Si le dessalement de l’eau de mer est plus que jamais une option des autorités publiques pour faire face au déficit en pluviométrie, l’équation du gaspillage de cette ressource vitale se pose également avec acuité.

PAR NAZIM BRAHIMI
L’Algérie, qui souffre de stress hydrique et investit manifestement dans le dessalement d’eau de mer, doit également œuvrer à tarir les fuites d’eau et son gaspillage, qui est un comportement courant durant le reste de l’année et qui appelle à une nouvelle gouvernance de l’eau dans notre pays. Celle-ci est d’autant plus urgente que la déperdition de la ressource demeure également très importante.
Le chef de l’Etat a mis en avant lors de la dernière réunion du Conseil des ministres, tenue avant-hier, la nécessité d’«activer le rôle de la Police des eaux, en charge de contrôler les champs d’utilisation des eaux dans tous les domaines et de lutter contre le gaspillage partout dans le pays».
Au vu du stress hydrique qui s’installe, il faut espérer que cette fois soit la bonne contrairement aux intentions affichées antérieurement par les responsables du secteur. Il y a une année et demie, le premier responsable du secteur, Mustapha Kamel Mihoubi, annonçait la création d’une police de l’eau et la mise en place d’une charte pour son économie, deux facteurs censés servir la politique mise en place pour «circonscrire l’effet du stress hydrique dû à une pluviométrie avare ces dernières années et lutter contre le gaspillage».
Pour le même responsable, «cette option est inévitable pour déterminer efficacement l’usage rationnel des différentes sources de l’eau par ces temps de déficit pluviométrique», expliquant qu’il faut effectuer d’abord une campagne de sensibilisation au niveau de plusieurs secteurs autour de cette charte «pour ensuite passer à la répression par le biais d’une police de l’eau». Cette police qui «sera instaurée en temps opportun agira avec force de loi et pleins pouvoirs pour réprimander le gaspillage de l’eau d’où qu’il vienne», avait affirmé le ministre en avril 2021. Force est de constater qu’une année et demie plus tard, aucune action n’a été accomplie dans ce registre, alors que devait, depuis plusieurs années déjà, être adopté un plan d’urgence pour économiser ses ressources hydriques exposées au gaspillage. Il s’agit, selon les instructions données en Conseil des ministres par le chef de l’Etat de «mobiliser les services de l’Intérieur, des Ressources en eau, de l’Agriculture, de l’Industrie et de l’Environnement, à grande échelle, en vue de créer un plan d’urgence visant à mettre en place une nouvelle politique permettant d’économiser l’eau à l’échelle nationale et de préserver la richesse hydrique souterraine».

Taux de gaspillage élevé
Jusqu’au mois de juin, le secteur de l’eau déplorait un taux de déperdition et de gaspillage important estimé entre 30 et 40%, recensant annuellement quelque 20 000 points de fuite et parmi lesquels 5 000 restaient en l’état de défectuosité pendant une longue période.
Une situation fort préjudiciable avec une déperdition qui dépasse largement les standards internationaux tolérables en la matière. «C’est pour dire que si le pays continue d’augmenter l’offre en eau, les réseaux d’adduction et les conduites accusent un faible niveau de maintenance au point où des volumes importants, produits à prix fort, sont perdus», déplorent des experts en matière de ressources hydriques.
Pour les spécialistes de la distribution et gestion de l’eau, il est plus judicieux de mener en parallèle à l’installation des usines de dessalement d’eau, la rénovation ou tout au moins la restauration à grande échelle du réseau de distribution en place dont de nombreux tronçons accusent des niveaux de vétusté sans pareil.
Toujours à propos de ce déplorable constat de déperdition, l’eau coûte cher à l’Etat au vu du coût élevé de son prix de revient au mètre cube, soit près de 10 000 DA. Et pourtant, du côté des experts, on avance que de nouvelles techniques ont été mises au point pour diminuer les taux de fuite et aussi les détecter dans les délais requis.
Sur ce dernier point, selon un responsable du stand de l’Algérienne des eaux (ADE), des efforts sont consacrés à la maintenance du réseau et dans le cas de fuite d’intervenir sans trop tarder.
«Aujourd’hui, les sociétés comme la Seaal, la Seor et la Sece disposent d’appareillages qui permettent de détecter toute fuite même enfouies dans le sol, voire même le point précis de fuite. En clair, des instruments qui permettent de localiser les fuites dans les canalisations enterrées», selon un ingénieur en hydrauliques.
Pour ce dernier, les fuites pèsent lourdement sur les coûts de production de l’eau dessalée, ce qui incite impérativement à mettre en place une maintenance efficiente et permanente sur toute la longueur d’adduction et des réseaux de distribution des eaux potables issues des usines de dessalement.
L’Algérienne des eaux (ADE) a lancé, en mars 2021, un programme national baptisé Eco’Eau 2021 dont le but est de lutter contre toutes les formes de gaspillage d’eau tout en mobilisant les parties prenantes locales, mais dont on ne connaît pas encore l’impact. Les fuites sont principalement liées à la vétusté des canalisations du réseau dont certaines ont plus de 50 ans, selon l’ADE, qui indique avoir réhabilité chaque année entre 2 000 et 3 000 kilomètres de son réseau visant à atteindre à l’horizon 2030 les performances reconnues mondialement avec un taux de rendement de 80 %. <