La coopération entre l’Algérie et l’Italie ne cesse de se renforcer et de se consolider. La visite que vient d’effectuer dans notre pays la Présidente du Conseil des Ministres italien, Giorgia Meloni, est venue s’inscrire dans cette logique à travers de nouveaux protocoles d’accords importants dans les domaines énergétique et industriel.

Par Feriel Nourine
La visite de Giorgia Meloni aura été ainsi une nouvelle occasion pour renforcer la coopération entre les deux pays, sur fond de relations historiques et stratégiques.
Un renforcement qui a de nouveau emprunté la voie du secteur énergétique à travers la signature, hier, de deux protocoles d’intention stratégiques venus s’ajouter aux réalisations de ces derniers mois, dont notamment le renforcement des livraisons de gaz par l’Algérie à destination de l’Italie.
Le premier protocole porte sur l’amélioration des réseaux de raccordement énergétique entre l’Algérie et l’Italie, et le deuxième sur la coopération technologique pour la réduction du torchage de gaz, la valorisation et autres techniques de réduction des émissions.
Les deux protocoles ont été paraphés par le Pdg de Sonatrach, Toufik Hakkar, et le DG d’Eni, Claudio Descalzi, en présence du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et de la Présidente du Conseil des Ministres italien, Giorgia Meloni.
Le premier protocole porte sur «l’identification des meilleures options pour accroitre les exportations d’énergie de l’Algérie vers l’Europe, afin de garantir la sécurité énergétique tout en soutenant une transition énergétique durable», a expliqué Sonatrach dans un communiqué. «Il reposera ainsi sur l’évaluation de quatre axes : l’extension de la capacité de transport de gaz existante, la pose d’un nouveau gazoduc pour transporter du gaz naturel et alternativement de l’hydrogène et de l’ammoniac bleu et vert, la pose d’un câble électrique sous-marin et l’extension de l’actuel capacité de liquéfaction du gaz naturel», a-t-on détaillé.
Quant au deuxième protocole signé hier, «il identifiera les opportunités de réduction des émissions de gaz à effet de serre en Algérie et les meilleures technologies pour mettre en œuvre une telle réduction», a ajouté la même source, soulignant que «ces nouveaux accords renforcent davantage le partenariat entre l’Italie et l’Algérie et confirment le rôle clé de Sonatrach comme l’un des principaux fournisseurs d’énergie à l’Europe». Dans le même cadre de consolidation du partenariat bilatéral et du renforcement de l’axe Alger-Rome, la visite de la Première ministre italienne en Algérie a été l’occasion de signer une déclaration conjointe à l’occasion du 20eanniversaire de la signature du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération.
D’autre part, l’Agence spatiale algérienne (ASAL) et son homologue italienne ont signé un mémorandum d’entente portant sur la coopération dans le domaine des activités spatiales à des fins pacifiques.
Les accords signés couvrent également un mémorandum d’entente entre le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et la Confédération économique et industrielle italienne.
Lors d’un point de presse animé conjointement avec Mme Meloni, le Président Tebboune est de nouveau revenu sur les efforts consentis par les responsables des deux pays pour relever davantage la coopération bilatérale.
Tebboune : «L‘énergie, mais aussi la coopération industrielle»
Dans le domaine énergétique, il a indiqué que le nouveau projet de gazoduc entre l’Algérie et l’Italie revêtait «une importance extrême» et «sera réalisé en peu de temps», pour permettre à l’Algérie d’exporter outre le gaz, l’électricité, l’ammoniac et l’hydrogène.
Référence faite au projet de gazoduc Galsi reliant l’Algérie à la Sardaigne dont la durée de réalisation est laissée à l’estimation des techniciens, a fait remarquer le chef de l’Etat. «Néanmoins, je crois qu’elle sera courte, d’autant que nous nous sommes mis d’accord sur le projet de gazoduc et avons signé un accord à son propos aujourd’hui, pour le lancement de l’étude puis la réalisation.»
Saluant le niveau des «relations stratégiques» entre l’Algérie et l’Italie, et «les efforts consentis, notamment ces deux dernières années dans le sens de la consolidation du partenariat et de la promotion des échanges commerciaux», M. Tebboune fera savoir que cette démarche a hissé ces échanges à hauteur de 16 milliards de dollars en 2022 contre 8 milliards de dollars en 2021.
