La pression des médecins résidents dans leur bras de fer avec le ministère de la Santé ne faiblit pas. Après près de cinq mois de grève, les blouses blanches continuent de mobiliser et d’aggraver la paralysie des hôpitaux. Une paralysie qui s’est confirmée, hier, au premier jour de la grève de leurs aînés, à l’appel du Collectif autonome des médecins spécialistes algériens (Camsa).

A l’exception du service minimum assuré durant les gardes, pour les soins de réanimation et ceux d’oncologie (consultation, chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie), comme prévu dans le préavis de grève, « le reste des activités a été suspendu », affirment des grévistes joints par téléphone. La quasi-totalité des structures hospitalières du pays ont enregistré une forte adhésion des médecins spécialistes au nombre réduit comparativement aux résidents, faut-il le noter. Des images publiées hier sur les réseaux sociaux et sur les pages du Camsa et du Camra montrent la mobilisation qui, selon les premiers chiffres communiqués en fin de journée, font état d’« un taux de suivi national dépassant les 90% ».
Déjà que les hôpitaux fonctionnent au ralenti avec la grève des médecins résidents qui dure depuis le 14 novembre 2017, voilà que les spécialistes viennent accentuer la pression avec une grève cyclique qu’ils menacent de radicaliser dans les prochains jours. Les revendications des spécialistes se résument dans « la révision du statut du praticien spécialiste, l’amélioration urgente des conditions du travail et de la sécurité au sein de l’hôpital, ainsi que la réforme de la loi de santé et l’implication de l’ensemble des praticiens acteurs du secteur». Outre les points relatifs à la situation socioprofessionnelle, les grévistes réclament « le respect du droit syndical garanti par la Constitution » et dénoncent « le refus de la demande déposée auprès des services des wilayas de Tipaza et de Constantine  pour tenir une assemblée générale constitutive». Depuis le dépôt du préavis de grève, le 19 mars dernier, « aucune réaction n’est parvenue du ministère de tutelle », s’indigne-t-on du côté du Camsa. Une attitude qui ne fera que pousser les grévistes à la radicalisation.
Pour sa part, le ministère de la Santé, par la voix de son conseiller à la communication, Slim Belkessam, a réagi au débrayage en affirmant que « tout appel à la grève émanant d’une entité n’ayant pas d’existence légale est considérée comme une absence injustifiée ». La grève d’hier, qui se poursuivra aujourd’hui, intervient, faut-il le préciser, dans un climat de colère générale à travers les hôpitaux. Et pour cause, même les médecins internes se sont joints à la partie quand certains d’entre eux ont battu le pavé à l’intérieur du CHU Mustapha-Pacha  où ils ont marché pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « silence » du ministère de tutelle face à leurs  revendications jugées « légitimes » et pour exprimer leur « solidarité » avec leurs aînés résidents. Ce n’est pas tout. L’action du boycott de l’éxamen d’études médicales spécialisées (DEMS), quant à elle, s’est poursuivie après les trois épreuves déjà boudées.  Selon le Dr Hamza Boutaleb, porte-parole du Camra, l’épreuve de chimie thérapeutique, organisée à la faculté de médecine Ziania de Ben Aknoun, seuls trois sur les dix candidats ont passé l’épreuve. «Ces trois médecins résidents n’observaient pas la grève depuis le début du mouvement », explique-t-il.
S’agissant de l’épreuve de physiologie cardio-respiratoire, organisée à la faculté de médecine de Constantine, « celle-ci a été boycottée à 100% », affirme pour sa part le Dr Mohamed Taïleb. Une « réussite » à travers laquelle les résidents doublent la pression sur les pouvoirs publics, vu l’importance de cet examen dont les admis seront directement affectés dans le cadre du service civil.
Par ailleurs, en attendant une lettre «en phase de finalisation », selon nos sources, à envoyer au président de la République, Abdelalziz Bouteflika, sollicité pour «intervention », deux correspondances ont été adressées par le Camra aux ministres de l’Enseignement supérieur, et de la Santé et de la Réforme hospitalière, Tahar Hadjar et Mokhtar Hasbellaoui. Dans ces courriers, un constat a été établi quant à la réalité du secteur en plus de « la disponibilité » affichée par les résidents de reprendre le dialogue dans un cadre « sérieux avec un pouvoir décisionnel » et dont la finalité est « de converger vers des solutions concrètes et durables pour le développement du système de santé ».