Placée sous le thème «Nous tous cancer (nés), donc tous concernés», et organisée à l’hôtel  El Djanoub par l’Association d’aide aux personnes atteintes de cancer El Ichrak, la Journée mondiale contre le cancer,

célébrée chaque 4 février dans le monde, a été l’occasion pour les spécialistes d’alerter sur une maladie qui chaque année en Algérie révèle quelque 40 000 nouveaux cas.

La détection, et son corollaire, la prévention, sont les deux pistes sur lesquels les intervenants ont beaucoup insisté. Tout en estimant que plus de 40% des cancers sont évitables, ils incriminent en particulier le tabac, l’alcool, l’exposition au soleil, la malbouffe et la sédentarité, ils regrettent surtout le retard mis dans l’auscultation. « Trop de cancers sont diagnostiqués trop tard. Ce qui rend les traitements plus compliqués, plus coûteux et cela réduit souvent leurs chances de succès. Si les gens avaient plus conscience des symptômes du cancer, ils viendraient plus tôt dans les centres de santé, et le diagnostic arriverait du même coup plus tôt aussi. » Le Docteur F. Taklit, responsable de l’unité d’oncologie médicale à l’EPH Ghardaïa, ouverte depuis le 11 décembre 2013, a mis l’accent sur le nombre réduit de spécialistes pour prendre en charge correctement l’important nombre de malades. En effet, en 2014, pas moins de 159 patients (64 hommes et 95 femmes) ont été pris en charge par ce service. 13% d’entre eux sont décédés. En 2015, c’est 74 patients (29 hommes et 45 femmes) qui ont été pris en charge. «Avec des moyens plus conséquents en spécialistes et en matériels technologiques, nous pourrons faire mieux», conclut le Dr Taklit. Le Dr Selt, chef du service prévention à la Direction de la santé et de la population de la wilaya de Ghardaïa, s’est longuement étalé sur le rôle et l’importance du registre cancer, « outil indispensable dans la surveillance épidémiologique des cancers. Il permet de déterminer l’incidence des cas de cancer, la tendance de la maladie, le mode d’apparition, la survie, l’évolution et la répartition géographique. » Selon lui, Ghardaïa a été prise en charge par le service épidémiologique de l’EPH de Ghardaïa à compter de novembre 2014. « Depuis, 278 cas ont été enregistrés, 135 de sexe masculin et 143 de sexe féminin. L’âge médian de survenu des cancers est de 60 ans chez l’homme et de 50 ans chez la femme. Plus de 58,3 % d’entre eux concernent six organes : sein, colo rectum, poumon, thyroïde, prostate et vessie. Les principales causes de survenues sont, entre autres, le tabagisme, l’alcoolémie, l’obésité, l’exposition professionnelle aux agressions chimiques ou d’agents toxiques. » Pour les spécialistes, des progrès considérables ont été réalisés dans l’efficacité clinique de la prise en charge des patients, mais entre-temps, il y a apparition de risques nouveaux qui restent à identifier et à maîtriser. C’est, en quelque sorte, une lutte sans discontinuité entre la science et la maladie. À signaler que le wali de Ghardaïa, Azzedine Mechri, a procédé à l’ouverture des travaux de cette journée en rendant hommage à tous les médecins algériens. Il s’est dit d’abord «réjoui de se retrouver parmi tant de chercheurs et de scientifiques», et affirmé que «la science n’est pas infuse, on apprend tous les jours ». Il n’a pas tari d’éloges sur le corps médical algérien, «dont les compétences sont unanimement reconnues à l’étranger et ailleurs. Ils font le bonheur de beaucoup de pays, dont la France, où pas moins de 13 000 médecins algériens formés par l’université algérienne sont reconnus et respectés pour leur compétence avérée». Ajoutant, en conclusion : «Nous avons des valeurs sûres, nous avons des compétences. Pour peu qu’on leur donne les moyens, ils font des miracles. »