Si des changements ne sont pas opérés dans le management des projets et l’appareil de réalisation, il est vain de s’attendre à des résultats rapides dans la mise en oeuvre du Plan de relance.

La Conférence nationale sur le Plan de relance a révélé les handicaps qui peuvent s’opposer à sa mise en œuvre efficace où à la réussite de ce programme. Parmi ces obstacles figure le management des projets, notamment des grands projets d’infrastructures. En ce sens, le Directeur général de la Caisse nationale d’équipement et de développement (Cned) chargé du contrôle de la qualité d’exécution, en particulier des grands projets d’infrastructures, a interpellé le ministre des Finances au cours de la rencontre sur les «graves insuffisances» constatées dans la réalisation des projets. Surdimensionnement des projets par rapport aux besoins, lancement des travaux avant l’achèvement des études, modification récurrente des tracés dans certains projets de pénétrantes (voies à grande circulation reliant les ports à l’Autoroute Est-Ouest), capacités d’études géologiques et géophysiques insuffisantes influant sur la qualité des études de sol. Toutes ces déficiences sont à l’origine des fréquentes réévaluations dans les coûts des projets entraînant d’importants surcoûts et glissements dans les délais de réalisation des projets, et autant de points faibles dans le management des projets qui causent un énorme préjudice au Trésor public. Chaque année, l’Etat réserve, en effet, des centaines de milliards de dinars aux réévaluations des projets au titre de la loi de finances qui auraient pu être consacrés à couvrir des besoins urgents de la population, création d’emplois, de structures de santé, d’enseignement, amélioration de l’approvisionnement en eau…
Le responsable de la Cned a également affirmé que les maîtres d’ouvrage lancent les chantiers sans tenir compte de l’avis de la Cned. Cette intervention a fait réagir le ministre des Finances Aymene Bennaderrahmane qui a instruit sur place le Directeur du Budget : «Aucun projet ne sera inscrit désormais quel que soit le secteur sans le visa de la Cned.»
L’argentier du pays a également indiqué que les moyens humains et matériels de la Cned seront renforcés afin de conforter sa capacité d’intervention et de contrôle dans la réalisation pour éviter à l’Etat ces surcoûts et les grands retards dans la réalisation des projets. «Le rôle de la Cned sera prépondérant dans le contrôle et le suivi de la réalisation des projets. La Caisse nationale d’équipement et de développement aura un rôle prépondérant : son visa sera indispensable quand il s’agira de lancer les travaux du grand projet structurant, à savoir le port de Hamdania au centre du pays», a ajouté le ministre.
«5 119 milliards de dinars de projets en cours de réalisation par les communes»
A ces graves insuffisances dans le management des grands projets d’infrastructures se conjugue la faible consommation des crédits budgétaires. Le ministre des Finances a indiqué que 5 119 milliards de dinars représentent le coût global des projets en cours de réalisation par les communes, dont une bonne partie représente des projets lancés depuis plusieurs années. C’est un cumul, a-t-il expliqué. Ce qui veut dire que les communes arrivent difficilement à consommer les crédits budgétaires et à achever les petits projets dans les délais. Là aussi, cela pose la problématique du management des collectivités locales. Ceci montre également que la réforme de l’Etat annoncée, qui prévoit entre autres la modernisation de la gestion de l’administration au début des années 2000, est restée pendant presque deux décennies dans les tiroirs. Si de tels projets avaient été achevés dans les délais et dans le respect des impératifs coûts et qualité, le Chef de l’Etat ne parlerait pas de «zones d’ombre» et la situation ne serait pas aussi grave. Le ministre des Finances a instruit le directeur général du budget d’assainir ce dossier. Toutes ces difficultés renvoient également aux insuffisances de l’outil de réalisation national et à l’attribution de projets dans des communes à des entreprises dans l’incapacité de les réaliser dans les délais et le respect des impératifs des coûts et de qualité des travaux. Ce qui veut dire également que la réforme sectorielle du secteur du BTP, qui a fait l’objet pourtant d’une tripartite, n’a pas vu le jour. C’est donc avec tous ces handicaps que le gouvernement s’apprête à lancer un plan de relance. Il ne faut pas se leurrer, si ces obstacles ne sont pas levés, il serait vain de s’attendre à des résultats rapides dans la mise en oeuvre du Plan de relance.
Enfin, le ministre des Finances a demandé d’aller de l’avant en matière de partenariat public et privé, de commencer par donner un habillage légal à cette formule de financement des infrastructures sans recours au budget de l’Etat. Il a laissé entendre que la Taxe sur l’activité professionnelle (TAP), dans le cadre de la réforme fiscale, sera supprimée. Sur le potentiel économique du pays, il a laissé entendre que les Algériens doivent prendre conscience des potentialités et des atouts de leur pays. Citant un expert américain de la Banque mondiale, il a déclaré «l’Algérie est un lion qui s’ignore.» Ce qui veut que si elle prend conscience de ses forces, elle peut devenir une puissance économique régionale. <