Par Hakim Ould Mohamed
La décision de suspendre les importations de la céramique inquiètent les céramistes espagnols qui, depuis quelques années, accaparent d’importantes parts du marché algérien.
Samedi, le journal espagnol El Mundo affirme que la décision des autorités algériennes, portant sur l’arrêt des importations de la céramique dans son état fini, suscite beaucoup d’inquiétudes chez les céramistes espagnols qui craignent désormais que le marché algérien leur file entre les doigts. L’Algérie représente la cinquième destination mondiale de la céramique espagnole, mais depuis 2017, date de l’entrée en vigueur des premières restrictions de l’importation des produits de la céramique, les exportations espagnoles à destination de l’Algérie ont fortement chuté, obligeant certaines usines à baisser rideau. El Mundo rapporte que l’Association espagnole des fabricants de produits de la céramique tente d’avoir plus d’informations auprès du bureau économique et commercial de l’ambassade d’Espagne à Alger sur cette nouvelle décision de restreindre l’entrée de certains produits sur son territoire. «Nous avons déjà contacté le bureau commercial d’Espagne en Algérie et, pour le moment, il n’y a pas de confirmation officielle.
Cependant, compte tenu du contexte et de la situation dans ce pays, il est fort probable que la décision portant interdiction de l’importation de la céramique soit officialisée dans les prochains jours, puisque l’Algérie applique des mesures de sauvegarde (DAPS) depuis 2018», expliquent les opérateurs espagnols, dont les propos ont été repris par El Mundo. Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, rappelons-le, qui présidait un conseil des ministres daté du 16 mai dernier, a instruit le gouvernement d’interdire l’importation de marbre et de céramique dans leur forme finale. La décision est tombée comme un coup de massue sur la tête des céramistes espagnols qui nourrissent désormais les pires appréhensions quant à une probable perte du marché algérien.
La décision des autorités algériennes est motivée par le fait que les produits de la céramique sont fabriqués localement et que les entreprises algériennes, touchées de plein fouet par la crise pandémique et la baisse de l’activité économique, doivent être aidées par des mesures législatives de nature à préserver leurs activités et parts de marché. Il y a quelques semaines, Mohamed-Moncef Bouderba, président de l’Association des céramistes algériens, a indiqué que «les céramistes ont perdu 60% de leur chiffre d’affaires durant la crise sanitaire», appelant le gouvernement à soutenir le secteur du BTPH à travers des mesures à inclure dans l’avant-projet de loi de finances complémentaire 2021. Ainsi, la décision de suspendre l’importation des produits de la céramique semble faire le bonheur des céramistes algériens au détriment des opérateurs espagnols. Ceux-ci, qui se disent ignorer la date de l’entrée en vigueur de cette interdiction, craignent que ces nouvelles restrictions n’affectent leurs affaires. Il faut dire que ce n’est pas la première fois que de telles restrictions à l’importation sont imposées par l’Algérie aux produits fabriqués localement, puisque le 1er avril 2017, le ministère du Commerce avait publié un communiqué instituant des quotas quantitatifs pour l’importation des produits de la céramique. Cette décision avait provoqué alors l’effondrement quasi-total du commerce de la céramique entre l’Algérie et l’Espagne.
Après les mesures prises en avril 2017, l’Algérie avait opté pour l’instauration de mesures de sauvegarde plutôt que les interdictions pures et simples de l’importation de certains produits, mesures ayant suscité une levée de boucliers chez certains partenaires commerciaux de l’Algérie, rappelons-le. C’est ainsi qu’en 2019, le ministère du Commerce annonça que les produits soumis à une suspension provisoire des importations en 2018 avaient été libéralisés en échange de l’institution d’un droit de sauvegarde provisoire supplémentaire (DAPS). Ce droit de sauvegarde, dont le taux oscille entre 30% et 200%, concerne plus d’un millier de positions tarifaires, y compris celles correspondant aux produits de la céramique pour lesquels une taxe de 60% a été appliquée. Ces mesures n’étaient pas sans conséquences sur les ventes à l’Algérie de la céramique espagnole, dont les importations ont chuté de 63% au cours des cinq dernières années, rapporte El Mundo. L’Algérie qui représentait en 2016 la cinquième destination de la céramique espagnole est passée à la 16e position avec, au tableau, des exportations qui ont chuté de 123,4 millions d’euros à 48,2 millions d’euros. n