Par Feriel Nourine
Les cris de détresse en provenance des entreprises économiques publiques, tous secteurs et filières confondus, n’en finissent pas de raisonner chez les responsables concernés au sein de l’Etat. Après l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) et le Complexe Sider El Hadjar, c’est au tour d’Air Algérie de lancer un SOS à l’Etat dont elle espère un plan pour la faire sortir de la zone dangereuse dans laquelle l’a éjectée sa situation financière, notamment après l’arrivée de la pandémie Covid-19, synonyme d’arrêt brutal de ses dessertes sur de nombreux mois, avant une reprise qui reste toujours timide face au plan de charge de la compagnie nationale.
Lors d’une réunion qui s’est déroulée jeudi, le PDG par intérim d’Air Algérie a dressé un tableau au ministre des Transports Aïssa Bekkai sur la position dangereusement inconfortable dans laquelle se trouve aujourd’hui Air Algérie. A travers ce tableau, des observateurs n’hésitent à déceler, encore une fois, le risque de faillite qu’encourt cette entreprise continuellement maintenue sous perfusion, politique avant tout, grâce à une aide des pouvoirs publics régulièrement renouvelée en dépit du manque flagrant de performances dont se sont distingués les responsables qui se succédé à la tête du pavillon national.
Aujourd’hui, Air Algérie vole sans doute au plus bas en termes de ressources financières et son premier responsable n’aurait pas manqué de remettre d’actualité ce même soutien de l’Etat, sans lequel l’entreprise ne pourrait subvenir à son plan de charge, notamment en matière de masse salariale et d’entretien des avions. Autrement dit, la compagnie nationale ne peut toujours pas voler de ses propres ailes et remédier à sa situation en comptant sur ses propres ressources. Cela aurait pu se justifier si sa situation actuelle était le seul résultat de la situation sanitaire, laquelle a secoué les assises financières du transport aérien à travers l’ensemble de la planète. Mais dans le cas de la compagnie nationale, les choses ont de tout temps évolué dans une démarche qui relègue la compétitivité et la rentabilité au dernier plan. Des changements à répétition aussi à la tête de l’entreprise qui prolongent et font durer son instabilité managériale. Pour preuve, Air Algérie est toujours dirigée par un intérimaire, en l’occurrence Amine Mesraoua, qui en a pris les commandes il y a huit mois après le scandale de gestion ayant poussé au limogeage de son PDG, Bekhouche Allache, et de Kamel Lamari, le directeur de la filiale Catering.
L’argent versé de façon chronique à la compagnie nationale s’avère donc constamment insuffisant à la maintenir éternellement en vie, et plus le scénario se reproduit, plus la question d’organisation et de management refait surface, comme la voie la plus sûre pour une entité économique qui espère rester opérationnelle. C’est en tous les cas ce qui ressort des orientations données jeudi par le ministre aux responsables qu’il a rencontrés. M. Bekkai a indiqué qu’Air Algérie doit puiser dans ses propres opportunités de développement, dont la rationalisation des dépenses, mais aussi l’ouverture d’une large discussion avec tous les clients et acteurs dans le domaine de l’aviation civile. Autrement dit, un partenariat avec le privé n’est pas forcément mal vu par les pouvoirs si pareille démarche commerciale peut contribuer à fournir de l’équilibre au pavillon national.
Le même discours est d’ailleurs prôné par le ministre de l’Industrie à l’adresse des gestionnaires des groupes industriels publics. Face aux inquiétudes manifestées par ces derniers dans une situation d’asphyxie financière, Ahmed Zeghdar fait, lui aussi, la promotion de l’organisation, le management et le marketing comme recette de sortie de crise et de redéploiement. Après la série de rencontres qu’il a eues avec les patrons des groupes industriels publics, quelques jours après son arrivée à la tête du secteur, M. Zeghdar a apporté quelques éclaircissements sur le soutien que compte apporter le gouvernement à ces entités, particulièrement au niveau du complexe Sider El Hadjar où il a estimé que les efforts financiers fournis par à ce complexe par l’Etat propriétaire doivent cesser et laisser place à une nouvelle approche de management. Ceci d’autant que «le complexe n’a pas été à la hauteur des aspirations, car il n’a pas su valoriser sa position sur le marché national, a fortiori sur le marché régional et à étranger. Cela est dû sans doute à des facteurs liés au marché et à la concurrence, mais aussi et surtout à des facteurs internes à l’entreprise, se rapportant essentiellement au mode de gouvernance et à la stratégie de développement», a-t-il expliqué. <