Dans une interview accordée, hier dimanche, à la chaine de télévision russe NTV, et dont une synthèse a été diffusée par l’APS, l’ambassadeur de Russie à Londres considère l’affaire Skripal, du nom de l’agent double russe empoisonné à Salisbury en Angleterre,

comme un coup fourré des «services britanniques» dont l’objectif est d’occulter l’échec du Royaume-Uni dans ses négociations post-Brexit avec Bruxelles et pour asseoir parmi les puissances occidentales son leadership dans la stratégie de dissuasion de la Russie. Pour le diplomate russe, aucun fait n’a été présenté par les autorités britanniques pour valider leur accusation. L’affaire Skripal est «une provocation organisée par les services spéciaux» britanniques, a affirmé Alexandre Iakovenko. «On refuse de collaborer avec nous, on ne nous présente aucun fait», a déclaré l’ambassadeur, soutenant que «cela nous pousse à conclure que c’est une provocation des services spéciaux». Et d’expliquer: «Le Royaume-Uni se trouve maintenant en difficulté pour deux raisons. D’abord, le Brexit. A Bruxelles, quand la déclaration sur Skripal a été adoptée, le sujet du Brexit a complètement disparu. À ce moment-là, des accords sur de nouvelles négociations entre Londres et les pays de l’Union européenne ont été conclus », a-t-il détaillé. Autrement dit, souligne M. Iakovenko le sujet (Brexit, ndlr) est resté inaperçu et les Britanniques ont accepté dans ce cadre là pratiquement toutes les conditions de l’Union européenne». Quant à la seconde raison, selon M. Iakovenko, «elle est liée au rôle du Royaume-Uni au sein de ses alliés». «Avec l’approbation de la stratégie de sécurité nationale en 2015, Londres a décidé de prendre le leadership dans la question de la dissuasion de Moscou », explique le diplomate russe, indiquant qu’«une provocation forte est nécessaire pour dissuader la Russie».
«Cette provocation sauvage a probablement été organisée par les Britanniques pour que le peuple et le parlement soutiennent cette position», a indiqué l’ambassadeur. Cela étant, «il est certain que le Royaume-Uni ne réussira pas à rendre l’information sur l’affaire Skripal secrète et à éviter la responsabilité», a-t-il insisté. «Je suis sûr que la Russie ne permettra pas aux Britanniques de sortir de la légalité. Ils devront répondre». «Maintenant, nous choisissons quelle méthode suivre», a conclu Alexandre Iakovenko. Le 4 mars dernier, Serguei Skripal et sa fille Ioulia ont été retrouvés inconscients aux abords d’un centre commercial de Salisbury. Une semaine plus tard, la Première ministre britannique, Theresa May, a accusé la Russie d’être derrière l’empoisonnement des Skripal, sans toutefois présenter de preuves pour appuyer ses allégations, avant d’expulser 23 diplomates russes du Royaume-Uni. Par la suite, 18 pays de l’UE ainsi que les Etats-Unis, le Canada, la Norvège, l’Ukraine, l’Albanie, le Monténégro et la Moldavie ont annoncé leur décision d’expulser des diplomates russes dans le cadre de l’affaire Skripal.
Le plus grand nombre de Russes a été expulsé des Etats-Unis, soit 48 diplomates et 12 employés de la mission russe auprès de l’ONU. Washington a par ailleurs ordonné la fermeture du consulat général russe à Seattle. Le nombre de diplomates expulsé dans le cadre de l’affaire Skripal avoisine désormais les 151 personnes du côté occidental et plus de 300 au total des deux côtés. Moscou a ordonné de, son côté, l’expulsion de plus de 50 diplomates d’une vingtaine d’Etats en représailles contre les pays ayant annoncé cette semaine leur décision de chasser des diplomates russes dans le cadre de l’affaire Skripal, la plus importante vague d’expulsions croisées du genre dans l’histoire.