Par Nadir Kadi
Le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) a organisé, hier, une Journée d’étude dédiée aux perspectives de la forêt algérienne en réunissant plusieurs spécialistes du domaine. Une rencontre d’autant plus importante que les zones boisées du pays ont connu, en aout 2021, l’une des pires années depuis les incendies de 1982 et 1994.
En ce sens, le président du CNESE, le Professeur Redha Tir, qui rappelle que « la forêt algérienne a subi d’importantes dégradations depuis des décennies (…) Elles ont parfois abouti à la disparition de vastes régions de zones boisées », a en substance indiqué pour un reboisement réfléchi, mais surtout pour une intégration des zones forestière dans l’économie nationale. Redha Tir, déclare ainsi : « Le principal objectif prôné par le CNESE est de mettre en dynamique et en adéquation le développement et l’environnement. Il s’agit de « prendre des mesures innovantes et intégrées » dans le cadre d’une « nouvelle gouvernance bâtie sur des principes de complémentarité, d’inter-sectorialité et d’implication de la société civile… ».
En clair, le professeur Redha Tir a mis en avant le potentiel que pourrait représenter une exploitation réfléchie des forêts algériennes, une ressource et un «intérêt économiques » qu’il juge « à ce jour dévalorisés, voire ignorés par les différents programmes économiques ». Le même responsable, qui dénonce les atteintes enregistrées ces derniers mois, relève que « la forêt a subi des comportements agressifs de tous genres, tels que les incendies prémédités, le défrichement, les activités illicites telles que le vol des sols ou l’exploitation illégale des produits forestiers… » et a salué les nouvelles mesures de protection, notamment « la louable décision du président de la République prise lors du Conseil des ministres du 25 juillet 2021. Une initiative visant, pour rappel, à établir une loi « dissuasive » contre les personnes « à l’origine des feux de forêt en leur inculquant des peines allant jusqu’à 30 ans de prison ferme, exclue de toutes mesure de grâce (…) et à la perpétuité si l’incendie a causé des décès ». Une nouvelle législation, qui va dans le bon sens pour le président du CNESE et qui démontre «l’intérêt » de la présidence pour le patrimoine forestier.
Abordant en ce sens le rôle économique et social qui pourrait être joué par le patrimoine forestier du pays, un rôle « pas encore à la mesure de moyens considérables et des efforts consentis », selon le président du CNESE. Le responsable a demandé hier à ce que l’Algérie s’engage de « manière plus résolue et plus qualitative dans la valorisation et le développement accéléré de ses potentialités naturelles forestières, les inscrivant ainsi dans des dynamiques économiques de plus en plus globalisées ». Les principales actions qui seraient ainsi nécessaires de lancer, selon Redha Tir, sont le développement des plantations de bois ligneux et non ligneux, la reconstitution du couvert forestier par le recours à des essences à forte croissance mais également adaptées au climat local. L’objectif de un million d’arbres, voire même de 10 millions « à l’image du plan de l’Arabie saoudite » a ainsi été évoqué par Redha Tir ; le responsable espère dans cette même logique que le pays travaille au développement de nouvelles zones boisées en vue de limiter l’écoulement des sols et favoriser la captation du gaz carbonique. Discours du président du CNESE sur les forêts qui est, malheureusement, resté théorique. Les interventions de certains invités ont été beaucoup plus concrètes. Ainsi « le consultant international », Ludwig Liagre, a notamment fait savoir que l’investissement dans les domaines liés aux exploitations forestières était aujourd’hui rentable et encouragé au niveau international. Il cite pour preuve « une étude réalisée par l’Institut européen des forêts et de sa branche méditerranéenne (…) a montré l’existence de plus de 400 « services écosystémiques » fournis par les forêts. Il y a un grand intérêt à investir dans les forêts en termes de retour sur investissement dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux ». Quant à la question du financement des projets liés à l’exploitation réfléchie et la préservation des zones forestières, le même intervenant précise que l’une des voies possibles est le « renforcement des financements nationaux, de la fiscalité environnementale au bénéfice des forêts » en parallèle de financement accordé dans le cadre de conventions internationales. <