«On dirait un couvre-feu», nous fait remarquer un vieil homme rencontré, vendredi matin, premier jour de l’Aïd El Fitr, sous les arcades du boulevard Emir Abdelkader, dans le centre-ville de Ghardaïa où tous les rideaux des magasins étaient baissés. Ce qui a fait dire à notre brave vieil homme «c’est une situation qui confère un air de tristesse à ce qui devrait être un jour de fête. Dommage».

Sur le boulevard 5-Juillet, important axe de circulation triangulaire faisant jonction entre Beni Izguène, Bounoura et Ghardaïa, quelques personnes sont attablées à une terrasse de café, seul lieu commercial ouvert, au bas du K’sar de Mélika et de Tichrihine. Au sommet du K’sar de Mélika qui, tels les balcons naturels du Ghouffi au sud de Batna, sur la route de Biskra, en longeant l’oued Ighzar Amlel, non loin de la commune de Ghassira, domine l’Oued Mzab, du pain est exposé dans un placard en verre devant un magasin d’alimentation générale. Est-ce du pain du jour ? Nous ne l’avons pas demandé. Sur l’imposante et très large esplanade du 1er-Mai, où sont concentrés divers commerces, dont deux cafés et plusieurs kiosques à tabac et de flexy, très recherchés et demandés en ces temps de fêtes, c’est le désert de Gobi. Pas âme qui vive à des dizaines de mètres à la ronde, et dire que l’on est sur l’un des endroits les plus animés de la ville avec son marché de téléphones portables et ses commerces de consommations diverses. En face, sous les arcades du centre commercial, tous les rideaux sont fermés, seul un camion «Vario» de la police marque sa présence.
A quelques dizaines de mètres de là, l’hideuse gare routière, dite SNTV, qui a connu la veille de l’Aïd El Fitr, une grande anarchie et effervescence avec les dizaines de départs et d’arrivées de bus, vers (et de) toutes les destinations. A Dhaïa Ben Dahoua, agglomération agro-pastorale, située à 10 km au nord du chef-lieu de wilaya, face à l’APC, un café et deux magasins sont ouverts, l’un en alimentation générale, l’autre en fruits et légumes, frais s’il vous plaît ! Revenant en boucle par Touzzouz, Belghenem, El Korti, Châabat Ennichène, Aïn Lebeau et Soug Lahttab, nous avons pu constater que quelques magasins, dont une boulangerie, des magasins d’alimentation générale, de fruits et légumes, un boucher, un marchand de volailles étaient ouverts ainsi que quelques vendeurs de galettes. Au milieu de la cité El Korti, un café était ouvert et quelques clients étaient déjà attablés, café, thé et rafraîchissements à portée de main alors qu’à Châabet Etteli la «Laiterie El Alouani» était ouverte, fournissant du lait à toute la population de la wilaya et, au vu de certaines plaques minéralogiques de camions frigorifiques stationnés devant l’imposante porte métallique coulissante, des wilayas limitrophes, telles Laghouat et Ouargla. Revenant vers la ville de Ghardaïa, en empruntant la longue et importante artère commerciale de l’avenue 1er-Novembre, qui traverse de part en part, le populeux et populaire quartier de Theniet El Makhzen, qui a connu une intense animation commerciale, notamment nocturne, la dernière décade du mois de Ramadhan, tout était fermé. Du moins, sur l’artère principale. Un air de deuil ou de couvre-feu, au vu des seules personnes rencontrées en cours de route, des policiers stationnés à certains endroits fixes depuis les tristes évènements de 2015 et qui, depuis, semblent faire pratiquement partie du décor, tant plus personne, Merci mon Dieu, ne fait attention à eux.
Au rond-point de Merrakchi, là où s’arrête Theniet el Makhzen et où débute la route menant au sublime K’sar de Beni Izguène, quelques vendeurs informels sont déjà là. Quelques-uns exposant des melons et des pastèques sur leurs véhicules, d’autres par terre, des fruits et légumes, alors qu’au coin de la rue, un magasin d’alimentation générale est ouvert. A El Atteuf, K’sar situé à 10 km au sud-est de Ghardaïa, sur la vieille place du marché, sous les arcades, un magasin d’alimentation générale et un autre de fruits et légumes étaient ouvert alors qu’un peu plus loin c’est un boucher, exposant aussi de la volaille dans un grand présentoir frigorifique, qui était ouvert. Un boulanger, nous dit-on, est ouvert dans une ruelle derrière. Nous l’avons confirmé avec un petit garçon qui passait avec quelques pains dans un grand sac en jute. C’est, en fait, bien peu de magasins ouverts en ce premier jour de jour de l’Aïd El Fitr par rapport aux 337 commerçants réquisitionnés pour les deux jours de cette fête.
Les récalcitrants seront-ils sanctionnés comme le stipule la loi ? Il faut rappeler qu’en cas de manquement, ceux-ci s’exposent à des sanctions conformément à la réglementation en vigueur, qui comportent notamment des amendes entre 30 000 et 200 000 DA et peut même aller jusqu’à la fermeture administrative du commerce pour un mois. Pour veiller au respect des réquisitions, des brigades de contrôle, constituées de 32 éléments chargés de vérifier ces établissements quant au respect de l’arrêté du wali portant réquisition, ont été mobilisées au niveau de toutes les communes de la wilaya. Ils auront à signaler toute éventuelle défection qui sera ainsi considérée comme une désobéissance à la loi. En effet, il faut savoir que l’obligation pour les commerçants d’assurer la permanence les jours de fête a été prise en 2012 après l’amendement de la loi 04-08, qui avait introduit une disposition obligeant les commerçants à assurer une permanence pendant les jours de fête, fixant ainsi les conditions de l’exercice commercial.