La gouvernance de l’Internet, le partage équitable des revenus qui en sont générés et la protection des utilisateurs sur la Toile ont été les thématiques exposées lors des rencontres d’hier dans le cadre de la Conférence africaine sur la gouvernance d’Internet.

Comme l’ensemble des régions du monde mais avec un retard certain, l’Afrique s’apprête à voir se généraliser les technologies de l’information et de la télécommunication (TIC), avec tout ce que cela comporte comme nouveaux services au quotidien. « Les gouvernements africains ont déployé d’énormes efforts : entre 2000 et 2016, le nombre d’internautes a progressé de plus de 7000% atteignant 340 millions d’internautes en Afrique », annonce Iman-Houda Faraoune, ministre de la Poste et des technologies de l’information et de la communication (TIC). Alors que seulement 25% des Africains ont accès à Internet, les experts s’accordent à dire qu’il est encore temps de s’unir pour mettre en place une gouvernance d’Internet au niveau africain, en amont de la généralisation de l’outil au sein du continent. A l’initiative du ministère de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication (MPTIC) et la Banque africaine de développement (BAD), cette conférence a été marquée par la présence de plusieurs ministres africains en charge des technologies de l’information et de la communication. Des représentants l’Union internationale des télécommunications (UIT) et de l’Union africaine (UA) ainsi que des experts dans le domaine de la gouvernance de l’Internet ont discuté des possibilités de coordination en termes de gouvernance : « Les Etats sont obligés désormais de promouvoir l’Internet en tant qu’outil indispensable de développement social et économique. Il n’y a pas de développement sans économie numérique, sans éducation numérique et sans santé numérique», nous confie Habib Dabbabi, secrétaire d’Etat tunisien à l’économie numérique. Parmi les nombreuses thématiques soulevées dans le cadre de la gouvernance de l’Internet, la problématique de la protection des utilisateurs d’Internet « où chacun laisse des empruntes dont les Etats eux-mêmes, en Europe par exemple, n’arrivent pas à imposer la suppression », s’alarme Malik Si Mohammed, expert consultant algérien qui appelle à l’acquisition de la maîtrise numérique et « faire évoluer le droit du secteur numérique » en formant des juristes spécialisés en TIC, ce qui n’existe pas en Afrique, explique-t-il. Pour Malik Si Mohammed, il faudrait définir un nouveau modèle économique « pour que les Etats puissent amortir leurs énormes investissements, qui aujourd’hui, profitent en majeure partie à quelques grands opérateurs », dénonce-t-il. En marge de cette conférence, il a été procédé à l’installation du Comité de liaison de la dorsale transsaharienne à fibre optique (CLTD) et la signature d’un mémorandum d’entente entre l’Algérie et le Mali dans le cadre du déploiement de la fibre optique. Initié en 2003 dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), ce projet vise l’édification d’un réseau large bande dans le processus de développement et d’intégration des pays africains aux technologies de l’information et de la communication.

Fibre optique : la BAD financera la dorsale transsaharienne
La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé, hier à Alger, le financement du projet de la dorsale transsaharienne à fibre optique, œuvre colossale qui doit interconnecter l’Algérie, le Niger, le Nigeria et le Tchad. L’annonce en a été faite hier par le représentant de la BAD en Algérie, Boubacar Sidiki Traore. Dans les faits, la liaison doit interconnecter, dans sa première phase, l’Algérie, le Niger, le Nigeria et le Tchad, et la phase suivante de la DTS concernera les interconnections à fibre optique de l’Algérie, du Mali et du Niger. Ce prêt intervient après celui consenti par la même banque, en décembre 2016, au Niger, d’un montant de 31,4 millions d’euros, en plus de 12,5 millions d’euros sous forme de don. Ce crédit a été alloué au tronçon nigérien de la dorsale. A ce sujet, le représentant de la BAD s’est félicité du lancement des activités du Comité de liaison de la DTS (CLDT) en présence des ministres en charge du secteur des six pays membres concernés, dont le siège est établi à Alger. Le représentant de la BAD en Algérie a réitéré la disponibilité de la Banque africaine à « accompagner et appuyer les pays respectifs à renforcer et améliorer la résilience et la diversification des économies des pays, notamment à travers la mise en place des infrastructures et application TIC. Tout en les appuyant dans le renforcement des cadres juridiques et réglementaires y afférents pour lutter contre les défis posés par les innovations technologiques et, en particulier, Internet ». Il faut savoir que la DTS devra couvrir un linéaire de plus de 1 510 km de fibre optique entre le Tchad et le Niger, puis reliera ce dernier à l’Algérie et le Nigeria avec des interconnexions avec le Burkina Faso et le Bénin. Livrable en 2020, cette liaison devrait être renforcée par la mise en place de centres de données, de plateformes d’administration électronique pour les pays concernés. D’ailleurs, l’agence onusienne chargée des TIC, l’Union internationale des télécommunications (UIT), a salué l’engagement de l’Algérie dans la promotion de l’Internet en Afrique. Ibrahim Sano, représentant de l’UIT présent à Alger, a salué « la volonté et l’engagement de l’Algérie à travailler sans relâche avec les pays africains pour que les avantages de l’Internet soient partagés et servent tous les citoyens du continent ». M. Sano a relevé également une augmentation du nombre d’abonnés à la téléphonie mobile en Afrique dont « le pourcentage a été multiplié par six entre 2005 et 2016 atteignant actuellement une moyenne de 83% de pénétration ». « L’Internet n’est pas un luxe pour l’Afrique mais un bien indispensable d’utilité publique et c’est pour cette raison que la Conférence d’Alger sur la gouvernance de l’internet en Afrique vient à point nommé s’inscrire dans la dynamique de la concertation et de l’appropriation de l’internet par le continent », a-t-il ajouté. Il a, enfin, exprimé le « plein soutien » de l’UIT à tous les pays africains pour leurs efforts tendant à combler le fossé numérique et faire en sorte que chaque citoyen africain tire profit de la manne de l’économie numérique.