La négligence inqualifiable dont font preuve certaines administrations hospitalières ne sera plus tolérée. Chaque constat de laisser-aller portant fortement atteinte à la réputation des structures sanitaires sera suivi par les mesures qui s’imposent en de telles situations.

PAR INES DALI
Le ministre de la Santé a averti que les responsables seront sanctionnés. Après de multiples visites sur le terrain et constats accablants sur l’état des hôpitaux et les conditions d’accueil des patients, les multiples mises en garde et cette volonté affichée de réformer «profondément» le secteur, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, s’est heurté à plusieurs reprises à la «sourde oreille» de l’administration.
Face à cet état de fait et malgré un premier avertissement à l’adresse de toutes les administrations hospitalières après le limogeage du directeur général du Centre hospitalo-Universitaire (CHU) Ibn Roch d’Annaba, Benbouzid n’était pas au bout de ses surprises. En se déplaçant dans d’autres structures hospitalières, il a eu affaire aux mêmes constats de négligence. Ses visites sur le terrain ont démontré que la mauvaise gestion au niveau des hôpitaux est presque généralisée. Ce qui l’a conduit à sévir de nouveau. Il a dû, en effet, prendre les mêmes mesures à Constantine et à Chelghoum Laid, vendredi dernier, après son constat sur le terrain de la situation sans nette amélioration. Il a procédé au limogeage du directeur général du CHU Ibn Badis de Constantine et du directeur général de l’établissement hospitalier de Chelghoum Laid.
A Constantine, le premier responsable du secteur de la santé a eu à constater de visu, entre autres, l’état vétuste et le manque d’hygiène au niveau d’un bloc opératoire et du service des urgences. Il a qualifié de «regrettable» les conditions dans lesquelles il a trouvé ces lieux. A la fin de sa visite, on a vu le ministre, dans une vidéo diffusée par les médias, entrer dans une colère telle qu’elle laissait présager que le limogeage du premier responsable de cet établissement était inévitable. «Il y a des moments où je suis indigné. Ma dignité, et celle des citoyens, a été touchée par ce que j’ai eu à voir lors de mes visites d’inspection», a-t-il déclaré à la presse au lendemain de son déplacement à Constantine. C’était en marge d’une autre visite, cette fois-ci dans les structures sanitaires de la capitale, au cours de laquelle il a affirmé que la pression est grande sur les CHU qui reçoivent environ 70% de patients alors que ces derniers pourraient se rendre au niveau des structures de santé de proximité et autres établissements qui existent en nombre à travers toutes les wilayas. «70% des malades ne devraient pas aller aux hôpitaux, mais plutôt aux polycliniques», a-t-il fait remarquer.
Le ministre de la Santé a insisté sur l’«humanisation» des hôpitaux et le «bon accueil avec le sourire» qui doit être réservé aux patients, glissant que «tout le monde sait comment cela se passe actuellement», avant de relever que c’est «un volet sur lequel nous devons travailler». D’un autre côté, le premier responsable du secteur de la santé a mis l’accent sur «l’importance d’améliorer les conditions de travail des équipes médicales» afin de leur permettre de «fournir des prestations de qualité selon les normes internationales».
Les responsables négligents sont désormais avertis
A l’occasion de sa visite dans les structures sanitaires d’Alger, il a annoncé «la réception prochaine» de plusieurs infrastructures. Il s’agit de trois hôpitaux d’une capacité de 120 lits chacun dans les communes de Reghaia, Baraki et Aïn Benian, d’un hôpital pour les grands brûlés à Baba Hassen, d’un autre spécialisé en chirurgies cardiaques à Mahelma et d’un pôle des urgences médico-chirurgicales à Zeralda. Avant-hier, lundi, il a indiqué que le secteur sanitaire devra connaitre «des réformes profondes à différents niveaux en vue d’atteindre les objectifs stratégiques du secteur et d’assurer des prestations de qualité au profit du citoyen», lors de la présentation d’un exposé à l’Assemblée populaire nationale (APN).
«L’incompatibilité du système de santé avec les objectifs stratégiques du secteur», a été relevée par Benbouzid, qui a mis l’accent sur «la nécessité de revoir son organisation et son fonctionnement afin d’atteindre les objectifs escomptés». Il y aura d’«importantes réformes, dont notamment l’élaboration des textes d’application de la loi sanitaire, l’établissement du fichier national de la santé, le renforcement des structures sanitaires par les ressources humaines et matérielles nécessaires, tout en assurant l’utilisation rationnelle et optimale des ressources et l’instauration de la complémentarité entre les deux secteurs public et privé», a-t-il dit.
Il a également évoqué «le renforcement de la couverture médicale spécialisée à travers des programmes de jumelage, la télémédecine et l’allègement de la pression sur les établissements hospitaliers en transférant les malades nécessitant des soins médicaux spécialisés vers des établissements spécialisés», outre le «recrutement des médecins spécialistes dans le Sud et les Hauts Plateaux, la révision du système de gestion des produits pharmaceutiques et des dispositifs médicaux, l’amélioration des conditions de travail des personnels du secteur et la révision de leurs statuts et régimes indemnitaires», en sus de «la numérisation du système national de gestion des informations et des données relatives au secteur de la santé».
Parmi les plus importantes réformes, Benbouzid a cité «la révision de l’organisation des services de santé au niveau des urgences médicales», surtout après son constat accablant sur le terrain. Il a fortement déploré «la situation catastrophique» dans laquelle il a trouvé certains services hospitaliers, assurant que des mesures coercitives seront prises à l’encontre des responsables négligents, d’autant qu’il compte poursuivre ses inspections inopinées. n