Le remaniement annoncé, samedi, par le chef de l’Etat, lance les pronostics sur l’ampleur de ce futur changement. Gouvernemental ou ministériel ? Les paris font florès avec un œil davantage attentif sur les ministères concernés par l’entreprise et la vie économique du pays…

Par Hakim Ould Mohamed
Si le chef de l’Etat venait à opérer un remaniement ministériel, ce sera en fonction de l’action de chaque ministère, voire «du taux d’application des décisions prises lors des Conseils des ministres».
C’est en tout cas ce qu’a indiqué le Président Tebboune, plus tôt cette semaine, lors de sa rencontre périodique avec les représentants des médias nationaux. Samedi dernier, le président de la République a, en effet, évoqué la possibilité d’opérer un remaniement ministériel, faisant remarquer que l’objectif escompté est de parvenir à l’efficacité dans la mise en œuvre des décisions prises en Conseil des ministres et lors des réunions du gouvernement. Affirmant que la majorité des ministres «sont animés de bonne volonté», le chef de l’Etat n’a pas manqué de relever que l’expérience «s’acquiert par la pratique et la persévérance». Néanmoins, certains ministres ont «manqué» dans l’exercice de leurs fonctions. Une phrase lourde de sens qui fait que l’option d’un remaniement a été d’ores et déjà retenue et plusieurs ministres seraient sur la sellette. On ne sait pas s’il s’agira d’un simple remaniement ou bien d’un changement du gouvernement, étant donné le nombre de chantiers qui attendent concrétisation depuis maintenant plusieurs mois. Autre indication : si remaniement ministériel devait avoir lieu, il s’effectuera «en fonction des résultats de chaque secteur», la norme étant «le taux d’application des décisions prises lors des Conseils des ministres». Les indicateurs de performance des départements ministériels laissent entendre que plusieurs d’entre eux seraient très en retard par rapport à la mise en œuvre de bien de réformes, jadis annoncées inévitables et utiles, voire inscrites carrément dans la case des premières priorités. En tout cas, l’hypothèse d’un remaniement de l’Exécutif après les fêtes de l’Aid circule. Pour l’heure, le Président Tebboune a juste laissé entendre que des ministres de son staff ont «manqué» dans leur action, sans en citer des noms, mais tout porte à croire que le chef de l’Etat est tenté par un nouveau casting gouvernemental, dont l’objectif est d’abord de parvenir à plus d’efficacité dans l’exécution des décisions et, ensuite, pour envoyer un signal aux autres membres de l’Exécutif dont l’action serait jusqu’ici moyenne.

Quelle réorganisation ministérielle ?
De l’action du gouvernement, le chef de l’Etat semble en tirer déjà des conclusions quant au degré «d’application des décisions prises lors des Conseils des ministres». Le message est subtil. Mais le fait même qu’il fasse allusion à un manquement dans l’exercice de leurs fonctions par certains ministres est une façon on ne peut plus claire de planter le décor d’un remaniement qui serait imminent et qui ne fait désormais plus de doute. La grande question qui se pose est celle de savoir quelle serait la nature de cette réorganisation ministérielle qui se prépare et qui sont les départements concernés par le changement. S’il s’agit d’évaluer les départements en fonction de leurs résultats, il ne fait aucun doute que les ministres en charge des portefeuilles économiques seraient les moins bien avancés sur le chemin des réformes. On peut citer notamment la réforme fiscale, grande promesse du chef de l’Etat, dont les contours ne sont pas encore définis, la réforme financière et bancaire, des chantiers qualifiés il y a quelques mois de prioritaires, dont l’ouverture du capital des banques et des entreprises publiques, de la numérisation des deux administrations fiscale et douanière… Il est vrai que l’actuel gouvernement a été mobilisé pour la gestion de la crise sanitaire, mais les retards accusés dans la prise en charge de certaines réformes sont flagrants, notamment celle se rapportant aux questions économiques, à savoir les réformes financière, fiscale et bancaire, partie névralgique du train de réformes qui devait accompagner l’effort en faveur de la croissance et de la diversification de l’économie. Parmi les ministères qui ont moins brillé dans l’exécution des mesures issues des différents Conseils des ministres figurent aussi ceux de l’Industrie et du Commerce. Le Premier a consommé plusieurs mois dans l’élaboration d’un cahier des charges applicable aux concessionnaires automobiles sans que le dossier puisse voir le bout du tunnel. Le département n’a pas non plus délibéré sur l’audit des groupes publics économiques, une action préalable à l’ouverture de leur capital via la Bourse ; une réforme annoncée tambour battant, mais dont la concrétisation se fait désirer.

Commerce, industrie et finances, des retards et des désagréments
Le département du Commerce s’est quant à lui fait prendre dans le filet des déclarations en faveur d’un contrôle d’une main de fer des marchés et des prix, alors que la réalité a été maintes fois démontrée par les statistiques de l’ONS, voire par les étals des marchés. L’inflation tire sa source de la hausse des prix des biens alimentaires transformés mais aussi des produits agricoles frais, ce qui laisse entrevoir un défaut de régulation, plutôt qu’une tension sur l’offre. Le département du Commerce a multiplié également ces derniers mois des mesures destinées à encadrer le commerce extérieur, mais certaines d’entre elles n’ont pas été sans conséquences sur la disponibilité de certains produits de large consommation. Preuve en est que la commission d’enquête parlementaire sur la pénurie de certains produits, à l’instar de l’huile et le lait, n’y pas allé avec le dos de la cuillère, pointant une responsabilité partagée entre les producteurs et le ministère du Commerce, lequel aurait eu recours à des «mesures improvisées» aux conséquences désastreuses sur la vente de certains produits de base dont l’huile, avait indiqué le président de ladite commission d’enquête.
Ces ministres se voient ainsi affaiblis par leur gestion peu efficace des dossiers les plus brûlants et des réformes les plus importantes pour l’économie nationale. D’autres sont en sursis, dont le ministre des Travaux publics et de transports qui, bien qu’il soit fraichement désigné, semble perpétuer le silence de son prédécesseur sur biens de dossiers, dont l’ouverture du transport aérien et maritime à l’investissement privé, la gestion d’Air Algérie qui continue à être chaotique… C’est dire qu’il ya véritablement urgence à dynamiser l’activité économique, à travers l’accélération des réformes structurelles, économiques et budgétaires afin d’affranchir le pays du tout-hydrocarbures. La flambée des cours du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux ne doit en cas occulter l’urgence de réforme. <