PAR NAZIM BRAHIMI
Un mois depuis son annonce par le chef de l’Etat, le remaniement du gouvernement Aïmene Benabderrahmane semble être encore en phase de maturation. Le changement promis est temporisé et pourrait n’intervenir qu’en juillet prochain dans le cadre d’un package incluant les mesures de «rassemblement» des forces vives du pays évoquées en haut lieu et soutenues publiquement hier par le chef d’état-major de l’ANP Saïd Chanegriha
C’est d’autant plus probable que le président Tebboune avait livré, lors de l’annonce de son intention de remanier l’équipe gouvernementale, des indications attestant de son souci de ne pas se précipiter, préférant se projeter sur un «remaniement efficace» au vu des objectifs et des attentes.
Il s’agit notamment de dynamiser davantage le processus de réformes économiques, restées figées, en misant également sur un nouveau souffle dans d’autres secteurs qui tendent à faire du surplace, à l’image de la fiscalité et des banques, tout comme le secteur public marchand qui ne réalise pas les résultats qui correspondent aux potentialités du pays.
Le président Tebboune n’a pas caché, par ailleurs, le facteur principal qui détermine tout changement de ministres, affirmant que «le remaniement ministériel, s’il devait avoir lieu», s’effectuera «en fonction des résultats de chaque secteur, la norme étant le taux d’application des décisions prises lors des Conseils des ministres».
Il a nommé, à ce sujet, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité comme une des «satisfaction» de l’Exécutif de Benabderrahmane, mettant en avant «la performance» de ce secteur dans la gestion et la concrétisation de l’allocation chômage versée pour des dizaines de milliers de prétendants.
Ce département «a mis, en deux semaines seulement après la tenue du Conseil des ministres, sa disposition à traduire sur le terrain les mesures liées à l’allocation chômage, avant d’enchaîner avec la délivrance des cartes Chifa au profit des chômeurs, une opération qui se poursuit d’ailleurs à l’heure actuelle», avait fait remarquer le président Tebboune, contrairement au ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar dont le bilan ne semble pas jouer en sa faveur. A moins que l’élaboration «laborieuse» de l’avant-projet portant code de l’investissement, adopté jeudi dernier en session spéciale du Conseil des ministres, contribuerait au maintien de Zeghdar…
L’autre question qui se pose est de savoir si le président Tebboune va désigner des ministres politiques sur la base de l’échec de certains ministres technocrates, un constat admis par lui-même quand il a déclaré, le 23 avril dernier lors de son entrevue avec les deux représentants de la presse nationale, que certains ministres avaient brillé avant leur nomination sur les plateaux avant qu’ils ne s’avèrent en difficulté dans la gestion des affaires de l’Etat.
Le scénario de faire appel à des ministres politiques peut à priori être justifié par le contexte marqué par les consultations que mène le président de la République avec la classe politique et dont bon nombre de ceux reçus à El Mouradia ont fait part de leur «insatisfaction» du travail accompli par certains départements ministériels. «Le président de la République a abordé, lors de cette audience, toutes les questions nationales et régionales, mettant l’accent sur la nécessité de renforcer le front interne et de mettre la main dans la main pour faire face aux défis», avait déclaré Abdelkader Bengrina, premier chef de parti reçu par M. Tebboune
Selon M. Bengrina, «plusieurs préoccupations jugées essentielles ont été soulevées durant cette rencontre, notamment en ce qui concerne le volet économique et le secteur agricole, ainsi que la performance de certains départements ministériels». Ce genre de déclarations ouvrent manifestement les possibilités de voir les partis politiques, du moins ceux reçus à la Présidence, intégrer le futur gouvernement d’autant plus que l’offre politique de «rassemblement» est présentée par des voix officielles comme une nouvelle forme de «réconciliation» à l’adresse des acteurs politiques de toutes obédiences. <