Face à la saturation de plusieurs infrastructures hospitalières, notamment dans la wilaya d’Alger, suite à l’afflux massif des malades Covid, dont des cas de plus en plus graves nécessitent d’être placés sous oxygène ou dans des unités de réanimation, le Pr Lyes Rahal, Directeur général des services de la santé et de la réforme hospitalière au ministère de la Santé, a déclaré, hier, que le ministère de la Santé œuvre à renforcer la stratégie pour «améliorer la coordination entre les structures hospitalières» en collaboration avec la Direction de la santé de la population d’Alger qui a été déjà élaborée au mois de juillet dernier.

Il s’agissait à l’époque de l’ouverture d’unités Covid au sein des structures hospitalières dès que le besoin se faisait sentir et de ne garder que les opérations chirurgicales d’urgence médicale ou les suivis thérapeutiques qui ne pouvaient être reportés.
Cette coordination passe également par le désengorgement des structures hospitalières saturées vers d’autres qui ont encore la capacité d’accueillir des malades Covid.
Le Pr Lyes Rahal confirme que, selon le profil épidémiologique, une dizaine de wilayas ont connu un rush au niveau des structures hospitalières avec des taux d’occupation des lits dans certaines de 71% à 100%.
Toutefois, il soulève la problématique de l’inégalité du taux d’occupation des lits d’hospitalisation, en citant le cas de la wilaya d’Alger où les statistiques d’hier affichaient un taux d’occupation de 66% pour toute la wilaya, alors que beaucoup d’hôpitaux annoncent qu’ils sont au bord de la saturation et qu’ils ont du mal à accueillir des malades. Le Directeur de la santé et de la réforme hospitalière explique ce paradoxe que dans certains structures le taux est inférieur par rapport à d’autres, citant le cas de l’EPH d’El Kettar, un centre de référence pour le maladies infectieuses qui affiche pourtant un taux d’occupation de 16 %, alors que le taux d’occupation de l’EPH de Aïn Taya, est à 59%, et au CHU Mustapha-Bacha il est de 71%.
Face à cette disparité, le Pr Lyes Rahal a confié, qu’en collaboration avec la Direction de la santé, de la population de la wilaya d’Alger, des efforts sont déployés pour améliorer la situation de ces hôpitaux, en confiant que «nous aimerions faire une répartition d’une manière égale entre les structures hospitalières pour que l’une ne soit pas débordée plus que d’autres».
Il a également ajouté qu’une instruction a également été émise pour placer des inspecteurs de santé au niveau des infrastructures hospitalières afin d’«accompagner les gestionnaires de ces structures à améliorer la qualité de la réception des malades».
L’initiative d’une meilleure coordination pour une répartition égale entre les infrastructures hospitalières est une réponse à l’appel lancé par de nombreux praticiens et chefs de service qui, dès la recrudescence du nombre de contagion au début du mois d’octobre, ont alerté sur la nécessité de rouvrir les services Covid de certains CHU qui avait été fermés suite à l’accalmie de la propagation. Ils avaient aussi appelé à une solidarité entre les infrastructures hospitalières.
A ce sujet, le docteur Mohamed Yousfi, chef du service des maladies infectieuses de l’EPH de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) qui avait maintenu les unités Covid ouvertes depuis l’apparition du premier cas au mois de mars dernier, et qui affiche un taux de 100% d’occupation, avait lancé un appel à la solidarité pour faire face à la situation actuelle en déclarant qu’«il y a des solutions, à condition qu’il y est de la solidarité, de la concertation et de la coordination. En un mot, que tout le monde s’implique».
En plus de la solidarité inter-hospitalière et du corps médical, d’autres praticiens préconisent l’ouverture de lits d’hospitalisation pour les malades Covid en explorant d’autres formes d’hospitalisation.
Le professeur Reda Djedjik, chef du service de laboratoire immunologique du CHU de Beni Messous, a déclaré à Ahcène Chemache de la Chaîne III, de la Radio algérienne qu’afin de pallier cet afflux massif de malades, «il faut réfléchir à d’autres solutions pour prendre en charge ces malades qui nécessitent de l’oxygène et d’être pris en charge dans les unités de réanimation, notamment en dressant des chapiteaux et en exploitant des espaces qui existent déjà tels la Safex… Car «si cet afflux massif de malades continue, on risque d’être rapidement débordé au niveau des structures hospitalières».
