Les recettes d’exportation que l’Algérie devrait engranger en 2022 sont une bouffée d’oxygène après les années de vaches maigres qu’elle a dû subir. Le revers de la médaille est là cependant, les dépenses pour les importations grignotant des montants tout aussi importants.

PAR INES DALI
La difficile conciliation entre exportations et importations de façon à atténuer le déficit pose un véritable défi pour le pays, surtout après le conflit ukrainien qui a eu pour conséquence directe une flambée des prix des hydrocarbures et partant, une poussée inflationniste à travers le monde entier. Bien que l’Algérie n’importe ni le pétrole ni le gaz dont les prix ont culminé sur les marchés mondiaux, au contraire elle en perçoit les dividendes, il n’en demeure pas moins qu’elle en subit les contrecoups vu sa dépendance vis-à-vis des importations en biens, notamment des produits alimentaires dont la facture reste salée. Ce qui risque d’entraver la bonne marche des réformes entreprises et celles à entreprendre pour diversifier l’économie du pays et atteindre une croissance acceptable, le financement constituant la base de la relance économique à laquelle aspire l’Algérie.
Selon l’économiste Abderrahmane Mebroul, qui se base sur la note d’avril 2022 du Fonds monétaire international (FMI), «les recettes prévues pour l’Algérie seraient de 58 milliards de dollars pour 2022», ce qui lui permet «des marges de manœuvre à court terme, l’endettement extérieur étant faible, le stock de la dette extérieure de l’Algérie à fin 2020 ayant atteint 5,178 milliards de dollars contre 5,492 milliards de dollars en 2019, selon le rapport International Debt Statistics 2022 de la Banque mondiale». C’est pourquoi, explique Mebtoul, le gouvernement a décidé de ne pas recourir à l’endettement extérieur pour financer le déficit, la banque centrale étant sollicitée pour le financement monétaire. «Certes, l’économie algérienne a renoué avec la croissance en 2021, tirée par la hausse des prix de l’énergie et l’augmentation des quotas de production de l’OPEP. Mais la croissance entre 2022/2023 sera largement dépendante du marché des hydrocarbures», souligne-t-il, avant d’analyser : «Cette situation est éphémère sans réformes structurelles souvent différées, qui exacerbent les facteurs de vulnérabilité économique où la dette publique représente 50.7% du PIB en 2020 et selon les projections du FMI 59.2% du PIB en 2021 et 65.4% en 2022».
85% des matières premières sont importés
L’embellie financière induite par la hausse des prix du pétrole, si elle est la bienvenue, ne saurait cependant être un motif de totale satisfaction vu que les importations continuent d’être importantes et que pour ses besoins en matières premières, l’Algérie s’approvisionne de l’étranger pour une très grande partie. Selon le chiffre avancé par M. Mebtoul, plus de 85% des matières premières sont importées par l’Algérie à coups de devises. Des devises qu’elle continue de percevoir grâce à la manne des hydrocarbures où la crise ukrainienne joue un rôle majeur. «Face à la crise ukrainienne et notamment la crise énergétique (…), l’Algérie est sollicitée pour couvrir le déficit énergétique» de l’Europe qui «dépend de plus de 40% de la Russie» en gaz et pétrole, selon Mebtoul. Ce continent a donc besoin de se tourner vers d’autres marchés ou de renforcer son approvisionnement auprès des marchés existant «pour se libérer progressivement de l’importation du gaz russe», explique l’économiste, précisant que ce sera cependant «difficile pour le court terme pour le gaz» mais que sera «possible pour le pétrole», notant que la dépendance gazière de certains pays européen dépasse les 60%. Dans ce contexte, l’Algérie constitue un atout majeur pour approvisionner avec de plus grandes quantités le marché européen et y renforcer sa présence, étant déjà un fournisseur que tous les clients, européens et autres, qualifient de fournisseur fiable. Ce qui peut contribuer à augmenter ses recettes pour financer les nombreux chantiers des réformes et de relance économique.
«Sous réserve de sept conditions, l’Algérie, à horizon 2025/2027, pourrait doubler les capacités d’exportations de gaz, environ 80 milliards de mètres cubes gazeux, avec une part entre 20 et 25% de l’approvisionnement de l’Europe», estime M. Mebtoul. «La première condition concerne l’amélioration de l’efficacité énergétique et une nouvelle politique des prix renvoyant au dossier des subventions», tandis que «la deuxième est relative à l’investissement à l’amont pour de nouvelles découvertes d’hydrocarbures traditionnels, tant en Algérie que dans d’autres contrées du monde, mais pouvant découvrir des gisements non rentables financièrement». La troisième condition, poursuit-il, est liée au «développement des énergies renouvelables (actuellement dérisoire moins de 1% de la consommation globale) devant combiner le thermique et le photovoltaïque, le coût de production mondial a diminué de plus de 50% et il le sera plus à l’avenir, d’où, avec plus de 3000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie a tout ce qu’il faut pour développer l’utilisation de l’énergie solaire».
La quatrième condition, selon Mebtoul qui se base sur la déclaration de plusieurs ministres de l’Energie entre 2013/2020, c’est que l’Algérie ait «sa première centrale nucléaire à des fins pacifiques en 2025 pour faire face à une demande d’électricité galopante». Pour la cinquième condition, il évoque «le développement du pétrole/gaz de schiste dont l’Algérie possède, selon les études américaines, le troisième réservoir mondial, d’environ 19 500 milliards de mètres cubes gazeux, mais qui nécessite, outre un consensus social interne, de lourds investissements, la maîtrise des nouvelles technologies qui protègent l’environnement et des partenariats avec des firmes de renom». Enfin, la sixième condition consiste en «la redynamisation du projet GALSI (Gazoduc Algérie-Sardaigne-Italie) d’une capacité de 8 milliards de mètres cubes gazeux» et la septième est «l’accélération de la réalisation du gazoduc Nigeria-Europe via l’Algérie d’une capacité de plus de 33 milliards de mètres cubes gazeux». Cependant, conclue-t-il, «l’avenir appartenant à l’hydrogène comme énergie du futur 2030/2040». <