La grande réunion du gouvernement avec les walis, mercredi 12 et jeudi 13 août, s’est terminée par de fortes recommandations, dont le résumé est à chercher dans la formule imagée du Premier ministre. «Il faut changer le visage des zones d’ombre d’ici la fin de l’année», a-t-il dit dans son instruction aux walis et responsables et d’accélérer les projets de développement de ces communes dont les habitants manquent de tout. Jusqu’à la menace, M. Djerad a averti que «quiconque faisait obstacle au développement au niveau local fera l’objet d’enquêtes» et sera passible de sanctions, comme le limogeage annoncé dans la soirée du mercredi 11 août et qui a frappé des P/APC, des chefs de daïra et autres responsables d’entreprises de service public. L’affaire est plus compliquée…

«Selon les chiffres que j’ai reçus, 10 à 20% seulement des orientations du président de la République ont été appliqués», a-t-il déploré, justifiant son discours répressif contre ceux qui ne travaillent pas assez et sapent, a-t-il souligné, un des «piliers» du programme du chef de l’Etat et contre les pratiques bureaucratiques «inadmissibles» qu’il promet de combattre par l’annonce d’une évaluation qu’il souhaite «mensuelle» pour le suivi des projets déjà lancés ou en cours de l’être.
Les débats et les recommandations d’ateliers, qui ont clôturé la réunion de mercredi et jeudi, ont surtout montré que l’Exécutif Djerad se confond après six mois de mandat des vieilles et dangereuses faiblesses de ces prédécesseurs dans la gestion des territoires de l’espace national. Ce qui a été dit des communes en marge de l’effort national de développement montre qu’on ne sait pas préfigurer les projets – des walis préconisent six mois après une réactualisation de la cartographie des zones d’ombres (sic) – qu’on oublie la spécificité de nos régions pour qu’on vienne aujourd’hui parler dans les conseils et recommandations de la nécessité d’avoir des «projets adaptés». En, bref, on a des difficultés à projeter et à planifier pour bien gérer…
Ces défaillances et d’autres se manifestent davantage dans l’adynamie dont souffrent ces communes malheureuses qui ont fait l’actualité du gouvernement en fin de semaine dernière. Elles se lisent dans la déclaration-aveu du Premier ministre à la préfectorale de devoir «sans tarder lancer un projet global de réformes radicales qui aboutit à la mise en place d’un nouveau mode de gouvernance moderne». «Il y a des problèmes financiers objectifs, une conjoncture sanitaire et des conditions héritées du passé» récent, a concédé M. Djerad dans sa radioscopie des collectivités locales en souffrance de développement socio-économique. Le véritable défi qui lui est cependant porté et qui décidera de son bilan, comme de celui du président de la République dans ce domaine-là, est d’innover pour simplifier la gestion des affaires des collectivités locales et de la rendre efficace.

Le bon diagnostic d’Attar et Benabderrahmen
A défaut, la gestion des territoires du pays risque de devenir une usine à gaz. Pour s’en convaincre, il suffit de reprendre une partie des observations en atelier du ministre de l’Energie. Comme d’autres l’ont fait il y a trente ans, Abdelmadjid Attar a regretté en bon ingénieur qu’il était le «manque de coordination intersectorielle». Preuve que quelque chose a manqué dans la planification si tant qu’elle a existé en termes microéconomiques. Il a insisté sur la«nécessaire identification des zones d’ombre» et sur «les conditions d’éligibilité aux projets de développement et des projets urgents». «L’inscription de grands projets, a-t-il relevé à ce sujet, ne permet pas la prise en charge rapide des besoins urgents des citoyens et que la priorité dans le choix des projets ne répond, parfois pas, aux attentes des habitants des zones d’ombre». Il a mentionné la «lourdeur des procédures administratives ou de l’incapacité des entreprises de réalisation ont été pointées dans le retard du parachèvement de certains petits projets». De quoi regarder avec circonspection les statistiques du ministre de l’Intérieur sur les «11 815 projets de développement inscrits, les six derniers mois, au profit des zones d’ombre» et sur l’argent mobilisé, «une enveloppe de 207 milliards DA»
Outre le ministre de l’Energie, l’argentier du pays a dit des choses tout aussi importantes à considérer que la lutte contre les paresseux et les bureaucrates. A l’ouverture de la réunion gouvernement-walis, parlant des plans communaux de développement (PCD) financés par l’Etat à hauteur de 80 milliards de dinars pour 2020, il a prévenu contre la concentration des projets de développements inscrits dans ces PCD dans les chefs-lieux de communes au détriment des zones rurales et montagneuses dans les Hauts-Plateaux, dans le Sud et au niveau de la bande frontalière, pour lesquelles les plans de développement discutés mercredi et jeudi sont pourtant destinés.
Aymen Benabderrahmane a signalé la nécessité de «repenser l’utilisation des moyens de financement. La maîtrise des dépenses de l’Etat en matière d’équipement public, a-t-il dit, passe par la «rationalisation» et la «rigueur» dans les choix à faire et la «conduite des investissements». Dans un langage de vérité, il a avoué que «la mise en œuvre des programmes d’investissements publics dans toutes les wilayas et dans tous les secteurs se heurte à plusieurs problématiques liées à la conduite des projets, impliquant la modification des spécificités, du budget ou de l’emplacement du projet et entraînant, par voie de conséquence, le dépassement des délais et des coûts de réalisation». Et de plaider «l’impératif de revoir le portefeuille des projets et de prendre des décisions concernant les opérations qui n’ont pas encore démarré ou qui n’ont plus lieu d’être». En somme, il appelle à un changement culturel important et à un nouveau contrat de gestion des communes déshéritées ou pas. n