Une trentaine de journalistes, de médias privés et publics, accompagnés par une vingtaine d’artisans, emmenés par le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca), El Hadj Tahar Boulenouar, ont sillonné, pendant trois jours, la wilaya de Ghardaïa en long et en large.

Organisée par le ministère du Tourisme et de l’Artisanat, cette visite a pour objectif, selon un cadre de ce département ministériel, de permettre à la presse nationale de constater de visu, et donc de rapporter fidèlement à leurs lecteurs ou téléspectateurs, les potentialités du Sud algérien en matière de tourisme et d’artisanat, en particulier ceux enfouis dans les entrailles de la vallée du M’zab, classée patrimoine national par l’Algérie en 1971 et reconnue patrimoine universel de l’humanité par l’Unesco en 1982. C’est aussi l’occasion d’écouter les artisans locaux, qui ne cessent d’alerter et d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur toutes les entraves et obstacles auxquels est confronté dans la réalité ce secteur, notamment en matière première, soit en termes de rareté ou de coût excessif, et celui de l’écoulement de la production. Selon un responsable d’une grande agence touristique locale, « parler de tourisme, c’est mettre en exergue les capacités hôtelières de la région mais aussi toutes les autres infrastructures connexes, tels que le réseau routier, les transports (taxi-bus-avions), la restauration (notamment typiquement locale) et les autres services tels les télécommunications (téléphone, internet…), l’animation (troupes folkloriques locales) et les agences postales et bancaires. « Le tourisme, c’est un tout, une chaîne, dont tous les maillons sont importants », rappelle-t-il à bon escient. Entamant sa visite dans la pentapole du M’zab, par le sublime ksar de Beni Izguène, la délégation a longé la muraille protégeant le ksar, avant de d’escalader des dizaines de marche pour se retrouver au sommet et de grimper au fait de Bordj Bouleïla, la tour de guet qui domine toute la vallée. En redescendant, le groupe s’est retrouvé sur la vieille place du marché à la criée de Beni Izguène, avant de s’enfoncer dans la palmeraie et se retrouver au pied de la muraille du barrage et son génial système millénaire de partage des eaux. Mais sur le promontoire de Beni Izguène, au-dessus de Moumou, c’est le merveilleux ksar de Tafilelt. Véritable œuvre d’art en matière d’architecture, alliant esthétique et respect écologique, cet ensemble urbanistique à nul autre pareil, qui a raflé des prix tant en Suisse qu’à Marrakech et ailleurs, et pratiquement entièrement réalisé avec des matériaux locaux, a subjugué les visiteurs.

Des dysfonctionnements et une activité artisanale entravée
La seconde journée a été consacrée à une visite au siège de la Chambre de l’artisanat et des métiers (CAM) de Bouhraoua, sur les hauteurs de la vieille ville de Ghardaïa, où la délégation a visité des stands d’exposition des produits artisanaux locaux, à une rencontre-débat avec les artisans de la wilaya de Ghardaïa au siège de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI). Le président de l’Association nationale des commerçants et artisans El Hadj Tahar Boulenouar, qui a mis le doigt sur les dysfonctionnements qui entravent l’activité artisanale, a par ailleurs regretté que le nombre d’artisans en Algérie ne dépasse pas les 350 000. Ce qui est très peu par rapport au nombre de la population. « Il nous faut au moins un million d’artisans et, voyez-vous, nous sommes encore loin du chiffre. La labellisation de nos produits, cette signature protectrice, doit être dorénavant prise très au sérieux. A ce jour beaucoup de produits algériens sortent de nos frontières puis portent le made in d’autres pays et sont revendus à l’étranger.
C’est un manque à gagner pour notre pays. Il faut absolument réhabiliter ce secteur et ne plus laisser autrui traire nos vaches. » Pour le mois de Ramadhan, et peut-être même avant, El Hadj Tahar Boulenouar révèle qu’« un programme d’actions pour l’organisation de foires itinérantes, comportant tous les segments de l’artisanat au niveau de toutes les wilayas du pays est à l’étude. Ainsi, nous rapprocherons les produits artisanaux des consommateurs de tout le pays. » Pour ce qui est de notre communauté à l’étranger, et plus particulièrement en France où elle est la plus importante, El Hadj Tahar Boulenouar révèle qu’« à la demande des commerçants algériens établis en Europe, une structure de l’ANCA sera ouverte incessamment pour permettre à nos artisans de mettre en valeur leurs produits dans ces pays par le biais des commerçants algériens installés outre-mer.» L’après-midi a été consacrée à la visite du système d’irrigation traditionnelle du barrage d’Ahbas Ouchouf, situé à 3 km au nord de la grande palmeraie de Touzzouz, puis une visite à la Grande mosquée de Ghardaïa et une escapade dans les dédales du vieux marché. Ensuite, après un passage au mausolée de Cheikh Aâmi Brahim, d’El Atteuf, à 10 km de Ghardaïa, et un arrêt face au ksar de Bounoura, notamment ses maisons fortifiées, construites sur un énorme rocher, la délégation s’est dirigée vers Metlili, le berceau des Chaâmbas, où elle a visité le Musée du Moudjahid et l’Office du tourisme local avant de prolonger vers Seb Seb, région connue particulièrement pour la qualité de ses cacahuètes, où l’équipe s’est offert un moment de détente dans le caravansérail touristique d’Ouled El Haddar.
Le surlendemain, la délégation, voyageant en bus, s’est dirigée vers El Menéa, à 270 km au sud de Ghardaïa, où elle a visité successivement le vieux ksar, le musée saharien et le lac salé dit « El Maleh », classé zone humide d’importance internationale sur la liste de la convention de Ramsar, avant de pousser plus au sud vers l’oasis Rouge, Timimoun, conformément à la feuille de route qui leur a été tracée par l’initiateur du voyage, en l’occurrence le ministère du Tourisme et de l’Artisanat, pour effectuer une boucle dans la Saoura avec la visite de Beni Abbès et Taghit.
Sûrement de ce voyage instructif, il reste à nos confrères et consœurs l’ayant effectué, de transmettre fidèlement le message de la résurgence d’une région qui n’a que trop souffert et qui regarde dorénavant vers l’avenir.
Située à 600 km au sud d’Alger, la capitale, Ghardaïa laisse découvrir les splendeurs de ses ksour millénaires et leur inégalable beauté architecturale qui a inspiré des architectes de renom tels Le Corbusier, Fernand Pouillon et André Ravereau, qui a été récemment honoré par l’Algérie pour son inlassable travail pour le patrimoine matériel et immatériel de la vallée du M’zab. Sans oublier la légendaire hospitalité de sa population pour recevoir ses hôtes venus d’ici et d’ailleurs.