Le représentant spécial de l’ONU, Ghassan Salamé, sera aujourd’hui à Alger pour une visite de deux jours où il sera question du processus politique en Libye.

Cette voie de règlement du conflit dans ce pays, déstabilisé depuis 2011 après l’intervention étrangère, s’articule autour de la mise en place d’un cadre constitutionnel et l’organisation d’un double scrutin législatif et présidentiel avant la fin du premier semestre 2019. La feuille de route, tracée par Salamé en tant que chef de la mission d’appui des Nations unies en Libye, tend à rapprocher les différents acteurs libyens pour mettre fin à la crise. Salamé, qui devrait être reçu par le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel, se concertera avec la partie algérienne sur les évolutions intervenues sur le terrain libyen sur le plan politique et sécuritaire. Messahel avait salué les mesures prises récemment par les Libyens pour la coordination sécuritaire, l’estimant comme un pas positif pour l’unification des institutions de l’Etat libyen. Le ministre de l’Intérieur du gouvernement d’union nationale libyen (GNA), Fathi Bashagha, avait annoncé que son département et les services de sécurité sont autorisés à coopérer avec leurs homologues de l’est du pays. A travers cette mesure, le ministère tend à améliorer la situation sécuritaire dans un pays particulièrement déstabilisé depuis l’intervention de l’Otan en 2011. «Nous les encourageons à persévérer sur cette voie de dialogue, seule à même de permettre le retour de la stabilité en Libye », a souligné le chef de la diplomatie algérienne. Des officiers de police et des forces de sécurité, venus de différentes régions du pays, se sont rencontrés samedi dernier à Benghazi dans le but d’unifier leurs efforts en matière de sécurité. Une évolution considérée comme un pas significatif vers la réunification de l’Etat libyen.

Absence d’interlocuteur
Les efforts internationaux durant l’année 2018 pour le règlement de la crise libyenne ont permis d’entrevoir une issue pacifique à travers un processus politique inclusif.
Mais des défis sécuritaires et économiques restent encore à relever tant la situation demeure fragile. Les autorités libyennes ont lancé 37 mandats d’arrêt contre des Libyens ainsi que des rebelles tchadiens et soudanais suspectés d’implication dans des attaques contre des installations pétrolières et une base militaire.
Les mandats d’arrêt ont été émis à l’encontre de 22 rebelles tchadiens, 9 Soudanais et 6 Libyens, accusés d’avoir intenté des attaques contre des terminaux pétroliers dans l’est libyen en 2018 et contre la base aérienne de Tamenhant, à environ 500 km au sud de la capitale Tripoli (plus de 140 morts en mai 2017). Parmi les 6 Libyens en question figurent l’ancien chef militaire du Groupe islamique combattant libyen (GICL) Abdelhakim Belhaj, et le chef de milice Ibrahim Jadhran, dont les hommes ont attaqué des terminaux pétroliers comme ceux de Ras Lanouf. Les efforts des acteurs internationaux pour stabiliser la Libye devront permettre d’aboutir à l’organisation des élections au printemps 2019, à l’édification des structures de l’Etat, à l’unification des rangs de l’Armée nationale et à la dissolution des milices et autres groupes armés.
Mais aussi à la mise en marche de l’appareil économique. Toutefois, six ans d’efforts internationaux n’ont pas encore permis à la Libye de retrouver un semblant de stabilité, notamment à instaurer une autorité centrale comme garant de stabilité et l’unique interlocuteur international. Deux autorités se disputent actuellement le pouvoir en Libye. Le Gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par Fayez Sarraj siégeant à Tripoli, et le Parlement de Tobrouk, dans l’est du pays, dirigé par Aguila Salah Issa et soutenu par l’Armée dirigée par Khalifa Haftar. Les pays voisins et leurs partenaires européens ont organisé deux conférences internationales. La première, à Paris le 29 mai dernier, alors que la deuxième, à l’initiative de l’Italie, avait eu lieu à Palerme les 12 et 13 novembre dernier. Deux rendez-vous qui avaient permis la rencontre des principaux acteurs de la crise en Libye, avec des résultats mitigés.