La Première ministre britannique Theresa May s’est rendue, hier, à Ankara en Turquie pour renforcer les relations économiques et commerciales turco-britanniques. C’est le deuxième voyage qu’effectue Mme May à l’étranger après celui de Washington. Elle marque ainsi sa différence par rapport à d’autres dirigeants de l’UE peu enclins à se rendre en Turquie en raison des tensions politiques et diplomatiques avec le président Tayyip Recep Erdogan, critiqué notamment après les purges de grande ampleur qu’il a ordonnées suite au putsch avorté du 15 juillet dernier.

La Turquie, officiellement candidate à l’entrée dans l’UE depuis les années 1980, a toujours vu en Londres l’un de ses soutiens. Mais le référendum sur le Brexit de juin dernier l’a privée de cet allié et les deux pays tentent d’insuffler une nouvelle dynamique à leurs relations hors du cadre de l’Union européenne, d’autant qu’Ankara ne se montre plus aussi enthousiaste à rejoindre l’UE que par le passé.
Selon le ministère turc des Affaires étrangères, les échanges commerciaux bilatéraux se sont élevés à plus de 16 milliards de dollars (environ 14,9 milliards d’euros) en 2015. La perspective d’un renforcement des relations commerciales entre les deux pays avait déjà été évoquée en septembre dernier en des termes dithyrambiques par le ministre britannique des Affaires étrangères lors d’une visite en Turquie. Boris Johnson avait alors appelé à la conclusion d’un «méga-accord de libre-échange». En Grande-Bretagne, certains députés se sont, cependant, montrés critiques à l’égard du déplacement en Turquie de Theresa May et l’ont appelée à ne pas laisser sa volonté de promouvoir le commerce faire de l’ombre aux inquiétudes liées à la question du respect des droits de l’homme par les dirigeants turcs.
«Le gouvernement conservateur du Brexit est tellement prêt à tout pour conclure des accords commerciaux avec des pays autres que les démocraties adultes de l’Union européenne que même les dirigeants les plus repoussants vont avoir droit au charme de la Première ministre», a ironisé la députée libérale-démocrate Sarah Olney dans le Guardian.
Et le PEN International, l’association d’écrivains qui défend la liberté d’expression, a appelé Mme May à évoquer les «graves abus» commis, selon lui, dans le cadre de l’état d’urgence en place depuis le putsch manqué. Mme May s’est entretenue-hier avec le président turc Recep Tayyip Erdogan et avec son homologue Binali Yildirim sur les moyens de renforcer les échanges économiques et commerciaux. Business as usual.