Par : Nadir Kadi
Deux jours après le déclenchement de la «grève illimitée» des journalistes du quotidien El Watan, ces derniers, réunis en «collectif des journalistes-salariés d’El Watan», ont dénoncé avant-hier soir ce qu’ils qualifient de «coup de force» et de «comportement irresponsable» de la direction du journal.
Le document du collectif déclare en effet à propos de la parution, malgré la grève, de l’édition du samedi 17 septembre 2022 du journal : «la Direction a tenu à faire paraître le journal en dépit du fait que le personnel ait décidé de reprendre son mouvement de grève dès vendredi (…) L’édition du samedi 17 septembre 2022 n’a été confectionnée ni par l’équipe rédactionnelle, ni par l’encadrement attitré (chefs de rubriques-chefs des bureaux régionaux, directeurs de la rédaction)».
La démarche de la direction du journal est décrite comme une atteinte au droit de grève et un «… forfait dont le but est de briser le mouvement de grève des travailleurs auquel a appelé le syndicat de l’entreprise».
La direction de son côté se défend de toute violation du droit, le directeur de publication d’El Watan, Mohamed Tahar Messaoudi, faisant savoir que la sortie de l’édition du samedi est «conforme à la loi, ceux qui ont confectionné l’édition ne sont pas étrangers à l’entreprise (…) J’ai soumis la question à la direction du travail et on m’a dit que le fait d’empêcher la sortie du journal est passible de sanction pénal». Le collectif des grévistes avait de son côté fait savoir que la direction du journal a fait appel à un «groupe d’actionnaires-retraités de l’entreprise» qui avait tenté de «confectionner le journal à la place des journalistes et travailleurs en grève». Les grévistes exhortent «la Direction du journal à mettre fin à la violation du droit de grève et à faire face à ses responsabilités et ses obligations contractuelles».
Quant aux conséquences éventuelles de cette grève, déclenchée pour rappel à cause du non-paiement des salaires depuis le mois de mars 2022, le directeur de publication d’El Watan laisse entendre qu’elle met à mal la situation financière du journal, «l’entreprise ne peut supporter plus de pertes. Les travailleurs, les journalistes ont droit d’entrer en grève et nous avons le droit de faire paraître le journal pour ne pas perdre ce qui nous reste de revenus». Une argumentation que les grévistes rejettent en précisant que «le collectif des journalistes-salariés d’El Watan, qui a pour principe de défendre tous les droits, ne sera jamais le fossoyeur du journal contrairement aux vaines tentatives de certains actionnaires de nous faire porter le chapeau de la fermeture de l’entreprise». Le même communiqué ajoute que «les journalistes d’El Watan, comme l’ensemble des salariés de l’entreprise, ont accepté de travailler durant de longs mois sans être payés afin de laisser le temps à la Direction de trouver des solutions, mais en vain». Pour rappel, la situation du journal et la cause du retard, de près de sept mois, de versement de salaires serait dû au blocage de ses comptes dans le cadre d’un litige avec le CPA et l’administration des impôts. A ce titre, Mohamed Tahar Messaoudi précise que la direction entretient un «contact positif avec la banque et les services des douanes dans le but de trouver une solution définitive au problème».
Par ailleurs, le collectif dénonce les «menaces à peine voilées ciblant 5 ou 6 journalistes parmi les meneurs acharnés de la grève proches de la retraite». Le collectif a par ailleurs réitéré hier qu’il se réservait le droit de porter le conflit devant la justice : «Nous journalistes salariés interpellons les autorités du pays à favoriser les voies de sortie de crise dans les meilleurs délais. Les travailleurs, en grève, refusent d’être otages d’un statu quo qui n’a que trop duré, se réservent le droit de saisir la justice pour garantir leurs intérêts». <