Les incendies qui ravagent ce qui reste encore des forêts du nord du pays relancent, sous le signe d’une tragédie nationale, la question de la gestion des catastrophes majeures et des décisions à prendre pour les prévenir.

Par Lyes Sakhi
Cette interrogation intervient de manière plus aiguë après l’intervention somme toute efficace d’engins aériens bombardiers d’eau dans le cadre de la coopération avec Bruxelles, Paris et d’autres capitales européennes.
Depuis leur déploiement sur le terrain, il est constaté un progrès remarqué et remarquable sur le front de la lutte contre les feux qui carbonisent nos fragiles massifs forestiers, en Kabylie notamment. Plus d’une décennie après, ce succès vient contredire de manière cinglante la thèse selon laquelle ces canadairs, puisqu’il s’agit d’eux, ne sont pas le meilleur outil anti-feux en Algérie en raison de la spécificité de son terrain, comme l’ont martelé certains. Parmi eux, l’ancien chef des pompiers Mustapha Lahbiri, qui avait affirmé que ces réservoirs hydravions n’étaient pas la solution pour protéger les aires boisées menacées d’incendies dans notre pays. C’était en 2012 ! L’ex-chef pompier répliquait à ceux qui lui reprochaient à juste raison de défendre un avis non pas discutable, mais d’autant plus contestable qu’il semble en avoir fait une doctrine chez ses éléments encore opérationnels actuellement.
Il y a peu de jours, le 11 août dernier, le colonel Farouk Achour, Directeur de l’information et des statistiques à la Direction générale de la Protection civile (DGPC), déclarait sur la Chaîne III qu’« il y a des spécificités géographiques et topographiques qui poussent à faire des choix techniques (…) Au lieu d’opter pour les canadairs, la Protection civile algérienne a préféré acquérir des hélicoptères de lutte anti-incendie ». Au sujet des canadairs, le colonel Farouk a ajouté « quand vous avez un espace forestier assez restreint avec une multitude de villages à l’intérieur, un bombardier avec de grandes capacités, de type canadair, peut faire beaucoup de dégâts ». Naturellement, il avait tout faux comme nous le font constater l’actualité dramatique que nous vivons. Lors des incendies qui avaient ravagé, début juillet, les massifs de Khenchela, le ministre de l’Intérieur Kamel Beldjoud annonçait que le gouvernement allait se doter de canadairs. Sa déclaration a été confirmée tout récemment par le Premier ministre. A Tizi-Ouzou, Aïmene Benabderrahmane a indiqué que ces avions spécialisés dans la lutte anti-incendie ont terriblement manqué aux sapeurs-pompiers à Tizi-Ouzou et à Khenchela, il y a un moins d’un mois. La suite, on la connaît et elle est visible à travers les opérations menées par les canadairs français dans la région de Béjaïa, en attendant le renfort promis par l’Espagne et la Suisse.
Elle le sera davantage quand l’Algérie acquerra les bombardiers d’eau russes de type Beriev BE 200, qu’elle a annoncé acheter. Un projet d’acquisition qui date d’avril 2008, mais qui est resté dans les tiroirs pour des raisons sans doute à trouver dans les déclarations de l’ex-colonel Lahbiri et ex-patron des Tuniques rouges en 2012, indiquant qu’il n’y a pas eu de discussion ni d’anticipation sérieuses des menaces qui peuvent frapper l’Algérie ni un organisme capable d’arbitrer entre une institution comme la Protection civile, qui ne représente qu’un acteur de la problématique, le ministère de l’Intérieur dont elle dépend, et les décideurs donneurs d’ordre.
Cette déficience rappelle également qu’un acteur clé dans la prévention des feux de forêt, la Direction générale des Forêts (DGF), ne dispose ni de moyens humains ni matériels nécessaires à sa mission en amont comme en aval. Pour s’en assurer, il suffit de reprendre les déclarations récurrentes depuis une dizaine d’années de son patron, Ali Mahmoudi, sur les besoins de ses hommes et femmes pour l’accomplissement correct de leur mission. Cette carence interpelle le gouvernement, également, sur la prévention d’autres catastrophes majeures auxquelles l’Algérie reste exposée. Il s’agit en particulier de la gestion du risque sismique. Les déclarations, en mars dernier, du professeur Abdelkrim Chelghoum, Directeur de recherche en Génie parasismique et numérique de l’université des sciences et de la technologie Houari-Boumediène (USTHB), sont glaçantes. « Depuis sa promulgation en 2004 la loi n° 04-20, relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable, est restée malheureusement figée», a-t-il déploré. « Dans ce pays, on gère la catastrophe, alors qu’il faut gérer le risque et gérer le risque, c’est anticiper », avait-il ajouté. n

Arrivée d’Espagne de deux avions de lutte anti-feux
Un avion de lutte contre les incendies d’une capacité de 3000 litres d’eau, en provenance d’Espagne, est arrivé à Alger cet après-midi pour renforcer les moyens de lutte contre les incendies qui se sont déclarés dans plusieurs wilayas du pays depuis lundi dernier.
Un deuxième avion du même type sera dépêché également par l’Espagne dans les prochaines heures.
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, avait annoncé, jeudi dernier, lors d’une allocution à la nation, l’arrivée prochaine de deux avions de lutte contre les incendies en provenance d’Espagne pour contribuer aux efforts d’extinction des feux de forêts.
Il avait également fait état de l’arrivée d’un troisième appareil en provenance de la Suisse pour participer à cette opération.