40 000 malades Covid à Alger, selon un sondage de la pharmacie
Afin de conforter ces propos sur l’augmentation exponentielle du nombre de malades contaminés par la Covid-19, il cite un sondage mené auprès de 1 000 officines au niveau de la wilaya d’Alger. Il en ressort que jusqu’à 40 traitements pour les malades Covid sont vendus par jour, cela signifie logiquement que la contagion se comptabilise à au moins 40 000 personnes contaminées par le coronavirus et qui sont sous traitement. Le Pr Réda Djedjik soulève encore une fois le constat d’«une situation alarmante et préoccupante’’ en soulignant que «plus il y a un grand nombre de contaminations, plus il y a des cas sévères qui affluent vers des structures hospitalières avec le risque de saturation».
Dans le même esprit de la nécessité de trouver de nouvelles formules pour l’ouverture de lits d’hospitalisation, le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des Praticiens de la santé publique (SNPSP), a appelé, hier, à l’ouverture de structures de santé exclusivement dédiées à la Covid-19 et l’exploitation d’autres en dehors du secteur. Déclarant sur les ondes de la Radio nationale, qu’«il faudrait revoir plus sérieusement et plus rapidement la manière de prendre en charge l’évolution de la pandémie du Coronavirus, à travers l’ouverture de structures hospitalières spécialement dédiées à la Covid-19.»
Il a également lancé un appel pour l’exploitation d’autres espaces, en dehors des structures hospitalières, tout en préconisant également des «lieux de confinement des personnes contaminées afin de les isoler du reste de la population et casser ainsi la chaîne de transmissions» Affirmant qu’actuellement «tous les services affichent complet, y compris en soins intensifs où nous avons du mal à placer les malades».
Dr Lyes Merabet affirme que les moyens de mettre en place ce genre de dispositif existent, en soulignant que «nous pouvons aller rapidement dans ce sens, tant que nous avons les moyens et le temps».
Le président du SNPSP critique toutefois le choix de la tutelle de transformer les polycliniques pour la prise en charge des malades Covid, en soulignant qu’ «il y a une instruction pour dégager d’autres structures en dehors des hôpitaux, comme les polycliniques, afin de les consacrer à la prise en charge du Coronavirus. Cela n’est pas suffisant en raison de la saturation de ces structures et ne fera que compliquer le travail des professionnels de la santé, tout en pénalisant les malades».
Les risques d’une pénurie de personnel soignant opérationnel
En plus de la problématique de la disponibilité du nombre de lits d’hospitalisation pour les malades Covid à cause des forts risques de saturation inévitable des structures hospitalière au cas où la tendance haussière se poursuit, les professionnel de la santé pose également celui du manque des ressources humaines, c’est-à-dire du personnel de la santé pour soigner les malades, car ils sont eux-mêmes contaminés par la Covid-19 et ont déjà payé un lourd tribut avec près de 10 000 contaminations et 140 décès dont d’éminents professeurs, médecins et paramédicaux.
A ce sujet, le Pr Lyes Rahal souligne qu’«il y a un paramètre à prendre en considération et qui est aussi important que celui de la disponibilité des lits, c’est celui des ressources humaines». Expliquant «il y a eu un grand nombre de malades et de décès parmi les professionnels de la santé qui est un grand coup pour le secteur de la santé». Il souligne que cela risque de causer un grand souci pour la prise en charge des malades et déclare que «ce sont des professionnels qui sont sur le front depuis neuf mois et œuvrent pour trouver des solutions afin de leur donner un peu de répit».
Un constat amer auquel les syndicats du secteur ont tiré la sonnette d’alarme à maintes reprises à l’instar de Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialisés de la santé publique (SNPSSP). Il avait appelé le ministère de la santé à renforcer les équipes qui n’ont pas eu de répit depuis le mois de mars dernier et à les relayer car «le personnel est en train de tomber comme des mouches». Il avait également déploré l’appel lancé au plus fort de la pandémie vers le personnel soignant, surtout les médecins généralistes et les paramédicaux retraités pour se porter volontaires. Il n’y a pas eu beaucoup d’échos et la tutelle n’a pas trouvé les moyens de les motiver pour qu’ils répondent à l’appel.
Pour sa part, le président du SNPSP, Lyes Merabet, déclare que «les professionnels de la santé sont les victimes collatérales de la situation actuelle». Ajoutant que «le corps médical fait face, depuis 3 semaines, à «une pression continuelle et terrible».
Il affirme que dans ce contexte «la priorité des priorités est le renforcement des moyens de protection» et «le dépistage de l’ensemble du corps médical de sorte à identifier le personnel atteint, d’une part, et à empêcher d’autres contaminations par ce dernier, aussi bien en milieu professionnel que familial, d’autre part».
Pour sa part, le professeur Reda Djedjik, chef de service du laboratoire immunologique du CHU de Beni Messous, souligne l’urgence d’une véritable «stratégie pour protéger le personnel de la santé, notamment un couloir vert pour prendre rapidement en charge les professionnels de la santé contaminés par la Covid-19, sinon on risque de n’avoir plus personne pour soigner les malades».