L’action de protestation menée hier par les directeurs d’établissement primaire, qui ont organisé des sit-in devant les directions de wilaya, n’a pas tardé à susciter la réaction du ministre de l’Education nationale qui a invité les contestataires à «débattre» des anomalies et manques enregistrés en matière de moyens de préventions contre la pandémie au niveau des écoles.

Les directeurs des écoles primaires, qui se sont très peu exprimés depuis la rentrée scolaire, le 21 octobre dernier, ont mis à exécution leur menace d’une action de rue au nom du Syndicat national algérien des directeurs des écoles primaires (Snadep).
L’action avait pour finalité de «dénoncer l’absence des autorités communales et des représentants des collectivités locales dans les établissements du primaire», souligne cette organisation, qui a mis en avant son «ras-le-bol» des conditions précaires de gestion des établissements et de l’absence du protocole sanitaire dans les écoles du premier cycle. Pour Abdelkrim Gaid, président du Snadep, ce mouvement de protestation a été «largement suivi à raison d’un taux de 67% sur l’ensemble du pays». Bien que le syndicat, créé il y a quatre mois, compte 436 adhérents des 19 100 directeurs du cycle primaire, «des chefs d’établissement qui ne sont pas militants du syndicat ont adhéré pleinement à cette action pour faire valoir notre plateforme de revendications», ajoute notre interlocuteur sur une note de satisfaction.
Cette action, poursuit le président du Snadep, s’est déroulée dans de bonnes conditions, mis à part quelques «arrestations et interpellations» dans les rangs des directeurs qui ont eu lieu dans certaines wilayas, dont Mascara. Pour le Snadep, l’urgence est de «détacher la gestion des écoles primaires des collectivités locales pour de meilleures conditions de travail pour l’enseignant et une meilleure scolarisation», dit M. Gaid. «Les APC nous accordent une enveloppe de 20 000 DA pour la gestion de l’école, ce qui est loin de suffire aux besoins de nos établissements», dit M. Gaïd, qui indique que les aides financières décidées récemment par le ministère de tutelle en faveur des écoles primaires «ne leur sont toujours pas parvenues».
En cette conjoncture exceptionnelle de coronavirus, «nous avons adressé des écrits à maintes reprises au ministère de l’Intérieur pour dénoncer les dysfonctionnements et l’absence des collectivités locales de la gestion des écoles mais sans suite», fait savoir notre interlocuteur. Le Snadep, qui dénonce le «mutisme et le désengagement du ministère de l’Education quant à leurs revendications qu’il qualifie de légitimes», fait savoir que son syndicat se concerte avec cinq autres organisations du secteur pour une éventuelle action commune.
Il s’agit du Syndicat national autonome des directeurs des lycées, du Syndicat national autonome des conseillers de l’éducation, du Syndicat des superviseurs et des adjoints de l’éducation, le Syndicat national des personnels de l’intendance et, enfin, l’Organisation algérienne des professeurs de l’éducation.

Le ministre veut un «bilan préliminaire»
Pour sa part, le ministre de l’Education nationale a invité les contestataires à débattre des difficultés soulevées par les enseignants en matière d’organisation de la scolarisation en vue de les aplanir, évoquant des «anomalies» observées sur le terrain. S’exprimant dans une conférence, par visioconférence, organisée avec les directeurs de l’éducation de wilaya, M. Ouadjaout a admis que «le suivi sur le terrain et l’ensemble des rapports parvenus à la cellule centrale du ministère, un mois après la rentrée scolaire, ont fait apparaître des anomalies dans l’organisation de la scolarisation». Pour le ministre, ce constat «implique l’adaptation de mesures adoptées à travers le suivi quotidien et continu en invitant les directeurs des établissements éducatifs ainsi que les inspecteurs à examiner les difficultés soulevées par les enseignants pour trouver les solutions adéquates». Le ministre a appelé les partenaires sociaux à présenter le bilan préliminaire pour l’organisation de la scolarité en vue de «parvenir à des solutions, dont l’équilibre dans le nombre des groupes éducatifs assignés à chaque enseignant».
S’agissant de l’application du protocole préventif sanitaire, maintes fois décriée par les syndicats, M. Ouadjaout a estimé qu’il convient de «renforcer» les actions de sensibilisation en milieu scolaire en lançant un appel à l’ensemble des acteurs pour adhérer à cette démarche avec la poursuite des sorties des inspecteurs sur le terrain en compagnie de médecins aux fins de faire le point sur l’état d’application du protocole sanitaire. Il a souligné, par la même occasion, que «les aides financières exceptionnelles ont été versées à tous les établissements éducatifs pour leur permettre de couvrir les frais pour les jours restants de ce mois».
Il a souligné que le secteur «a obtenu une autorisation de la part du Premier ministre afin d’utiliser les avoirs financiers restants dans les comptes hors budget à l’effet d’acquérir les moyens préventifs sanitaires ainsi que les produits hygiéniques et leur distribution dans un cadre organisé entre les établissements éducatifs». n