L’Iran a annoncé, hier mardi, son intention de «commencer à enrichir l’uranium à 60%», un niveau qui rapprocherait ce pays d’une capacité d’utilisation militaire qu’Israël et les puissances occidentales n’acceptent pas. L’annonce iranienne d’aller plus loin dans l’enrichissement de l’uranium est intervenue deux jours après un «sabotage», dimanche dernier, de son usine de Natanz que Téhéran impute à Israël.

Synthèse de Salim Benour
Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères adjoint, a fait cette annonce «dans une lettre à Rafael Grossi», directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), selon l’agence officielle. Il déclare selon la même source que «1 000 centrifugeuses supplémentaires d’une capacité de 50% supérieure seront ajoutées aux machines présentes à Natanz, en sus du remplacement des machines abîmées» par l’explosion dans ce complexe nucléaire du centre de l’Iran.
L’agence Irna ne précise pas à quelle date commencent ces activités qui marqueraient un pas supplémentaire dans la violation des engagements pris par l’Iran, en 2015, pour limiter son programme nucléaire, au moment même où des discussions doivent continuer à Vienne pour sauver cet accord. Mais selon PressTV, chaîne d’information en anglais de la télévision d’Etat, cette mesure sera mise en oeuvre dès mercredi. «Nous avons vu les informations de presse» à ce sujet mais «nous n’avons pas de commentaire à ce stade», a déclaré à l’AFP un porte-parole de l’AIEA à Vienne. L’Iran enrichit actuellement de l’uranium à 20% en isotope 235, bien au-delà de la limite de 3,67% fixée par l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015. Un enrichissement à 60% le mettrait en mesure de passer rapidement aux 90% et plus, nécessaires pour une utilisation à des fins militaires, affirment les observateurs. Mais Téhéran a toujours nié vouloir se doter de l’arme nucléaire, arguant d’un interdit moral et religieux. Les annonces iraniennes de poursuivre l’enrichissement de l’uranium surviennent quelques heures après une rencontre à Téhéran entre le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Plus tôt, la télévision d’Etat avait annoncé que M. Araghchi avait quitté Téhéran pour participer mercredi à Vienne à une réunion sur les discussions en cours. Ces discussions sont destinées à réintégrer les Etats-Unis au sein de l’accord de 2015 et à amener Téhéran à l’application stricte du texte, en échange de la levée des sanctions américaines. «Nous tablons sur le fait qu’on pourra sauvegarder l’accord et que Washington reviendra enfin à (sa) mise en oeuvre pleine et entière», a déclaré Sergueï Lavrov, aux côtés de Mohammad Javad Zarif. «Toutes les sanctions unilatérales prises à Washington en violation directe de l’accord doivent être annulées», a-t-il ajouté. M. Lavrov s’en est pris avec virulence à l’UE et à sa décision de sanctionner huit responsables iraniens pour leur rôle dans la répression violente d’une vague de contestation en novembre 2019. «Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleine négociations à Vienne (…), alors c’est une erreur qui serait pire qu’un crime», a-t-il lâché, appelant à «empêcher un échec des négociations».
«Mauvais pari»
Téhéran a accusé Israël d’avoir saboté dimanche son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz et a promis une «vengeance» en temps et en heure. Selon l’Iran, une «petite explosion» a entraîné une panne de courant et des dégâts «rapidement» réparables. Washington a nié toute implication. Le New York Times, selon qui l’opération a été menée par les Israéliens, écrit mardi de Jérusalem, citant «un responsable des renseignements», qu’«un engin explosif a été introduit clandestinement dans l’usine». «Les Israéliens, s’ils pensaient qu’ils pouvaient stopper les efforts de l’Iran pour faire lever les sanctions contre le peuple iranien, ont fait un très mauvais pari», a dit M. Zarif. Les discussions de Vienne réunissent les Etats encore parties à l’accord sur le nucléaire iranien (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Iran et Russie), sous l’égide de l’Union européenne. Washington y est associé mais sans contact direct avec les Iraniens. «Grâce au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et à la pression maximale de Washington, l’Iran (…) va maintenant enrichir à des niveaux sans précédent, avec moins de surveillance internationale. Bravo à tous !», a commenté sur Twitter, non sans ironie, Ali Vaez, de l’organisation International Crisis Group. En riposte au retrait américain en 2018 de l’accord international sur le nucléaire et au rétablissement par Washington de sanctions au nom d’une politique de «pression maximale» à son encontre, l’Iran s’est affranchi depuis 2019 de la plupart des engagements clés limitant ses activités nucléaires.
Joe Biden, qui a succédé à M. Trump en janvier à la tête des Etats-Unis, a signalé son intention de réintégrer l’accord de 2015. Mais jusqu’à présent, Téhéran et Washington exigent mutuellement de l’autre qu’il fasse le premier pas avant de revenir aux engagements auxquels chacun avait souscrit. «Nous voulons que toutes les parties à (l’accord) mettent en oeuvre leur promesse et leur parole et que tout ce qui a été conclu (en 2015) soit accepté», a déclaré le président iranien Hassan Rohani en recevant M. Lavrov. <