C’est la lancinante question que se posent beaucoup de personnes qui travaillent dans l’enceinte de ce qui est ici appelé communément la wilaya, même si celle-ci, en fait, ne concerne que le haut d’un périmètre confiné, renfermant le cabinet du wali, le secrétariat général et l’inspection générale, qui, hiver comme été, qu’il pleuve ou qu’il vente, remarquent cet imposant et bariolé camion, toujours statique, planté au même endroit faisant pratiquement partie du décor, semblant attendre sa fin de vie pour être un jour envoyé au cimetière des éléphants.

Et pour cause, comment se fait-il qu’un tel bibliobus, soit une bibliothèque itinérante, conçue pour aller à la rencontre du plus grand nombre de lecteurs, acquis en 2009, qui aurait, selon certaines sources, coûté la bagatelle de plus d’un milliard de centimes et refermant plus de 1 200 livres pour enfants, reste toute l’année immobilisé au niveau d’un espace situé face à ce qui devait être une direction de la culture (un bien grand mot au plan local) et la direction des domaines ? N’est-ce pas que l’objectif astreint à ce type d’espace culturel ambulant est de se rapprocher et de rapprocher les livres des citoyens des zones reculées et enclavées, démunies de bibliothèque ? Comment alors expliquer cette longue hibernation ? Selon un ancien cadre de la direction de la culture de la wilaya de Ghardaïa « ce n’est pas la demande qui manque, mais le fait que les textes concernant l’utilisation de ce bibliobus ne sont pas clairs. En effet, une convention signée entre le ministère de la Culture et le ministère de l’Education nationale précise que celui-ci ne doit être déplacé vers une structure éducative que sur demande explicite du directeur de l’éducation. Ce qui est très contraignant, sachant que beaucoup de directeurs d’établissements scolaires, notamment de Oued Nechou, de Hassi Lefhel, de Mansourah, de Seb Seb, soit des régions éparses, sollicitent à longueur d’année ce bibliobus, mais sans résultat tant que le directeur de l’éducation n’aurait pas donné son accord. C’est l’une des contraintes majeures que nous avons rencontrées pour exploiter tel qu’il se doit ce bibliobus que tant d’enfants, avides de lecture, souhaiteraient avoir à leur proximité ». Ce qui est complètement incompréhensible , c’est que ce même bibliobus a été envoyé, en 2013 , pour des périodes de deux à cinq jours, vers les centres de formation professionnelle (CFPA) de Berriane, de Dhaïa Ben Dahoua et de Ben Smara , alors que le contenu bibliothécaire qu’il renferme est destiné, selon nos sources, aux élèves des paliers du primaire et du moyen . En fait, en une année, il ne quitte son aire de stationnement qu’environ trois fois pour une période totale d’un mois. Et la seule fois où il est vraiment utilisé à bon escient, c’est au mois de mars, lors des vacances de printemps à l’occasion du festival annuel dit « Lire en fête », avant de reprendre sa place pour une longue hibernation. Et encore, ce ne sont pas les régions qui en ont le plus besoin qui l’accueillent, mais celles dont les projecteurs illuminent la scène pour les besoins d’une publicité complètement à l’opposé des attentes et des objectifs astreints à ce type d’évènement culturel. Alors se peut-il, enfin, qu’il soit destiné à couvrir le territoire de la wilaya, avec la possibilité d’atteindre les coins les plus reculés, offrant ainsi aux milliers de bambins un moment de délassement, un moment de plaisir et qui bénéficieraient ainsi d’une certaine liberté, dans un endroit confiné pour s’adonner à l’un de leurs hobbies, la lecture. Mais pour en faire une véritable mission de service public, il faudrait d’abord commencer par arrêter un calendrier de passages et des rendez-vous planifiés en coordination avec les autorités locales et les associations de parents d’élèves.