Un passage du simple au double qui constitue «un indicateur de rapprochement et le fruit des approches que nous avions adoptées pour consacrer une dynamique ascendante dans divers domaines de coopération», a insisté le chef de l’Etat, avant d’expliquer qu’en plus de l’énergie, l’Algérie coopèrent d’autres secteurs, comme l’industrie, et que les deux parties s’emploient à renforcer cette piste.
«J’ai réitéré à Mme Meloni la volonté de l’Algérie de renforcer d’avantage sa position de partenaire stratégique de l’Italie dans le domaine de l’Energie et à honorer ses engagements en tant que fournisseur régional et international fiable, de même que pour les investissements industriels italiens en Algérie», a-t-il dit.

Une usine Vespa à Guelma
A l’occasion, le président de la République annoncera l’implantation, à Guelma, d’une usine du constructeur italien de motocycles et de scooters «Vespa».
«Cet investissement s’ajoute à celui déjà en cours par le constructeur Fiat, dont les installations sont en cours de réalisation en Algérie et dont les premiers modèles fabriqués en Algérie seront produits au mois de mars prochain», a-t-il assuré.
M. Tebboune a mis en avant «l’importante expérience» de l’Algérie avec l’industrie italienne, estimant que «la majorité des Algériens ayant investi dans cette industrie étaient satisfaits, l’Italie ayant emprunté la bonne voie pour devenir une puissance industrielle dans le domaine des petites et moyennes industries, ce qui l’érige en modèle à méditer en la matière», a-t-il ajouté.
Sur le plan international, le président de la République a mis en avant la concordance des points de vue entre l’Algérie et l’Italie qui s’est dégagée de son entretien avec la Première ministre italienne. «Nous avons exprimé notre préoccupation grandissante face aux foyers de tension qui menacent la paix et la stabilité dans le monde, générant des crises aux conséquences négatives sur la sécurité alimentaire, notamment dans le continent africain», a-t-il relevé.
Meloni : «L’Algérie un partenaire très important dans le cadre du plan Mattei»
Pour sa part Giorgia Meloni a réaffirmé le rôle de l’Algérie en tant que «partenaire fiable et stratégique pour l’Italie». C’est pourquoi «nous voulons développer et élargir les domaines de partenariat entre les deux pays, chose qui va garantir l’intérêt de nos pays et la stabilité de la région méditerranéenne», a-t-elle ajouté.
Elle citera, à ce propos, les infrastructures numériques, les communications, la biomédecine, l’industrie et les énergies renouvelables.
La responsable italienne a ajouté que dans le contexte de la crise énergétique que traverse l’Europe, l’Algérie peut «devenir un leader aux niveaux africain et mondial, et l’Italie est la porte d’entrée pour la fourniture de cette énergie à l’Europe».
En réponse à une question sur la nouvelle loi algérienne sur l’investissement, la présidente du Conseil des ministres italien a affirmé que ce cadre juridique boostera les investissements étrangers et italiens en Algérie, indiquant que «plusieurs sociétés italiennes souhaitent aujourd’hui établir des projets en Algérie, qui est un pays important et un partenaire stratégique».
Mme Meloni a également évoqué «le plan Mattei» pour le développement de la coopération entre l’Italie et l’Afrique, affirmant que dans un premier temps, l’attention sera portée sur la région de la Méditerranée, «l’Afrique du nord étant prioritaire, notamment l’Algérie, partenaire essentiel, le plus stable et le plus stratégique», a-t-elle précisé.
«Nous considérons que l’Algérie est un partenaire très important dans le cadre du plan Mattei pour l’Afrique, ce projet ambitieux lancé par le gouvernement italien et basé sur un modèle de coopération à équidistance avec les pays de la rive Sud de la Méditerranée, en vue de transformer plusieurs crises de l’heure en nouvelles opportunités et en un potentiel nouveau», a-t-elle ajouté, soulignant que l’Algérie est le premier partenaire commercial de l’Italie sur le continent africain. n