Intervenant hier face aux cadres et militants de son parti, la secrétaire générale et porte-parole du Parti des Travailleurs (PT), Louisa Hanoune, est longuement revenue sur la «situation» du pays. Une situation largement dominée par la «crise du coronavirus» ; la responsable politique dénonçant en ce sens «la gestion» ou plutôt «la non-gestion» de la crise par le gouvernement. Elle appelle les autorités à prendre dès aujourd’hui la mesure de la «catastrophe», à «distribuer gratuitement» des tests PCR, des masques de protection, du gel hydro-alcoolique, à recruter et former du personnel médical… «Des familles sont aujourd’hui obligées d’acheter des appareils à oxygène (…) normalement c’est à l’Etat de fournir les lits, les ambulances…»
En ce sens, la présidente du Parti des Travailleurs, et en se montrant très critique tout au long de son allocution retransmise en direct sur la page Facebook du parti, a notamment pointé du doigt la «solution du confinement». «La seule gestion a été le confinement, une politique de fuite en avant». Ajoutant plus loin que le gouvernement n’a montré, ces derniers mois, aucune «capacité de prospective et d’anticipation. Aujourd’hui, les conséquences sont énormes sur les plans sanitaire et économique mais aussi en ce qui concerne les libertés démocratiques». Ainsi, pour Louisa Hanoune, le confinement a surtout été l’occasion, en Algérie et ailleurs dans le monde, «de revenir» sur les libertés démocratiques : «C’est une chose qui est arrivée chez nous et dans tous les pays où les régimes n’ont pas d’assise populaire et n’ont pas la volonté de préserver la santé et le tissu social et économique. La seule réponse a été de mettre fin aux libertés. La Covid-19 servant de prétexte au prétendu confinement sanitaire.» Quant aux «solutions», il s’agirait pour le PT de mobiliser l’ensemble des forces du pays… «l’Etat pourrait dès aujourd’hui réquisitionner les infrastructures du privé, appeler les médecins retraités en bonne santé, demander à l’armée d’intervenir».
La crise du Coronavirus serait par ailleurs beaucoup plus importante et dramatique qui ce qui est officiellement reconnu, ajoute Mme Hanoune : «La situation est catastrophique et encore, nous ne sommes informés que de ce qui se passe dans les grandes villes et non de la situation à l’intérieur du pays.» Dénonçant à ce propos «les conséquences sur l’activité sociale et économique» mais aussi sur la vie politique du pays, qu’ont causées ces décisions «antisociales et antinationales», la secrétaire générale du Parti des Travailleurs fait ainsi savoir que «le retour au confinement a posé des problèmes sur l’activité politique. Nous-mêmes, nous n’avons pas pu appeler à la session ordinaire du bureau politique». La responsable du PT ajoutant de manière plus générale que l’Algérie se retrouve dans une «impasse politique totale. Même durant la période du terrorisme, l’Etat était uni, la société était soudée et l’objectif commun était que l’Etat ne tombe pas». La seule issue pour le Parti des Travailleurs est «d’avoir pour point de départ la souveraineté totale du peuple. Beaucoup disent que la tenue d’une assemblée constituante est la solution». Ainsi dans un message chargé d’allusions au mouvement populaire : «Le Hirak a été entravé par une ‘contre-révolution’ qui vise à conserver le système, et l’ordre établi. Le pouvoir a changé mais le système et ses pratiques n’ont pas changé»… Mme Louisa Hanoune a appelé hier à la libération de «tous les détenus d’opinion, tous les journalistes et tous ceux qui ont été emprisonnés parce qu’ils ont exprimé une opinion, quelle qu’elle soit».
Critique, par ailleurs, sur la récente déclaration du Parlement européen sur la «situation en Algérie», Louisa Hanoune est apparue très remontée en posant à son tour des «questions» concernant plusieurs pays étrangers, notamment le «racisme en Amérique» ou encore la question des clandestins en France… «Pourquoi l’UE n’as pas de position sur ces faits ?» Ainsi la responsable du PT a dénoncé sans détour la position du parlement de l’UE : «Ce Parlement avec toutes ses orientations politiques s’est réuni autour d’une déclaration sur l’Algérie. On sait que ce Parlement ne représente pas les peuples européens. Nous ne donnerons pas plus d’importance à leur déclaration ni à celle du Président français. Ils veulent sauver le système algérien (…) Tous les régimes capitalistes et tous les systèmes rétrogrades arabes ont eu peur du processus révolutionnaire algérien».
La cheffe du PT estime, en effet, qu’une telle déclaration est dans les faits une «manœuvre» qui vise au soutien du «système en place en Algérie» : «Le Parlement de l’UE propose une période de transition, il salue une Constitution refusée par 88% du corps électoral». L’objectif, ajoute entre les lignes Mme Hanoune, serait également de sauver l’accord d’association entre l’UE et l’Algérie, «une erreur, une catastrophe pour l’économie algérienne».