Retour annoncé à l’importation des véhicules de moins de trois ans d’âge, annulation des poursuites judiciaires contre les bénéficiaires de crédits Ansej, n’ayant pas pu rembourser, diversification économique par l’exportation, préservation des réserves de changes au moyen d’une baisse de la facture alimentaire et des importations des kits CKD-SKD… Ces mesures prises par le gouvernement Bedoui surprennent dans un contexte où la vigilance budgétaire devrait être la règle.

A côté de ces mesures simplistes, dont l’impact économique est pour le moins insignifiant, les vraies réformes budgétaires et économiques s’annoncent, en revanche, plus complexes pour un Exécutif devant gérer les affaires courantes et ne donc disposant d’aucune légitimité pour mener les ajustements de fond.
A commencer par l’assainissement des finances publiques annoncé par les institutions de Bretton Woods pour la seconde moitié de l’année en cours. Car, une telle réforme suppose que l’on relève les taux d’imposition, que l’on améliore la collecte de l’impôt, que l’on diversifie les sources de financement, que l’on améliore la gestion de l’argent public, que l’on désigne des responsables sur la base de leurs compétences, que l’on diminue les dépenses… Or, la diversification des ressources, le bon usage de l’argent public, la bonne gestion des subventions et la suppression des dépenses incohérentes et improductives ne peuvent être menées par le gouvernement actuel, non pas parce qu’il n’a pas les prérogatives de le faire, mais par manque de la légitimité nécessaire à de tels chantiers, aussi sensibles que complexes. Et ce sera, bien évidemment, le problème majeur qui se posera au prochain Président qui sera issu après la crise politique que vit le pays depuis le 22 février. La légitimité va se poser en condition majeure pour pouvoir faire redémarrer le train des réformes structurelles et ambitieuses. Elles seront nécessairement de rupture et impopulaires. L’adhésion populaire à ces réformes de fond est l’un des piliers les plus essentiels à leur réussite. Les mesures prises ces dernières semaines par le gouvernement Bedoui sont loin d’être efficaces car ne s’inscrivant pas dans une politique globale de sortie de crise, où tous les secteurs doivent s’astreindre au régime, voire à une impérative orthodoxie budgétaire. Du point de vue économique, lesdites mesures sont loin d’avoir un important impact sur la balance des paiements, dont le déficit chronique passe pour être le premier facteur aidant la fonte accélérée des réserves de change. Mieux, les principaux compartiments pesant dans la balance commerciale, et donc celle des paiements, sont l’équipement et les services. Ceux-ci ne sont d’ailleurs pas touchés par les mesures dites de régulation des importations et de préservation des réserves de change prises par l’actuel gouvernement. Quant à l’annulation des poursuites judiciaires contre les bénéficiaires de crédits Ansej n’ayant pas pu rembourser, cette mesure est pour le moins populiste car le gouvernement ne peut pas se substituer aux banques et des mesures de rééchelonnement sont prévues par la loi. La méthode qu’a choisie le gouvernement aurait, cependant, une arrière-pensée politique qui consiste à intéresser l’électorat en prévision de l’organisation de la prochaine élection présidentielle. D’ailleurs, le timing choisi pour une telle mesure n’est pas fortuit. Il faut s’attendre à d’autres mesures de ce genre si le gouvernement venait à maintenir inchangée la date du prochain scrutin. Le risque de rejet et/ou d’abstention plane sur les futures joutes, ce qui laisse penser que les deux hommes en charge d’organiser ces élections vont mobiliser l’ensemble des mesures et mécanismes possibles afin de pouvoir intéresser les électeurs. Il n’est pas sûr, cependant, que cette méthode soit à même de faire revenir les Algériens à de meilleurs sentiments, tant il est vrai que le départ du chef de l’Etat et du Premier ministre est posé comme condition à son adhésion au processus électoral.