La conférence de haut niveau qui s’est terminée hier à Lisbonne au Portugal, pays en charge actuellement de la présidence tournante du Conseil de l’Europe, devrait aboutir progressivement à la mise en place d’un partenariat UE-Afrique en vue de sortir la gestion de la question migratoire du seul angle sécuritaire. Sur le papier, les propositions sont intéressantes. Sur le terrain, il faudra attendre que prennent forment les recommandations pour une politique concertée et tournée notamment vers
le co-développement. Ce n’est pas gagné d’avance !

Par Kahina Terki
Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire a achevé, hier, sa visite de deux jours à Lisbonne. Kamel Beldjoud s’est rendu dans la capitale du Portugal pour prendre part aux travaux de la conférence ministérielle de haut niveau sur la gestion des flux migratoires.
Depuis janvier 2021, le Portugal assure jusqu’à la fin du mois de juin prochain la présidence tournante du conseil de l’Union européenne (UE). Il s’est fixé comme objectif d’examiner la politique migratoire de l’Europe et de faire avancer ses projets de réforme.
La conférence dont il a abrité les travaux intervient après la grande réunion conjointe de mars dernier, toujours à Lisbonne, des ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur de l’UE. Le ministre portugais de l’Intérieur, Eduardo Cabrita, avait alors parlé de la nécessité d’une «relation proactive» avec les pays-sources d’où partent les migrants.
«Cela comprend toutes les dimensions de la gestion des flux migratoires, qui réprime le trafic d’êtres humains et poursuit la migration illégale, mais qui crée des mécanismes de migration légale, des mécanismes d’incitation pour une gestion de la migration qui est, à moyen terme, positive pour l’Europe», avait-il expliqué lors d’un point de presse à l’époque.
Il ne s’agirait donc pas, selon les mots du ministre portugais, d’une approche policière de la question migratoire. Il serait plutôt question d’associer les pays tiers à la gestion de cette question qui gagne chaque année en ampleur, si l’on se fie par exemple au cas algérien et aux nombres d’opérations mettant en échec la traversée de la Méditerranée vers les côtes espagnoles par des migrants clandestins. Mais il serait question aussi d’une politique de migration sélective et choisie, déjà en vigueur dans les nombreux états membres de l’UE qui accueillent les médecins et autres diplômés des universités, et qui ne profitent pas aux pays voisins de la rive sud de la Méditerranée.
Son corolaire serait aussi d’engager ces pays, ceux d’Afrique du Nord en particulier, dans une coopération «dans les domaines de la justice et des affaires intérieures». Un partenariat à double tranchant dans la mesure où ces pays nord-africains risquent de se retrouver dans la position du gendarme anti-migrants obligés de multiplier les opérations de lutte contre les réseaux de passeurs et d’être disposés à récupérer dans les délais leurs ressortissants ayant pu gagner la rive nord de la Méditerranée et ne pouvant pas bénéficier du droit d’asile ou de séjour en territoire européen.

Une nouvelle approche mais…
La situation risque d’être d’autant plus problématique à gérer que, en face de la partie européenne plutôt d’accord sur les actions à entreprendre dans leur espace Schengen, les pays tiers avancent sur ce terrain en rangs dispersés et en fonction de leurs intérêts propres. Cela même si ces derniers peuvent faire valoir des arguments, semble-t-il entendus par l’UE, comme de tenir compte de leur réalité de pays d’origine certes, mais de transit et même de destination, notamment pour les migrants subsahariens.
Cette réalité incite les pays nord-africains à privilégier une démarche sécuritaire qui consiste à faire la police de la mer pour barrer la route aux migrants et aux réseaux de passeurs et à rapatrier leurs ressortissants déboutés des droits d’asile ou de séjour ou interceptés à leur arrivée en Europe. Sans véritable contrepartie en ce qui concerne l’accès au visa de séjour et la liberté de circulation, pourtant consignés dans les accords d’association avec Bruxelles.
L’idée d’encourager la mobilité dans un cadre légal est prise en compte par l’UE. Elle fait partie des principales recommandations que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a adressées au Portugal en janvier dernier, au début de sa présidence du Conseil de l’Union européenne. Il n’est jamais sûr qu’elle soit réellement prise en compte, chacun des Etats membres faisant souvent bande à part quand il s’agit de la circulation des personnes étrangères à l’UE.
En avril 2021, la Commission européenne a adopté une nouvelle approche en matière de retour volontaire et de réintégration des migrants, prévue par le Pacte sur la migration et l’asile présenté en septembre 2020. Cette approche vise à l’amélioration des procédures en matière de retour volontaire des migrants en situation irrégulière vers leurs pays d’origine comme le soutien administratif, logistique et même financier aux personnes dont les demandes d’asile sont rejetées. La Commission mise sur le réseau européen de retour et de réintégration, en place depuis 2018, qui coordonne les actions entre les États membres, la Commission et certains pays tiers d’où proviennent les migrants. Sauf que la majorité des migrants n’envisage pas l’option du retour volontaire, alors qu’en face le flux des migrants illégaux ne cesse de grossir, selon les chiffres qui circulent à leur sujet. On ne sait pas quel résultat aura le partenariat avec les pays-source pour lequel la présidence portugaise de l’UE milite. A Lisbonne, le ministre de l’intérieur portugais, M. Cabrita, s’est montré optimiste sur l’éventualité d’une approche partagée et bénéfique aux deux parties. Il faudra du temps pour le savoir. D’ici là, ce qui compte avant, c’est la modération de la pression migratoire sur les Etats membres par la sécurisation des frontières européennes et la limitation des entrées illégales.