L’accord décroché avec la Commission européenne sur le Brexit après des mois de difficiles tractations constitue un succès pour la Première ministre Theresa May, mais n’occulte pas son extrême fragilité à la tête du gouvernement britannique.

Prise dans les divisions de son propre parti, entre pro et anti-Brexit, la Première ministre conservatrice est sur la corde raide depuis les législatives anticipées qu’elle avait convoquées en juin et à l’issue desquelles sa majorité s’est réduite comme peau de chagrin. Son travail sans relâche ces derniers jours pour décrocher un résultat avec Bruxelles avant le fatidique sommet européen des 14 et 15 décembre a été salué par son camp. Une unanimité qui risque toutefois d’être de courte durée alors que les couloirs de Westminster bruissent tous les jours de rumeurs de complot pour la renverser. «Avancée à Bruxelles. Grand moment de réussite pour Theresa May et le Royaume-Uni», a tweeté son vice-Premier ministre et proche allié, Damian Green. Le pro-Brexit ministre de l’Environnement, Michael Gove, a lui, loué «un résultat politique et personnel significatif» pour la dirigeante, qu’en coulisse il a coutume de critiquer pour son attitude selon lui trop conciliante avec l’UE.

Mais alors que Mme May a souligné que l’accord avait abouti à «un compromis», la presse eurosceptique s’inquiète déjà des concessions trop importantes accordées. «Plus les Eurocrates louent la +détermination+ de Mme May, plus nous devrions nous sentir mal à l’aise», écrit le tabloïd Daily Mail. Le mouvement pro-Brexit Leave.EU estime lui que l’accord annoncé vendredi constitue «une capitulation totale» de Londres.
«Nous pouvons maintenant avancer vers la prochaine étape de l’humiliation», a renchéri l’ancien chef du parti europhobe UKip Nigel Farage sur Twitter.
Les critiques risquent de ressurgir rapidement du côté des Conservateurs. Le compromis trouvé vendredi ne constitue qu’une étape assez floue pour permettre de débloquer les discussions et que les choses sérieuses ne seront vraiment abordées que lors de la phase 2 des négociations destinées à déterminer la future relation du Royaume-Uni avec l’UE. «Le défi le plus difficile» des négociations est à venir, a d’ailleurs prévenu vendredi le président du Conseil de l’UE Donald Tusk. «Nous savons tous que se séparer est dur mais se séparer et construire une nouvelle relation est encore plus dur».
Un défi que Mme May va affronter en position de faiblesse. Si la BBC estimait hier que le compromis atteint est «un premier grand pas préservant la position de Theresa May», pas plus tard qu’en début de semaine, le tabloïd The Sun affirmait qu’une conspiration était en cours pour la remplacer avant Noël. Jeudi, l’ancien ministre des Finances conservateur George Osborne, aux manettes désormais du quotidien du soir Evening Standard, a affirmé, lors d’un déjeuner de presse, qu’il y avait «une majorité au sein des parlementaires conservateurs» à vouloir un changement de leader. Hors de Londres, Mme May doit aussi faire face aux exigences des nationalistes écossais du SNP qui ne veulent pas quitter l’UE et menacent d’un second référendum d’indépendance. Et aussi cajoler son allié nord-irlandais, le parti unioniste DUP, qui a fait capoter un premier projet d’accord lundi et a dit rester très vigilant quant à la suite.