Les conclusions de l’enquête ouverte par le Procureur du Tribunal d’Arzew suite à la mort suspecte de Bilel Kheloufi, le 21 novembre dernier, à l’intérieur du siège de la 15e Sûreté urbaine d’Oran, concluent qu’il s’agit d’un suicide. La mort du jeune Oranais à l’intérieur du commissariat, quelques heures après son interpellation par la police pour «coups et blessures», avait enflammé le quartier de Maraval avec des échauffourées entre la police et les habitants réclamant que la vérité soit dévoilée et que les responsables soient sanctionnés.
Le communiqué, rendu public hier, du Tribunal d’Arzew, a précisé que «l’expertise du médecin légiste a conclu que le décès était la conséquence d’un acte de suicide en usant du cordon de son soulier de sport». Le même communiqué a rappelé, en outre, qu’en date du 24 novembre dernier, «une enquête préliminaire a été ouverte par les services de la police judiciaire d’Oran sur les circonstances du décès de Khaloufi Bilel, en effectuant des examens matériels, tout en entendant toutes les parties ayant une relation avec les faits, y compris le personnel de la Sûreté concernée, qui était sur place au moment de l’incident, ainsi qu’une autopsie sur la dépouille du défunt».
L’enquête a révélé aussi l’implication des agents de police au nombre de 5 dans des faits liés à l’endommagement de l’outil utilisé dans l’acte de suicide, tout en ayant tenté de dissimuler les faits, ainsi que la falsification des véritables faits dans les registres officiels. Cinq agents de police avaient été, le 15 décembre dernier, déférés devant le juge d’instruction du Tribunal d’Arzew, qui a ordonné la détention provisoire de quatre d’entre eux, alors qu’une policière a été placée sous contrôle judiciaire. Les cinq policiers sont poursuivis pour les chefs d’accusation de faux et usage de faux dans des documents officiels, en y introduisant des modifications de manière à les vider de leur sens une fois achevés. Ils sont également poursuivis de crime lié à «la détention arbitraire en dehors du cadre prévu par la loi dans des lieux désignés pour la détention des personnes arrêtées sans en informer l’autorité supérieure, d’occulter les traces du crime en changeant de lieu et en enlevant des pièces de leur lieu dans le but d’entraver le cours de la justice, de négligence entraînant la mort, ainsi que d’éluder la responsabilité civile et pénale en changeant d’endroit». Pour rappel, dès le lendemain du constat de ce décès dans des conditions suspectes, le Procureur de la République du Tribunal d’Oran avait ordonné la fermeture du commissariat de la Sûreté urbaine du quartier de Maraval à Oran et l’ouverture d’une enquête.
Selon les témoignages recueillis sur place par la presse locale, quelques heures auparavant, le jeune Bilel Kheloufi s’était rendu aux forces de sécurité après avoir reconnu être l’auteur d’une agression à l’arme blanche contre son voisin et a été immédiatement placé en détention provisoire au commissariat. Il avait pu recevoir la visite de sa famille dans un premier temps, mais lors de la deuxième visite où la famille était revenue apporter de la nourriture à leur fils, l’autorisation de visite leur a été refusée et les membres de la famille ont été informés quelque temps après du décès de Bilel à 20H par «crise cardiaque». C’est ce qui avait mis le feu aux poudres dans le quartier El Othmania de Maraval, nécessitant des renforts de sécurité dépêchés sur les lieux face aux émeutiers qui réclament justice. <