Faut-il encore parler de grille des programmes télé ? Faut-il encore espérer que les producteurs puissent nous dénicher un Rouiched, Rachid Ksentini, Nouria, Sid Ali « Fernandel », ou un Hilmi, un jour ?

Avec « Nass m’lah city », « la famille Djemaï » ou « Si Lakhdar », on a pensé un moment que les illustres compagnons des Hadj Abderrahmane où l’immense Bachtarzi avaient transmis des gènes de comédiens aux Beyouna, Salah Ougrout ou Kamel Bouakaz. L’espoir nous a titillé un instant que les caméras cachés (en fait il tournait avec une seule caméra) de Hadj Rahim allaient devenir visibles. Hélas, mille fois hélas, nos espoirs et nos espérances se sont tus et ont été définitivement enterrés pour la bouillabaisse (hacha le poisson) indigeste et indigente que les chaînes de télés, publiques ou privées, ont imposé plutôt qu’offert aux pauvres téléspectateurs algériens.
C’est que lors du f’tour et en attendant le café et le kalbellouz – même à Constantine, on s’identifie dorénavant avec le kalbellouz, trop chère el djawzia –, on ne peut que regarder, très souvent sans voir,… la pub ! Non de…

Sketchs chorba et m’hadjeb indigestes !
Très souvent, la pub dure plus de vingt minutes, montre en main, et une cuillère chorba frik dans l’autre. Vingt minutes pendant lesquelles à peine dix produits jouent à la farandole, vont et reviennent avec des slogans à déglutir tout le f’tour ingurgité en moins de temps qu’un intermède de pub. Sinon que viennent faire les m’hajeb avec une pub d’un opérateur téléphonique et que font la dizaine de troubadours qui pensent chanter en draguant la ménagère qui vient de faire un couscous ?
La pub a même investi quelques séries ou un bandeau publicitaire est apposé au milieu même de la diffusion de la série. Du jamais vu !
La médiocrité étant sûrement contagieuse, presque toutes les chaînes, même celles de l’ex-unique, se sont cru obligées d’exploiter un même filon, croyaient-elles, celui de faire des sketchs chorbas en remontant dans le temps.
Elles auraient dû rester sur terre, dans le même fuseau horaire, et dans les mêmes studios en carton-pâte plein de bits. Ou s’il fallait remonter le temps, elles auraient été studieuses si l’escale était le boulevard des Martyrs dans les années 60 et 70, et nous rediffuser ce qui se faisait, en ce temps-là dans des studios à-peine plus grand qu’un salon de producteur télé des années 2000. L’une des séries aura même l’outrecuidance de nous faire remonter à moins 30 000 av-J.-C. (on aurait aimé mettre le signe du moins, mais nous ne l’avons pas trouvé sur le clavier). Le temps où l’humanité balbutiante chassait le mammouth et découvrait avec délectation le feu et quelques outils de chasse. Mais non, la série en question nous a sérieusement et doublement encornés en nous gavant de palais de mille et une conneries et de princesse chantant la chanson officielle du… MCA !

Des bips et « kolbate »
C’est ce que certains appellent humour. Enfin… Pour notre part, on s’épargnera d’y mettre un quelconque qualificatif, le téléspectateur ayant déjà affublé ce programme et d’autres de tous les noms d’oiseaux.
Justement, et sans transition, des noms d’oiseaux, il y en avait à profusion à une heure de grande écoute et de bouffe.

Les caméras cachées !
Ya Hadj Rahim, ya Hadj Abderrahmane, ya hadj n’importe lequel, où que vous soyez, au secours ! comme dirait le borgne le plus célèbre des politiciens français. Vulgaire, avilissant, humiliant, contrariant, sont les quelques mots qui pourraient qualifier cet ersatz de « moment » de télé, pour ne pas reprendre les gestes et les mots bipés des piégés.
Toutes chaînes confondues, l’horreur télévisuelle a été atteinte et les normes et les règles officiant la petite lucarne foulée du pied. Le rictus a remplacé le rire, l’insulte a bouleversé la prose et les bagarres ont pris la place de la bienveillance.
Toutes ces mascarades télévisuelles se sont terminées en mêlées digne d’un match de rugby entre l’Australie et l’Afrique du Sud. Quand ce n’était pas truqué, bien sûr. Le seul invité qui n’a pas succombé aux appels au meurtre a été Mustapha Berraf, qui a accueilli les agressions verbales des « piégeurs » avec un calme… olympien. Une déformation professionnelle, sans doute. Sinon, le reste, et c’étaient vraiment des restes, a brillé par une indigence du langage à faire souhaiter au plus tenace des « télésabrine » une surdité totale. Les invités, en grande partie, étaient des footballeurs, qui, comme chacun le sait, ne brillent pas par leur intelligence. Madjer et Chaouchi sont là pour le prouver si besoin est. Le reste (encore) était un ramassis de chanteurs approximatifs que même leurs parents ne connaissent pas, les ayant reniés, il y a des plombes.
Le langage ordurier et les « kolbate » ont été les ingrédients les plus « savoureux » que les caméras cachées ont offert à notre jeunesse. « Des modèles de réussite » que nos têtes brunes voudront calquer, car une piscine derrière le salon, et même si c’est d’un goût douteux, l’une des maisons des « stars » piégées, ferait envie quand même. Des chanteurs de mauvais rai avec un goût d’égyptien, preuve en sont ces salons qui brillent de tout, sauf de l’intelligence de leurs hôtes.
Bref, un Ramadhan télévisuel à mettre aux poubelles cathodiques, en attendant que des lois plus sérieuses et des organismes de contrôle de la chose artistique plus compétents voient le jour. Mais… saha f’tourkoum quand même !