«Belfast» de Kenneth Branagh et «The Power of the Dog» de Jane Campion ont dominé lundi les nominations des Golden Globes, plongés dans la tourmente et l’incertitude après une vague de critiques et de boycott pour leur manque de diversité et de transparence.

Par Andrew MARSZAL
L’Association de la presse étrangère de Hollywood (HFPA), qui constitue le jury de ces prix, est depuis des mois en butte à des accusations de racisme, de sexisme et de corruption. Des vedettes et des grands studios comme Warner Bros, Netflix et Amazon ont fait savoir qu’ils ne travailleraient plus avec la HFPA tant que des changements significatifs n’auraient pas été mis en oeuvre. La cérémonie de remise des Golden Globes, réputée pour son faste et son champagne, attire traditionnellement toutes les vedettes internationales. Mais cette année, les stars devraient se tenir à bonne distance d’une soirée que la chaîne de télévision NBC a de toute façon renoncé à diffuser. On ignore d’ailleurs encore à ce stade si une cérémonie de remise des prix sera bien organisée en chair et en os le 9 janvier, et même si les vainqueurs accepteront leur trophée. «Cela ne va pas être le même événement que d’habitude mais nous avons toujours dit que nous procéderions aux nominations et que nous remettrions les prix quoi qu’il arrive», a déclaré à l’AFP la présidente de la HFPA, Helen Hoehne, lors de l’annonce des nominations à Beverly Hills tôt lundi matin par un invité surprise, le rappeur Snoop Dogg. «Notre remise des prix a une longue histoire et nous voulions simplement continuer comme nous l’avons toujours fait», explique-t-elle. «Belfast», inspiré par l’enfance nord-irlandaise de Kenneth Branagh, et «The Power of the Dog», western sombre signé par la Néo-Zélandaise Jane Campion, sont en tête avec sept nominations chacun pour la 79e édition des Golden Globes. Dans la catégorie phare du meilleur film dramatique on trouve notamment «Coda» — adaptation américaine du film français «La Famille Bélier» –, le space opera «Dune» par Denis Villeneuve et «La Méthode Williams», dans lequel Will Smith incarne le père-entraîneur de tennis des soeurs Venus et Serena Williams. Le remake de «West Side Story» par Steven Spielberg est en lice dans la catégorie des comédies, musicales ou non. Côté télévision, la série «Succession» part favorite pour la cérémonie du 9 janvier, avec cinq nominations.

«Silence collectif»
Les Golden Globes ouvrent traditionnellement la saison des prix cinématographiques à Hollywood et sont considérés comme presque aussi prestigieux que les Oscars dans l’industrie du divertissement. Mais leur avenir paraît désormais incertain. Plus d’une centaine d’agents ont écrit à la HFPA en mars dernier pour lui demander de mettre un terme à «des comportements discriminatoires et non professionnels, des manquements éthiques et des accusations de corruption». Devant le scandale, l’organisation a rapidement annoncé une série de réformes, notamment un recrutement sans précédent de nouveaux membres pour améliorer la représentation des minorités en son sein. «Nous avons plutôt eu de bons retours concernant nos réformes. Nous avons travaillé dur et nous sommes fiers de ces réformes mais le travail n’est pas fini (…) Il faudra encore un peu de temps et nous espérons que les studios et l’industrie continueront de nous soutenir», a déclaré Helen Hoehne. Jusqu’à présent, les réformes de la HFPA ont toutefois suscité plus de scepticisme que d’éloges. Les stars Scarlett Johansson et Mark Ruffalo les ont publiquement dénoncées comme étant insuffisantes, tandis que Tom Cruise a renvoyé à l’organisation ses trois Golden Globes en signe de protestation.
Par le passé, les Globes ont souvent été accusés de négliger dans leur sélection des acteurs et réalisateurs non blancs qui avaient pourtant signé des performances et oeuvres mémorables. Cette année, trois des artistes en lice pour le prix du meilleur acteur dans un film dramatique sont noirs: Will Smith, Denzel Washington pour «The Tragedy of Macbeth» et Mahershala Ali, une surprise, pour un film de science-fiction à petit budget, «Swan Song». Rarement mises à l’honneur par les Golden Globes, les réalisatrices sont représentées dans la sélection 2022 par Jane Campion et Maggie Gyllenhaal («The Lost Daughter»). Les nominations des Golden Globes, généralement diffusées par les émissions matinales des grandes chaînes américaines, très populaires et suivies, ont dû cette année se contenter de leur chaîne YouTube, dans une grande indifférence. «La réaction d’Hollywood a été un silence collectif», résumait lundi matin le Los Angeles Times. (Source AFP)