dernier et devrait se stabiliser autour du même volume jusqu’en 2040. Mais avec la contraction de la production de gaz dans les pays fournisseurs, exception faite de la Russie, le Vieux Continent dépend de plus en plus des importations, en particulier de Russie, qui fournit déjà 35% de son approvisionnement. Depuis la crise gazière opposant la Russie à l’Ukraine entre 2006 et 2009, les Européens se sont rendu compte que leur dépendance du gaz russe augmentait leur vulnérabilité. Ils ont commencé aussitôt à rechercher des sources de gaz alternatives, se réorientant en partie vers GNL américain. Les Etats-Unis s’imposent sur le point culminant de la pyramide des producteurs mondiaux de gaz naturel et sont en passe de devenir le principal exportateur de GNL, en partie grâce à la demande croissante de l’Amérique du Sud et de l’Asie. L’arrivée du GNL américain sur le marché européen, principal débouché au gaz algérien, remet la concurrence sur rails et risque d’évincer certains petits fournisseurs de l’échiquier.

A moins que le principal fournisseur du Vieux Continent, et les petits fournisseurs, à savoir l’Algérie, le Qatar, le Nigeria et la Norvège, décident d’accorder leurs violons pour faire face à la concurrence US. La Russie n’a pas hésité par le passé à brandir la menace de faire chuter les cours afin de rendre le GNL américain moins compétitif sur le marché européen. Les exportateurs américains de GNL doivent vendre en Europe avec un coût marginal d’au moins 6 à 7 dollars par million d’unités thermiques britanniques (mBTU) pour couvrir les coûts de congélation, d’expédition et de regazéification. En revanche, le coût marginal d’approvisionnement à long terme de la Russie pour l’Europe n’est que de 5 dollars par mBTU. Le GNL américain est également plus coûteux que le GNL du Qatar et de l’Algérie. Par conséquent, l’Europe a importé huit fois plus de gaz par gazoduc depuis la Russie et l’Algérie que sous forme de GNL, selon les données de l’administration américaine d’information sur l’énergie. Cette tendance semble se poursuivre jusqu’en 2018. Les importations de gaz russe par les pays de l’Union européenne ont atteint un niveau record au premier semestre de l’année, en hausse de 8% sur un an.
Les Gazoducs, reliant la Russie à l’Europe et l’Algérie au Vieux Continent, sont un levier, non des moindres, pour faire face à la concurrence américaine. Sauf que, pour le cas Algérie, la baisse de la production de ces dernières années a fini par se répercuter sur la compétitivité du gaz algérien sur le marché européen. L’Algérie s’est orientée également vers les marchés spot dans une tentative de diversifier la destination de son gaz. <