C’est ce que nous avons constaté de visu, trois jours durant, en sillonnant avec notre véhicule la ville et ses environs de nuit, dûment autorisé par les services de sécurité et muni de notre ordre de mission.

De Ghardaïa, O. Yazid
Il est cependant vrai que nous n’avons pas accédé au cœur des quartiers populaires, dans les dédales des ruelles difficilement accessibles en voiture, notamment dans les palmeraies et dans les zones escarpées, car ici dans la vallée du Mzab, les k’sour sont construits sur des collines. Nous avons donc arpenté tous les grands boulevards et pénétré dans les cités à forte densité de population telles Oued Nechou, à une dizaine de kilomètres du centre-ville de Ghardaïa, la cité El Djamel, à Bouhraoua sur les hauteurs de la vieille ville, mais aussi les cités de Sidi Abbaz ainsi que les k’sour de Beni Izguène et Bounoura, du moins dans leurs parties basses, où nous avons constaté une adhésion massive aux instructions du Premier ministre. En dehors des véhicules des services de sécurité, police et gendarmerie, patrouillant dans leurs secteurs de compétence, et des ambulances de la Protection civile, tous circulant en usant de leurs gyrophares, seuls quelques véhicules appartenant aux services des eaux, de la Sonelgaz ou des télécommunications, ont été croisés sur notre parcours. De temps à autre, nous apercevons dans la pénombre d’une ruelle ou d’une entrée de maison une furtive ombre qui se défile dans la nuit, mais pas de groupe de jeunes qui, comme le premier jour du confinement, ont carrément défié les services de sécurité, en jouant avec eux au chat et à la souris et prenant même le risque de les huer. Seulement, si le premier jour, les services de sécurité avaient reçu comme instruction de faire surtout de la pédagogie en usant d’un trésor de patience pour convaincre les gens de rentrer chez eux et de ne pas s’exposer aux sanctions qui allaient être mises en exécution, il n’en est plus de même maintenant que le Premier ministre Abdelaziz Djerrad a émis, le mardi 7 avril, une instruction à l’adresse des walis et des structures concernées dans laquelle il rappelle la nécessité d’assurer une stricte application des règles liées au respect des mesures prises dans le cadre de la prévention et de la lutte contre le coronavirus. Dans cette instruction, le Premier ministre a appelé «à faire appliquer la loi, dans toute sa rigueur, par la mise en œuvre des sanctions pénales». Ainsi, pour le non-respect de la mesure de confinement à domicile «hormis les cas spécifiques cités dans les textes en vigueur qui permettent certains déplacements, avec ou sans autorisation», ce sera «des amendes allant de 3 000 DA à 6 000 DA à l’encontre des réfractaires qui encourent, en outre, une peine d’emprisonnement de trois (3) jours au plus». «Les walis sont tenus de faire appliquer, au titre des sanctions administratives, la mesure de mise en fourrière des véhicules automobiles ou des motocycles utilisés par les personnes ayant contrevenu aux règles régissant le confinement à domicile». Concernant le non-respect de l’obligation de maintien en activité de certains commerces autorisé, «et si la fermeture a pour effet un défaut d’approvisionnement dans les quartiers, les villages et groupements d’habitations», les walis devront «procéder à la réquisition de ces commerçants après évaluation des situations en commission de wilaya. Le refus d’obtempérer aux réquisitions réglementaires individuelles entraîne les sanctions pénales prévues par la loi, soit une amende de 1 000 DA à 10 000 DA et une peine d’emprisonnement de deux (2) à six (6) mois, ou de l’une de ces deux peines seulement». C’est dire que cette batterie de sanctions a refroidi beaucoup de réfractaires au confinement partiel. Maintenant, même s’il subsiste quelques-uns qui continuent à faire fi des instructions des autorités, ils ne le font plus ouvertement mais bien en rasant les murs et en s’éclipsant à la moindre vue d’un véhicule de police ou de gendarmerie, la majeure partie de la population «se confine chez elle» à l’heure prévue, alors que tous les magasins, hormis les pharmacies, baissent rideaux, ce qui donne à la ville une image de ville désertée par ses habitants, du moins jusqu’au lendemain à sept heures. Avant de rentrer chez nous, nous avons une dernière fois effectué une longue boucle en partant de Sidi Abbaz, empruntant la montée du belvédère, puis de Sid El Moustadjab, débouchant sur Bouhraoua et ses cités 450/Logements et El Djamel, redescendant par la côte vers Mermed, puis Hadj Messaoud, ce quartier populeux et populaire qui fait face à la gare routière, dite SNTV, complètement fermée par les autorités depuis l’annonce de l’interdiction du transport de voyageurs par bus ou par taxi. Mais là, on aperçoit nettement et distinctement des corps humains affalés sur le trottoir, ce sont des SDF et des Subsahariens qui n’ont trouvé que ce lieu pour s’abriter. «Sont-ils concernés par le confinement partiel ?» La question mérite et se doit d’être posée aux autorités locales, et c’est ce que nous ferons. Quittant les lieux à faible allure, nous remontons par l’avenue Didouche-Mourad, du côté de l’esplanade du 1er-Mai, puis, débouchons sur le boulevard Emir Abdelkader, que nous prolongeons par l’avenue du 1er-Novembre qui traverse Theniet El Makhzen de part en part sur une longueur de 2 000 mètres, pour arriver sur le joli carrefour Merrakchi. Là, nous bifurquons par le boulevard 5-Juillet qui longe la K’sar de Béni Izguène du côté de l’Oued M’zab, avant d’arriver face au superbe monument de la Concorde qui fait la jonction sur la Route nationale 1, entre le sud vers Ouargla, In Salah et Tamanrasset, et le nord, vers Laghouat, Djelfa et Alger. Nous nous dirigeons vers le nord, à quelques encablures de là, notre quartier d’habitation à Sidi Abbaz, dans la commune de Bounoura. En tout et pour tout, nous n’avons pas rencontré plus de quinze personnes qui s’éclipsaient à la vue de nos phares et nous avons quand même été contrôlé quatre fois dans des barrages fixes de la police. Nous avons montré patte blanche et sommes passés, à chaque fois, comme une lettre à la poste. n