La comédie musicale «La La Land» a été la grande gagnante des Golden Globes dimanche avec le film français «Elle» sacré meilleur film en langue étrangère et son interprète Isabelle Huppert meilleure actrice.

C’est une victoire surprise pour Isabelle Huppert face notamment à Natalie Portman, donnée favorite par les pronostiqueurs pour son incarnation de Jackie Kennedy dans «Jackie». «Merci de me permettre de gagner ici en golden globes 2017 isabelle huppert et la la land sacr s 8317.jpeg north 647x white 2Amérique dans un film français dirigé par un metteur en scène néerlandais», a déclaré la légendaire actrice de 63 ans en lamé gris. Emue, semblant perdre la voix par moments, elle a ajouté: «n’attendez pas du cinéma qu’il érige des murs et des frontières», et a remercié le réalisateur Paul Verhoeven de lui avoir permis d’«être elle-même». Dans le sulfureux «Elle», Isabelle Huppert incarne une femme violée cherchant à démasquer son agresseur et qui se lance dans un jeu de séduction masochiste avec lui. Elle a déjà récolté une brassée de récompenses aux Etats-Unis pour cette performance extraordinaire encensée par la critique et peut à présent espérer une nomination aux Oscars. En recevant le prix du meilleur film en langue étrangère, Paul Verhoeven a chaudement remercié son interprète, «son audace», son «talent», son «authenticité», concluant d’un triple: «je t’aime». Il a aussi loué la France et «ses équipes fantastiques» de cinéma «heureuses de travailler ensemble», rappelant avoir essayé de monter cette adaptation d’un roman de Philippe Djian aux Etats-Unis sans trouver ni financement ni comédienne intéressée. «Elle» affrontait deux coproductions françaises, «Divines», d’Houda Benyamina, et «Le client», de l’Iranien Asghar Farhadi. 

Romance entre une aspirante actrice et un musicien, «La La Land» partait favorite de la soirée avec sept nominations. Elle les a toutes gagnées, établissant un record de prix pour un film: meilleure comédie, meilleur scénario, meilleur metteur en scène pour son auteur-réalisateur Damien Chazelle, meilleure musique et chanson originales. Ses deux interprètes Emma Stone et Ryan Gosling, qui chantent, dansent et font des claquettes dans les plus beaux lieux de Los Angeles ont été également primés. «J’ai déménagé à Los Angeles il y a treize ans cette semaine», s’est souvenue Emma Stone en robe brodée d’étoiles argentées. «C’est un film pour ceux qui rêvent», a-t-elle ajouté en recevant sa statuette. Ryan Gosling a dû travailler des mois durant pour jouer lui-même les scènes au piano du film dans lequel il incarne un musicien de jazz. Damien Chazelle a remercié ses producteurs pour «avoir parié sur ce film» et «cru qu’il existe un public pour un film comme ça». Le compositeur de la musique Justin Hurwitz, et ceux de la chanson «City of Stars», interprétée par Ryan Gosling, ont également été primés pour une musique qui fait valser ses acteurs dans les étoiles ou dans les embouteillages. Justin Hurwitz a souligné que le Français Michel Legrand avait été une «énorme inspiration» pour ce film. Aaron Taylor-Johnson pour «Nocturnal Animals» et Viola Davis pour «Fences», adaptation d’une pièce de théâtre, ont été sacrés meilleurs seconds rôles de cinéma. «Moonlight», sur un jeune garçon noir homosexuel qui grandit avec une mère toxicomane, a remporté le Globe du meilleur film dramatique et Casey Affleck celui du meilleur acteur dramatique pour «Manchester by the sea». Il y campe un homme forcé de s’occuper soudainement de son neveu après le décès de son père. En télévision, les séries «American Crime Story: The People vs O.J. Simpson», celle sur un trafiquant d’arme «The Night Manager» et sur la reine d’Angleterre «The Crown» ont raflé plusieurs prix chacune. Honorée pour l’ensemble de sa carrière exceptionnelle, Meryl Street, a aussi fait un vibrant discours contre le président-élu Donald Trump, dénonçant avec fureur le moment notamment où le Républicain s’était moqué méchamment d’un journaliste handicapé, sous l’oeil des caméras.
Donald Trump s’en est pris lundi à Meryl Streep qui l’avait critiqué la veille à la cérémonie des Golden Globes, accusant l’actrice d’être le «larbin» de son ex-rivale démocrate à la présidentielle Hillary Clinton. «Meryl Streep, une des actrices les plus cotées d’Hollywood, ne me connaît pas et m’a attaqué hier soir aux Golden Globes», a tweeté lundi à l’aube le président élu des Etats-Unis. «C’est un larbin d’Hillary qui est largement perdante». L’actrice de 67 ans aux trois Oscars a notamment ironisé sur ce qui avait été pour elle la «performance» de l’année de M. Trump quand ce dernier avait imité, lors d’une réunion publique en novembre 2015, un journaliste du New York Times (Serge Kovaleski) qui souffre d’une maladie articulaire limitant les mouvements de ses bras. Pour Meryl Streep, ce genre de débordements «s’immisce dans la vie de tout le monde, parce que cela autorise d’autres à faire la même chose». «L’irrespect amène l’irrespect. La violence incite à la violence», a-t-elle dit. «Et quand les puissants se servent de leur rang pour brutaliser les autres, nous sommes tous perdants». Le futur président des Etats-Unis a rétorqué lundi sur Twitter qu’il ne s’était «jamais moqué d’un journaliste handicapé». «Pour la centième fois, je ne me suis jamais moqué d’un journaliste handicapé (je ne ferais jamais ça) mais j’ai montré comment il s’était +mis à plat ventre+ quand il a changé entièrement une histoire d’il y a 16 ans écrite dans le but de me montrer sous un mauvais angle», a tweeté M. Trump. «Des médias juste encore plus malhonnêtes!», a-t-il ajouté.